mardi 6 novembre 2012

La tentation du doo wop


On rentre d'un voyage à l'étranger, comme on disait dans le monde d'avant quand l'espace n'était pas encore unifié par les convenances de l'économie spectaculaire-marchande. C'est fou ce qu'on est bien en voyage. En voyage et sans connexion internet.  Il n'y a que les routes pour calmer la vie, disait à peu près notre cher Roger, qui a si souvent raison.
On rentre de voyage et on avait presque oublié ce que devenait ce cher et vieux pays, dirigé par des socio-démocrates capitulards et travaillé par des pulsions identitaires et racistes que l'on feint de confondre avec des opinions alors qu'elles utilisent pour les Arabes, les immigrés, les pédés, les roms le bon vieux logiciel antisémite d'avant-guerre.
Il faudrait peut-être tenter de se "dégager", de disparaître des écrans radar, de donner aux dernières années qui nous restent avant le grand saut l'allure d'une errance, toujours un peu plus loin, toujours un peu plus seul. On vivrait sur des plages pas trop fréquentées, avec des livres et des espadrilles, des lunettes noires et du doo-wop. 
Evidemment, on ne tiendrait plus de blogue. On reprendrait la vieille habitude du journal intime. Ce qu'on a fait ces derniers jours. C'est fou ce que les perspectives changent quand on retrouve cette habitude que l'on croyait oubliée. Winston Smith dans 1984, il commence comme ça, dans un angle mort.
Oui, s'en aller. Parce que si la France, c'est celle du rapport Gallois et du Bloc Identitaire qui font partie de la même totalité structurante préfasciste, on va la laisser là. On préfère garder le souvenir ce ce qu'elle eut de meilleur. Comme dans une histoire d'amour. 
Après tout, c'est elle qui a changé. Pas moi. Je suis resté le petit hussard rouge de la Côte Ouest que j'étais à 17 ans.
Après tout, on aura fait notre possible. On aura écrit quelques poèmes, on aura milité dans un vieux parti courageux qui est l'honneur de l'histoire de France.  On aura tenté d'être digne dans une époque qui l'est de moins en moins.
Alors, oui, les villes où l'on peut se perdre, les plages où l'on peut se retrouver.
Mais non.
Non. Ne te réjouis pas trop vite fafounet rurbain, droitard pavillonnaire, larbin islamophobe, pétainiste rentré, idiot utile de la dictature des marchés.
Je suis  communiste. 
Je ne lâche pas l'affaire comme ça. Chez nous, on tient les barricades jusqu'au dernier. "Le pont des Français tiendra" comme disait un vieux chant des Brigades Internationales. 
La tentation du doo wop, j'y cèderai seulement quand je serai certain que tu auras perdu ou que ta victoire à la Pyrrhus t'aura coûté tellement cher que tu n'auras plus que tes yeux chassieux pour pleurer.
Je vais seulement écouter et réécouter Shy Guy des Charmers.  C'est charmant, avec de l'orgue Hammond et tout ça. Charmant comme une tentation. Mais seulement une tentation.