lundi 21 avril 2014

La seule aventure qui reste

"Dans une société qui a détruit toute aventure, la seule aventure qui reste est celle de détruire cette société.", donc. 
Ma copine Marion Brunet, grande libertaire devant l'Eternel, qui a écrit l'excellent Frangine me fait remarquer "que je m'anarchise." quand je lui envoie cette photo. Elle ne rajoute pas "en vieillissant" parce qu'elle est polie.  Je pourrais lui faire remarquer que le chiasme, ici, reste assez dans le genre de Marx. Mais bien sûr, elle a raison. Une manière d'impatience m'envahit au fur et à mesure que je vieillis, que je sens bien que le corps et la tête répondent moins, commencent à avoir leurs petites et leurs grandes trahisons que vous annoncent les médecins. Je ne comprends pas cette idée (reçue) qui veut qu'un certain tropisme nous fasse évoluer vers la droite quand on vieillit, dilue les colères, arrondisse les angles de la révolte. C'est tout le contraire, en ce qui me concerne. L'âge qui vient a des allures d'urgence politique. 
Et je voudrais pas crever sans voir au moins les prodromes d'un renversement de ce monde-là. Il n'est donc pas impossible, dans cette perspective, qu'à l'âge où d'autres entrent à l'Académie Française, si je suis encore vivant,  je me retrouve dans une rue, un soufflant en pogne, à couvrir la fuite de coeurs purs venus faire de la reprise individuelle dans une banque ou une bijouterie. 
Ou sur un mode plus pacifique, que je m'occupe de la bibliothèque (je ne serais pas bon à grand chose d'autre) dans une communauté affinitaire qui réinventera le communisme pendant que la classe moyenne et les experts économiques se battront autour des derniers points d'eau.
                                                                    

14 commentaires:

  1. Cher ami,

    Le chiasme est de Raoul Vaneigem.

    Mais qui rêve d'aventure sinon le cadre?

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  2. Il est vrai que les "coeurs purs" n'ont jamais été les derniers à s'allier au grand banditisme. En direct live, la fin des derniers Irish men.. c'était pas joli à voir. Bobby, reviens ils sont devenus pourris. T'aurais mieux fait de reprendre deux fois du fish and chips, franchement. La "reprise individuelle"... mouais, on va dire ça comme ça.

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    1. Ouais. A chacun ses points d'eau. On peut mourir pour un taux de croissance ou un déficit à 3%. C'est juste moins drôle.
      Et puis l'épiderme, ça ne se commande pas. Toujours eu beaucoup plus de sympathie, en fin de compte pour Ravachol, Bonnot, Rouillan, Baader, Curcio que pour n'importe quel patron. Ils auront tué vraiment beaucoup moins de monde, finalement, et pour des motifs infiniment plus légitimes.

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    2. Le mieux c'est de ne pas mourir, non ? Et de ne tuer personne.
      Parce qu'un "un motif légitime" c'est quand même un peu subjectif. ça mettrait presque les jetons. J'ai moyennement envie de mourir parce qu'un gus que je ne connais ni d'ève ni d'adam aura décidé que j'ai une gueule de motif légitime. Au fait, ils roulaient pour qui Rouillan et Baader ? Pour le peuple ? Ils savaient Rouillan et Baader ce que voulait le peuple ? Mieux que le peuple sans doute.
      Heureusement pour le peuple que chez nous les coeurs purs manquaient de moyens. Dans les pays où ils en avaient, le peuple l'a senti passer.

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    3. Disons que gagner 1300 euros bruts au bout de quinze ans chez PSA, à la chaîne et 'être viré comme un malpropre pour satisfaire les actionnaires parce qu'on est plus qu'une variable, c'est un motif légitime pour faire comprendre de manière expéditive à certains que tout se paye. Et pas très cher finalement, car il ne s'agit que d'une violence ciblée alors que celle du capitalisme est massive et dévaste des régions entières et des milliers d'existences durablement. Mais bon, il faudrait savoir à quoi ressemble une région sinistrée depuis vint ou trente ans pour se faire une idée des malheurs du temps.

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    4. eh! oui, faudrait savoir Jérôme...Peut-être bien que Bader ou Curcio agissaient par conviction, quelques réserves qu'on ait sur leurs méthodes; il faudrait aussi remettre leurs actions dans le contexte; regarder tout ça à travers le prisme du cynisme ambiant actuel c'est réducteur; "pour le peuple", oui; Curcio a troqué les armes contre la plume mais il n'a rien renié de ses combats; à l'heure où les révolutionnaires d'hier finissent ministres et où les hérauts de l'anti-bienpensance postulent à l'Académie Française, c'est assez remarquable;
      mais ça bouge! les prodromes existent; je me suis réjouie, drnièrement, des opérations de "reprises individuelles" menées contre quelques boutiques de luxe dans les avenues chics parisiennes (celles que fréquentent les conseillers de l'Elysée); ça a quand même plus de gueule que braquer le buraliste des Minguettes ou l'épicier de la Courneuve; les intentions des auteurs sont certainement très lucratives mais, dans le contexte actuel, je les considère comme des actes politiques "objectifs";
      je crois que M.L King disait (de mémoire) "ce qui est grave ce ne sont les exactions des méchants mais l'indifférence des honnêtes gens". aujourd'hui l'indifférence "dévaste" en effet.

