mardi 18 décembre 2012

Remontons nous le moral avant la fin du monde avec Imre Kertész

"27 avril 2001
Enième semaine de dépression. Je vis en dehors du roman. Tous les soirs, dîner avec des inconnus. La majeure partie de ma vie m'apparaît comme une perte de temps insensée. Je ne peux pas m'en sortir. Ma faiblesse par rapport à M. Les humiliations physiques de la vieillesse. Je ne l'aurais jamais cru mais la vieillesse arrive d'un coup. D'un jour à l'autre, presque d'une minute à l'autre. L'attitude physique change soudain et on ne peut rien y faire. Une envie d'uriner vous prend brusquement et il faut lui céder tout de suite sous peine de souiller son linge de corps. Quelle humiliation. La pire catastrophe, c'est l'impuissance, alors qu'on n'a pas perdu son attirance pour les femmes. Une autre catastrophe, c'est l'insomnie. Il est trois heures quarante deux du matin et je n'ai pas encore fermé l'oeil. demain, je dois présenter au "grand public" des écrivains espagnols que je ne connais pas, je ne parle pas leur langue, je ferai preuve d'une incompétence totale; tant pis, l'époque tout entière est incompétente."

Imre Kertész, Sauvegarde, journal 2001-2003 (Actes Sud)

La belle lingerie n'a jamais empêché les beaux désespoirs.