samedi 17 août 2013

Vergès: Sade au prétoire ou pourquoi le travailleur du négatif a bien mérité de se reposer.

Les néoréacs, enfin la fraction la plus débile d'entre eux qui a découvert Renaud Camus quand il a commencé à sombrer dans l'identitarisme,  Richard Millet dans la paranoïa raciale à six heures du soir au métro Châtelet et Philippe Muray, qu'ils n'ont pas lu, quand Philipe Muray est mort, bref, cette cohorte d'épiciers poujadistes et roteurs qui se prennent pour des anticonformistes parce qu'ils ne seraient pas de gauche et que la gauche (mais quelle gauche, bande de têtes de morts?) dominerait le paysage intellectuel, ces abrutis, donc, hurlent de joie à la mort du grand Jacques Vergès.
C'est drôle, eux qui détestent le bisounoursisme, comme ils disent;  les bien-pensants, comme ils disent aussi;  les pédés, comme ils le disent de plus en plus, les Arabes, comme ils disent quand ils disent musulmans, les Juifs, comme ils n'osent plus le dire alors que le logiciel antisème est toujours là; les communistes, comme ils disent depuis toujours, eh bien les voilà qui lapident un cadavre qui aurait dû leur plaire. Mais non, ces rebelles en peau de lapin ne sont jamais que des porcs droitards qu'un climat médiatique et une extrême droite banalisée fait ressortir du bois pétainiste et versaillais. Des larbins qui aiment dire que c'est la pluie qui tombe quand le capitalisme financiarisé leur pisse sur la tête.
Vergès, c'était autre chose: c'était le vrai travail du négatif. La claque permanente dans la gueule d'une bonne conscience occidentale qui ne veut pas comprendre pourquoi c'est elle qui a fabriqué le mal qui essaie de la tuer. 
Vergès, c'était Sade au prétoire. 
Mais bon, il faut lire Sade, aussi, ce qui est une chose et le comprendre, ce qui en est une autre . On peut en douter dans une France qui a manifesté par millions contre le mariage pour tous et qui laissent des débiles niçois vomir sur les roms.
C'était autre chose que Stéphane Hessel, c'est sûr Vergès. 
Il ne s'indignait pas, Vergès, il crachait au visage.
Et en souriant, en plus.

Je me souviens qu'il y a quelques années, Vergès était venu donner une conférence aux Amis de Georges Simenon, à Bruxelles, qui n'est pourtant pas une association polpotiste. Il avait parlé avec intelligence de la représentation du système judiciaire chez cet écrivain qu'il aimait et plus particulièrement du roman Le condamné à mort. Je lui ai serré la main et nous avons parlé de Paul-Jean Toulet parce que je n'allais tout de même pas lui demander ce que ça fait de tomber amoureux d'une belle et rebelle du FLN condamnée à mort. Même si au fond, c'est ça qui m'intéressait.