mardi 15 octobre 2013

De Sade et Bataille contre Casanova et Vailland.

Quand j'étais en hypokhâgne et en khâgne, professeurs et condisciples ne juraient que par Artaud et Bataille. Je les trouvais, littérairement, profondément ennuyeux, voire stérilisants. Je me shootais à Morand et Larbaud, déjà. 

Je donne toute l'oeuvre monumentale et assez verbeuse de Bataille pour une métaphore de Morand.

Au bout du compte quand Bataille passe à la pratique (les textes de fiction) c'est très compassé dans l'orgiaque, très érotomane appliqué, profanateur épate-bourgeois. Bataille devait être un mauvais coup, en fait.

Sade et Bataille contre Casanova et Vailland (celui de La Fête ou des Ecrits Intimes)

La jouissance chez Casanova: libertine au sens premier, donc heureuse, mobile, subversive, sensuelle. Chez Sade: des bilans comptables, des nomenclatures, des listings. Château de la subversion? Bloc d'abîme? De moins en moins convaincant en ce qui me concerne. De moins en moins utile...

La jouissance chez Sade et Bataille est instrumentalisée comme nihilisme pour détruire la société. C'est sérieux comme une réunion de LO, le sexe, chez eux. Chez Casanova et Vailland, le sexe n'est pas programmatique: on fait l'amour en toute innocence (même dans la perversion) et la subversion vient de cette innocence. C'est la propagande par le fait, loin de toute théorisation.

Casanova et Sade connaissent la prison tous les deux. Sade y reste et écrit. Casanova, lui, s'évade. Toute la différence est là.  Il écrira plus tard, quand il aura bien joui: il ne rédige ses Mémoires qu'à la fin de sa vie. "Souvenons nous, nous vivrons deux fois" (Sterne). L'écriture de Sade redouble du fantasme. L'écriture de Casanova redouble la vie.

 Le capitalisme financiarisé est de l'ordre de la jouissance sadienne: une spéculation cruelle et déconnectée du réel. Une jouissance pour soi. Une jouissance solipsiste, onaniste, narcissique qui nie l'autre. Sade annonce ces charniers électroniques que sont les salles des marchés.

Une phrase de Bataille, tout de même qui rachète tout: "Je pense comme une fille enlève sa robe"