samedi 2 novembre 2013

Voiture qui rit, voiture qui pleure...

Deux excellents livres, qui paraissent presque simultanément, avec comme sujet la voiture. La voiture objet de plaisir et de nostalgie et la voiture devenue le symbole de l'horreur économique.
L'un est de notre ami Thomas Morales. Son Dictionnaire élégant de l'automobile (Rue Fromentin) a un charme fou, profession de foi mélancolique et sentimentale d'un à peine quadra qui souffre lui aussi du syndrome lost in seventies ou Life on Mars. Il nous avait déjà épatés naguère dans ses Mythologies automobiles (L'éditeur). Il continue ici. Il y a des entrées techniques, cinématographiques, musicales, littéraires. Thomas est l'air de rien un archéologue érudit et doux d'un passé si proche et si lointain. Lisez ce qu'il écrit de la 604 ou de la R30, comme tentative héroïques et dérisoires pour garder les symboles de ce qui fit la gloire des Trente glorieuses, justement, alors que la crise était déjà là. Car ce nostalgique un peu dandy n'oublie pas, loin de là, le contexte historique.
Ce qui nous amène à Avant de disparaître, chronique de PSA-Aulnay de Sylvain Pattieu (Plein Jour). On n'est plus avec Audrey Hepburn dans la Mercedes Pagode de Voyage à deux mais dans l'incroyable violence de la désindustrialisation française, aujourd'hui. Comme l'avait fait en son temps Fajardie pour Metaleurop, Sylvain Pattieu recueille les paroles des ouvriers d'Aulnay de l'annonce de la fermeture du site au plan social définitif. Ils s'appellent Gigi, Christophe, Farid, Roland, Alison. Sylvain Pattieu fait un travail de montage et de mise en perspective: l'ensemble devient un texte authentiquement littéraire, une tragédie dont il est le coryphée en même temps qu'un document sur les destructions opérées par le néolibéralisme dans une indifférence presque totale.




Eddy mitchell - à crédit et en stéréo par mbr01  
pris dans la play list de Thomas Morales