dimanche 11 novembre 2012

11 novembre

Mon arrière-grand père, Georges Leroy, paysan-tisserand, a été tué le 9 novembre 1918. Il avait trente sept ans. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Doudeville-en-Caux, "capitale du lin". Une certaine légende familiale, où entraient à la fois la haine de la guerre, l'antimilitarisme et le sentiment qu'il fallait néanmoins savoir mourir pour son pays, le faisait disparaître par une tragique ironie le 11 novembre 1918. Il est en fait mort le 9, comme Guillaume Apollinaire, ce qui devait bien être leur seul point commun.

Mais c'est pourtant à eux deux que je pense aujourd'hui.




Chef de section

Ma bouche aura des ardeurs de géhenne
Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction
Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur
Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut
Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté
Ton âme s'agitera comme une région pendant un tremblement de terre
Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle existe
Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine de disparates
Variée comme un enchanteur qui sait varier ses métamorphoses
L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon amour
Elle te le murmure de loin
Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la minute prescrite pour l'assaut. 

Guillaume Apollinaire