samedi 27 septembre 2014

L'art poétique du roman noir

Sans jamais prononcer le terme, Irène Némirovksy, dans une préface qu'il faudrait reproduire ici intégralement, une préface aussi brève que lumineuse au Facteur sonne toujours deux fois du grand James Cain, donne une des meilleures définitions qui soit de l'esthétique du roman noir: 
"On imagine l'auteur, tenu en haleine par cette exigence du public américain, qui veut être à chaque instant de sa lecture, saisi, secoué, passionnément intéressé, et cette exigence se traduit, pour le livre, en qualités, presque classiques, de raison, d'ordre et d'économie."
Cela pourrait nous aider, dans la surproduction d'aujourd'hui, à distinguer ce qui appartient en propre au roman noir par rapport au thriller, au whodunit, au police procedural, etc... Ce qui appartient en propre au roman noir, c'est donc d'après Irène Némirovsky, son aptitude à remplacer et sur le plan esthétique et, d'une certaine manière sur le plan moral, ce qu'était la tragédie classique: "raison, ordre, économie" dans la réalistaion et purgation cathartique des passions pour le lecteur ou le spectateur.
C'est pour cela d'ailleurs que seuls les auteurs de romans noirs,  Hammett, Cain ou chez nous Manchette, entrent assez vite de plain-pied dans la l'histoire littéraire malgré les préventions de certains qui sont vraiment convaincus, du haut de leur ignorance universitaire, que Musso et Thompson, c'est la même chose.