mercredi 4 décembre 2013

Sur Antoine Chainas et Pur

(extrait d'un article sur le roman et l'extrême-droite à paraître dans Causeur)


...Malgré tout, la vision la plus claire et la plus inédite de ce qui se passe vraiment, c’est-à-dire la banalisation de l’extrême-droite, nous l’avons trouvée dans le roman d’Antoine Chainas, Pur. Chainas appartient à cette génération d’auteurs de polars qui précisément refusent le catéchisme dont nous parlions plus haut. Dans une narration inspirée par le nouveau roman et ses descriptions minutieuses, presque scientifiques -un visage qui rentre en contact avec un pare-brise devient un vrai poème en prose glacé-, Chainas  envisage  l’extrême droite avec une objectivité sans faille, flaubertienne. Il n’est pas du genre à faire des professions de foi, même négatives comme Obertone, ou prudentes comme Mérot qui juge utile de mettre un avant-propos à son roman. Surtout, il ne s’agit pas pour Chainas de peindre des personnages aberrants mais des gens qui décident consciemment, froidement, de se retrancher d’un monde qui tourne mal.
Toute l’intrigue de Pur tourne autour d’une résidence sécurisée de luxe, quelque part dans les environs d’une grande ville du Sud-Est. Un sniper, en fait un adolescent manipulé par son père, le gourou de la résidence, prend pour cible des voitures conduites par des Arabes sur les autoroutes de la région. Entre l’enquête de police, le désir de vengeance d’une victime survivante, les intrigues municipales à la veille d’une élection et la vie quotidienne dans la bulle panoptique de la résidence sécurisée, Chainas louvoie pour donner un panorama d’une faillite générale du vouloir-vivre ensemble, comme on dit.
Il a compris, ce qui n’apparaît qu’à la marge pour Obertone et Mérot, que la victoire de l’extrême droite est silencieuse, feutrée, aseptisée et qu’elle se lit d’abord dans la banalité apparente des réorganisations urbaines, entre libanisation douce et apartheid feutré. A la manière d’un Ballard, - on pense en lisant Pur à Crash ou au Massacre de Pangbourne, Chainas ne tient pas, à proprement parler, de discours sur l’extrême-droite : il l’autopsie.
 Ni militant, ni provocateur : écrivain, simplement écrivain, ce qui est tout de même l’essentiel.