dimanche 4 mai 2014

Antidote

"J'ai avalé une fameuse gorgée de poison. - Trois fois béni soit le conseil qui m'est arrivé ! - Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'étouffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève! Je brûle comme il faut. Va, démon !"

Lire Rimbaud, toujours. Comme on lit les génies, les voyants. Parce que leur expérience du monde est à la fois unique et universelle. Unique parce qu'ils savent dire ce qui est indicible mais universelle parce qu'ils nous apprennent, en même temps, que nous ne sommes pas seuls en enfer.
De là, plus généralement, la puissance consolante des génies.  En vieillissant, je me demande même si ce n'est pas ce qui les caractérise, les génies,  cette capacité à consoler, tout simplement parce qu'il savent nommer ce qui nous tue ou essaie de nous tuer. 

Et du coup, cela facilite la recherche d'un antidote à la "fameuse gorgée de poisson". Par exemple ça, parce qu'il arrive parfois que la Grâce descende sur Terre et que la seule malédiction soit de ne pas la voir.