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    5. Le "capitalisme" ce n'est pas PSA, Il y a environ deux millions sept cent mille salauds de patrons en France. Bon courage.
      Le terrorisme gauchiste... c'est pas Manchette qui disait que c'était une des deux mâchoires du piège à cons ?

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    6. Pas mieux, elise. Et en plus, nous, on ne cesse d' "avoir des réserves" sur les méthodes. Et on a raison d'en avoir.
      Je constate en face qu'il y a assez peu de "réserves", de "regrets", d'interrogations sur la violence. On plonge d'un claquement de doigts des régions entières dans la misère, on fout en l'air des milliers de vie pour toujours, on prend des stock options et des retraites chapeaux, et tout ça sans "réserves", sans "regrets".
      Oui, même sans laisser quelques uns de ses brillants sujets sur le carreau devant leur appartement des beaux quartiers, un peu de reprise individuelle comme avait su le faire la GP, ça ferait du bien.

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    7. Le capitalisme, ce n'est pas PSA, PSA, c'est des humanistes, c'est bien. Et la ruse ultime de classe, est de faire croire au plombier avec deux employés que ses intérêts de classe convergent avec PSA ou à un autoentrepreneur en kebad que le medef est son ami. Deux millions sept cent mille. Mais non. Quarante suffiront. Cacacacacacacac fait la mitraillette de Paulette.
      Mais l'option bibliothèque est tentante aussi. Après tout laissons les se tuer tout seul et leurs larbins médiatiques et technocratiques.

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  3. Tout cela est bel et bon, et parfait.
    Une petite vérité, tout de même - pénultième -, en manière de secret, de ces secrets-là qu'on ne perce au mieux que sur un vague lit de mort, parmi d'autres, tout aussi sordides ou désarçonnants. Ce secret, le voici :
    Karl Marx ne fut, toute sa vie, qu'un anarchiste impénitent.
    Nous vous souhaitons les meilleures dix années prochaines possibles.

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  4. Bon, je vais vous laisser préparer vos futurs braquages citoyens.
    J'irai vous porter des oranges.
    La revedere !

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    1. M'étonnerait, vous connaissez manifestement de très loin les conditions de détention de ceux qui ont osé prôner la violence révolutionnaire et, à l'occasion, l'appliquer. Peine de mort au ralenti des QHS et autres DPS.
      La démocratie bourgeoise est une démocratie pour les bourgeois, comme son nom l'indique.

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    2. Menfin Jérôme, it was a joke. Vous savez l'humour, ce truc dérisoire pour bourgeois décadents. C'est mieux qu'une mitraillette. Essayez à l'occasion.
      Ce qu'il y a de terrible avec les grands révolutionnaires, c'est qu'il se prennent toujours affreusement au sérieux. Forcément, ils croient tout ce qu'ils disent.
      Heureusement que vous êtes là pour rééduquer les larbins. Hélas, c'est toujours le moment où ça commence à coincer.

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  5. Le capitalisme porte en lui une violence larvée, sorte de trou noir dont le centre serait le marché financier sur lequel tout s'effondre. Le moloch n'est plus une statue dans laquelle on enfourne des jeunes filles, c'est une spirale vers laquelle on est tous attirés.
    Dans mon bureau, à la fin du mois, je consulte ma feuille de salaire, je suis à l'abri. Mais combien sont dans mon cas et ceux qui sont dans mon cas se préoccupent ils de ceux qui ne sont pas dans leurs cas ? Non et c'est pour cela qu'ils (et moi aussi) donnent des coups aux exclus que notre novlangue appelles les sans ... sans papiers, sans logis ...
    Il en a fallu peu à l'Humanité pour que ces phénomènes s'aggravent et ne deviennent plus seulement conjoncturels mais bel et bien structurels.

    Ca y est. On y est. Les réfugiés affulent, les clodos sont de plus en plus nombreux. Et chaque communauté va se sentir le droit de monter ses prorpes murs autour d'elle selon sa propre perception de la légitimité, mot vide de sens à mesure qu'on vide de sens les mots et la nature des choses.

    Flinguer un mec au nom d'un idéal, bof ! Flinguer une planète et des gens au nom de son pognon : bof, bof, bof !!!

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ouverture du feu en position défavorable