mardi 13 juin 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 85


Je ne sais
comment j’arrive à me suivre
à m’entendre
à racler le peu qui me reste.
Je n’irais pas loin
si je n’emportais pas sa voix
si je n’avais pas ce ruisseau
de sa main
sur la mienne.
Ce que je retrouve le soir
détourné par un baiser.


Thierry Metz, Tel que c'est écrit (L'arrière-pays)

4 commentaires:

  1. 42.
    J'écris pour ne plus trop m'éloigner de ce que
    j'ai à faire.
    Avec l'autre, celui qui voit tout : le buveur.
    J'écris avec ce qui me reste, entre le pouce et
    l'index, dans un pincement d'étoile.

    51.
    L'homme qui penche se penche pour écrire,
    pour retenir, peut-être, ce qui était plus pen-
    ché que lui. Il y a les bruits que fait quelqu'un
    dans mon oreille. Et quelque chose qu'on a
    laissé tomber.

    Thierry Metz "L'Homme qui penche" (Editions Unes, 2017)

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  2. Je ne connaissais pas Thierry Metz et hier en librairie j'ouvre L'homme qui penche. Et je tombe sur ce poème :

    29.
    Nos visages ne sont pas loin de nous.
    Nos visages ne sont que les soupçons de ce que
    nous sommes.
    Mais qui ?
    Le visage de Jo a l'air entier, comme ça, à
    première vue. Mais à certaines heures, non,
    il le cache ; il n'est plus que quelques traits,
    il ne l'accompagne plus. Ou bien n'est-il
    montré qu'à celui qui peut encore voir.

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  3. 87.

    Aucun baiser le soir. Aucune tendresse. Le
    lit. Les comprimés. L'avant-goût de pourrir
    sur un tas de feuilles mortes.
    Il y avait pourtant de quoi faire.
    Il était une fois...

    46.

    J'ai voulu cet enfermement, cette réclusion
    parmi quelques visages, dans la parole impré-
    vue, hors de l'admis. Un sevrage, une déshabi-
    tude. Lentement, comme si on suivait quelqu'un
    qui ne sait pas où il va.
    Etant arrivé, peut-être.

    47.

    L'endurance (la vie ?) n'est plus autre chose,
    peut-être, que de maintenir nos visages dans
    le jour, enfouis dans les heures.
    Mais nous ne sommes là que par instants.
    Fugitivement. Du regard. Seulement du regard.

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  4. Et j'ai lu la préface de Cédric Le Penven, à "L'homme qui penche" de Thierry Metz :

    Vous êtes au seuil d'une grande oeuvre. Un
    frère vous attend depuis des années et il a
    quelque chose à vous dire qui s'adresse à cette
    part de vous-même que vous vous efforcez de
    taire et qui est la plus précieuse. Thierry,
    c'est son prénom, traverse une épreuve. Cette
    épreuve, c'est l'existence. Le fils perdu. Les
    petits boulots qui empêchent d'écrire, qui
    éreintent. L'alcool. La colère contre soi, contre
    ceux qui l'aiment le plus. Il sent qu'il perd pied
    et se rend à deux reprises dans un hôpital psy-
    chiatrique à Cadillac, en Gironde. Il n'est pas
    fou. Pas plus que vous, pas plus que moi. Il
    doit : "tuer quelqu'un en lui-même, il
    ne sait pas trop comment s'y prendre".
    Il se trouve que Thierry est maçon. Il se
    trouve que Thierry est poète. Il est arrivé par
    un bus à l'hôpital avec ses mains calleuses et
    un cahier. Au début, il croit que le chantier est
    à l'intérieur, mais dès qu'il trace des mots,
    dedans et dehors volent en éclats. Un homme
    cherche à se reconstruire un visage en décri-
    vant ceux des autres humains égarés là. (...)

    Vous êtes au seuil d'une grande oeuvre. Un
    homme vous attend, "un morceau de parole
    cassée dans la main. Il va vous dire à voix
    haute ce qui chuchote en vous chaque fois que
    vous posez le pied par terre, chaque matin :
    rien ne va de soi.

    Cédric Le Penven
    Saint Cirq, 27 novembre 2016

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ouverture du feu en position défavorable