dimanche 1 mai 2016

Frédéric, encore une fois (28 août 1947-1er mai 2008)

Mai 1997
Huit ans. 
Ta mort a l'âge de ce blog, ou presque. 
Tu manques toujours autant. Je pense souvent à toi quand je regarde l'époque avec ses contradictions, une époque qui semble hésiter entre le disneyland préfasciste et l'utopie concrète. Je sais que tu n'aurais pas supporté le social-libéralisme ambiant, tu l'avais vu  arriver dès les années Mitterrand et tu avais payé cher d'avoir dit ce que tu en pensais dans Chronique d'une liquidation politique, en 93. 
Je sais aussi que tu aurais bien rigolé en regardant le polar devenir ce divertissement apolitique à l'époque où tout redevient politique ou pire, mimer la rébellion au travers d'associations devenues le vivier des rentiers moralistes de la contestation bien dans les clous. 
Je sais que tu aurais été, comme toujours, ému jusqu'aux tréfonds par le sort des précaires, des migrants, des destins gâchés par les convenances du marché. 
C'est une certaine fragilité autant que la clope qui t'a tué:  ta violence d'ex-mao de la GP, c'était pour cacher que tu n'avais pas de blindage autour du coeur et que le regard d'un prolo délocalisé, d'un môme des quartiers fouillé les mains au mur ou d'une mère de famille qui cherche comment remplir son caddie à la fin du mois, tout cela te retirait, littéralement, des morceaux de chair.
Et comme tu savais que les cons n'hésiteraient pas à parler de misérabilisme, tu te masquais derrière l'insolence, l'élégance, le style, ce que n'ont pas supporté non plus nombre de hiérarques de la "gôche" culturelle toujours prompts à voir une démarche réactionnaire dès qu'on a les cheveux courts et qu'on préfère l'héroïsme au sordide et le cachemire au nylon.
Huit ans.
Oui, je crois que tu aurais aimé les ZAD, Nuit Debout et que tu aurais fait un doigt d'honneur à ceux qui t'auraient demandé de "condamner fermement" les "casseurs" comme ils disent,  pour désigner les grenadiers voltigeurs de l'émeute légitime.
Non, je ne crois pas, en fait: j'en suis certain.
Je te serre contre moi dans l'invisible, camarade.