samedi 27 septembre 2014

L'art poétique du roman noir

Sans jamais prononcer le terme, Irène Némirovksy, dans une préface qu'il faudrait reproduire ici intégralement, une préface aussi brève que lumineuse au Facteur sonne toujours deux fois du grand James Cain, donne une des meilleures définitions qui soit de l'esthétique du roman noir: 
"On imagine l'auteur, tenu en haleine par cette exigence du public américain, qui veut être à chaque instant de sa lecture, saisi, secoué, passionnément intéressé, et cette exigence se traduit, pour le livre, en qualités, presque classiques, de raison, d'ordre et d'économie."
Cela pourrait nous aider, dans la surproduction d'aujourd'hui, à distinguer ce qui appartient en propre au roman noir par rapport au thriller, au whodunit, au police procedural, etc... Ce qui appartient en propre au roman noir, c'est donc d'après Irène Némirovsky, son aptitude à remplacer et sur le plan esthétique et, d'une certaine manière sur le plan moral, ce qu'était la tragédie classique: "raison, ordre, économie" dans la réalistaion et purgation cathartique des passions pour le lecteur ou le spectateur.
C'est pour cela d'ailleurs que seuls les auteurs de romans noirs,  Hammett, Cain ou chez nous Manchette, entrent assez vite de plain-pied dans la l'histoire littéraire malgré les préventions de certains qui sont vraiment convaincus, du haut de leur ignorance universitaire, que Musso et Thompson, c'est la même chose.

6 commentaires:

  1. Oui, cher Jérôme, l'art de la narration noire.Ne pas négliger l'intrigue, construire un personnage fort et le placer dans un monde "particulier", histoire d'en parler un peu, de ce monde...
    Jolie petite photo de pont de pierres... Vue pittoresque du Nord Pas-de-Calais?

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  2. La poésie du roman noir, pour se consoler de l'obscénité de l'époque.
    Merci pour votre dernier billet dans Causeur.

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  3. "I hauled off and hit her in the eye as hard as I could. She went down. She was right down there at my feet, her eyes shining, her breasts trembling, drawn up in tight points, and pointing right up at me. She was down there, and the breath was roaring in the back of my throat like I was some kind of a animal, and my tongue was all swelled up in my mouth, and blood pounding in it.

    “Yes! Yes, Frank, yes!”

    Next thing I knew, I was down there with her, and we were staring in each other’s eyes, and locked in each other’s arms, and straining to get closer. Hell could have opened for me then, and it wouldn’t have made any difference. I had to have her, if I hung for it.

    I had her."


    James M. Cain, The Postman Always Rings Twice, (page 46)

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  4. Non, Manchette, puceau prof d'anglais mal à l'aise avec sa propre langue, c'est exactement ce que James Cain n'est pas. Et tant d'autres.
    Thompson, "grossier" en style, selon les Américains eux-mêmes et pour cause, doit être traduit en améliorant, et je le sais d'expérience, j'ai pratiqué ce feuilletoniste assez médiocre. Imagination formidable pour les histoires, un style de savate. Et tant d'autres mythes propagés par les éditeurs pour vendre leur soupe. Il serait temps pour un peu de lucidité sur notre industrie.

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  5. Par ailleurs tu as raison, Jérôme, Jim T. est bien entendu incomparablement plus sympathique, veilleur de nuit qui vendait de l'herbe pour arrondir ses fins de mois, parce que les revues "pulp" ne payaient pas bésef, qu'un Musso ou un Lévi, fabrications publicitaires.
    Simplement, contrairement au mythe en vigueur pour cendre du papier, Thompson, comme un Stephen King, ou un Dostoïevski, du reste, n'avait aucun style, feuilletoniste qui cachetonnait dans les revues pour payer le loyer. Dosto, contrairement à ce qu'on a dit ou laissé entendre dans des traductions qui embellissaient, se foutait du style comme de l'an quarante !… Il avait une imagination du diable pour les histoires et les personnages, mais il écrivait n'importe comment, il avait pas le temps !… Des sous, des sous, des sous !… C'est là qu'un James Cain, Chester Himes ou encore Lermontov, voire Zamiatine, leur sont mille fois supérieurs, artistes achevés, leurs histoires sont à tomber de sa chaise, leur style colle au sujet et il est sophistiqué, subtil, percutant. Un véritable artiste, c'est ça.

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ouverture du feu en position défavorable