samedi 15 décembre 2012

Histoire de mon premier et dernier film et, accessoirement, hommage à José Benazeraf.


Vers l'âge de vingt ans, avec un comparse, on avait convaincu une grande blonde intelligente et belle, phénomène que l'on trouvait aisément en khâgne au mitan des années 80, d'être la principale actrice de notre premier film. 
Elle avait accepté. 
Le film durait une dizaine de minutes, tourné avec un camescope. 
Il consistait en un plan séquence unique. 
La grande blonde prenait un bain dans une maison de la côte Normande. La salle de bain disposait d'une vraie baignoire à l'ancienne avec des pieds en fonte. On pouvait faire le tour de la baignoire et subséquemment de la grande blonde qui était dans la baignoire. 
On voyait un peu ses seins dans la mousse et elle devait mimer une masturbation invisible en lisant à haute voix des extraits de La Société du Spectacle, des Manuscrits de 1844 et de l'Adieu à Gonzague, et en prenant une voix de plus en plus orgasmique. On avait posé les textes sur un tabouret à côté de la baignoire.  
Je me souviens qu'elle n'a jamais voulu nous dire si elle s'était vraiment masturbée ou non quand on a dîné au Casino de Saint-Valery en Caux, juste après le tournage.
Je crois que c'était un bon film, en fait, mais il a disparu avec le monde d'avant. Ce qui n'est pas plus mal quand on connaît les malfaisants qui sévissent sur ioutioube et les réseaux sociaux.

On n'avait pas entendu, à l'époque, ni elle, ni nous, parler de José Benazeraf. C'est la mort de ce génie qui nous a remis cette histoire en mémoire. Pour Benazeraf, on ne va pas se fatiguer à écrire un hommage, l'excellent docteur Orlof qui est bloguerollé sur FQG depuis les origines le fait brillamment sur Causeur.