mercredi 12 décembre 2012

Minijob, minipaie, mais il fait le maximum!

Paru sur Causeur.fr
Travailleur français, qu’attends-tu pour partir vers l’Allemagne ? Sidérurgiste lorrain, par exemple, cesse de brailler et passe la frontière (si, si, il y en a encore une mais va savoir pour combien de temps…) Cesse de te plaindre du chômage, de la misère : un pays t’ouvre les bras, dirigé par une chancelière qui sera réélue, probablement les doigts dans le nez. Qu’attends-tu, travailleur français, pour quitter ton hexagone rabougri qui en t’assistant va finir par ruiner tes propres enfants ?
Fais comme tes camarades grecs, portugais, espagnols, va goûter aux joies de la Ruhr. Bien entendu, ce n’est plus le capitalisme rhénan là-bas, puisque le socialisme à la Schroeder a cassé ce modèle obsolète où les syndicats avaient leur mot à dire dans les conseils d’administration (on appelait ça la cogestion). Imagine un peu les perspectives qui te sont offertes. Voilà un pays qui va présenter un déficit proche de zéro en 2012. On en est à la limite de l’orgasme dans les agences de notation et les salles de marché. Ne me dis pas que ça ne te fait pas une belle jambe.
C’est pas formidable, ça ? Bien sûr, travailleur français, il ne va pas falloir t’attendre à des salaires mirobolants. Ces boulots, c’est comme le disent les Allemands eux-mêmes, sont des « minijobs » Tu pourras pour 400 euros par mois, et 450 à partir de janvier, travailler à temps partiel en parallèle aux aides sociales. Les patrons adorent. Grâce au « minijob », ils ne paient plus de charges sociales et peuvent te faire faire n’importe quoi si tu veux éviter d’être rayé du dispositif. Mais ce qui compte, c’est que tu travailles et que ton travail ne coûte rien car tu n’ignores pas que le travail à un « coût » et que c’est presque un cadeau que te fait l’employeur en t’employant.
Travailleur français, je sais que tu ne vas pas cracher dans la Käselauchsuppe. D’ailleurs, on te l’offrira gratuitement dans des associations berlinoises comme L’Arche ou le Tafeln qui servent mensuellement 125 000 repas, essentiellement d’ailleurs à des « minijobbers » dont le nombre s’élève nationalement tout de même à 7, 4 millions.
Mais, travailleur français, le plein emploi est à ce prix dans le nouveau paradis de l’Europe. Et puis tu sais, ils ont vraiment besoin de toi. Tu fais encore des enfants alors que eux, ils ont plutôt la démographie détumescente. Il ne te reste plus qu’à demander le regroupement familial. Et puis dans le pire des cas, il te restera la possibilité d’envoyer la moitié de tes 400 euros au pays, comme n’importe quel Malien. Tu vois, travailleur français, ce n’est pas dur de retrouver sa dignité.