samedi 22 décembre 2012

Le traducteur français préfère les grands poètes russes


Thierry Marignac a théorisé dans un roman (si si c'est possible quand on est un très bon écrivain) la traduction qui demande peu ou prou les mêmes qualités que la boxe: délicatesse et précision, modestie et violence, diététique et excès. Cela s'appelle Renegade Boxing Club, Série Noire.
Il nous fait découvrir aujourd'hui trois poètes russes, Essenine, Tchoudakov et Medvedeva, traduits et présentés par ses soins. Il en même connu une très bien. Il vous racontera. Le livre s'appelle Des Chansons pour les sirènes 
Nous citions Aragon récemment qui disait: "S'il est vrai qu'il faut lire la poésie autrement que le journal, il faut savoir aussi la lire comme le journal." Essenine, Tchoudakov et Medvedeva vous racontent ce que c'est d'être russe au vingtième siècle. Comme si vous lisiez le journal. Mais vous ne lisez pas le journal, vous lisez de la poésie. La poésie, c'est un journal qu'on peut lire des années après. Une actualité toujours actuelle, de l'éphémère permanent. Définition possible de la poésie.
Que ce soit en pleine révolution bolchévique ou dans les milieux de l'underground parisien des années 80, c'est très compliqué d'être russe au vingtième siècle. Compliqué et beau, compliqué et émouvant, compliqué et sombre, compliqué et indispensable. 
Comme Marignac lui-même, écrivain pudique, ombrageux, grande gueule, solitaire comme un loup, et puis au bout du compte aussi sensible qu'un môme qui découvrirait une sirène morte, échouée sur le rivage. 
Oui les sirènes existent, mais le problème, c'est qu'on s'en aperçoit seulement quand elles sont mortes.
Ce qui pourrait faire une autre définition possible de la poésie.


 Des chansons pour les sirènes (L'écarlate/le dernier terrain vague, 16 euros)

On avait fait par de notre émotion à la découverte des premières traductions de Medvedeva par Marignac ici même