mercredi 10 octobre 2012

Putsch en Grèce: la faute à Chavez?




paru sur Causeur.fr

Il y a eu un putsch en Grèce. Il fallait s’y attendre. On ne bafoue pas impunément l’indépendance nationale d’un pays, sa fierté séculaire à coups de memoranda fouettant les populations locales jusqu’au sang. Un De Gaulle grec a dû se réveiller quelque part dans une caserne perdue de Béotie, de Macédoine ou d’Argolide. Il regardait mélancoliquement la cour, voyait deux chars à bout de souffle, des soldats dépenaillés, désœuvrés, qui attendaient leur solde, il venait d’apprendre, aussi bien, que l’îlot où il allait pêcher avec son grand père, près d’Eubée, allait être privatisé. Pas privatisé, non, puisque la constitution l’interdit mais juste loué pour une soixantaine d’années à un quelconque conglomérat touristique qui en fera une marina sécurisée pour rentiers allemands et traders retirés des affaires à vingt-neuf ans. Ou alors un coup de téléphone lui avait annoncé que pour sa gamine qui devait être opérée des yeux, cela ne pourrait pas se faire à l’hôpital de Patras, qui venait de fermer pour raison budgétaires.

Alors, foutu pour foutu, pourquoi ne pas faire comme ce lieutenant-colonel vénézuélien, comment il s’appelait déjà, ah oui, Chavez… Ça ne lui avait pas mal réussi. Il avait raté une première fois mais au moins, lui, il s’était fait réélire six fois, contre le monde entier qui le détestait et expliquait quel dictateur c’était et aussi contre une opposition incarnée par un leader jeune, moderne et de centre gauche regroupant une coalition allant de Louis Aliot à Pierre Moscovici. De « centre gauche », Henrique Capriles Radonski ? Ah bon, c’était pourtant Capriles, lors du coup d’état de quelques heures en 2001 pour virer Chavez et mettre à sa place le patron des patrons vénézuéliens, qui avait envahi l’ambassade de Cuba pour commencer la chasse aux chavistes éventuellement réfugiés là. De centre-gauche… à condition d’admettre que Capriles est au centre-gauche ce que Lénine était à l’économie de marché…
Mais revenons au putsch qui vient de se produire à Athènes. Il est incontestable : des hélicoptères survolent la capitale sans cesse ce lundi. Le quartier autour de la place centrale Syntagma est bouclé à la circulation et des barrières en interdisent l’accès aux piétons. Des patrouilles policières sillonneront le centre-ville, tandis que l’aéroport d’Athènes, les ambassades allemandes et autres sociétés européennes seront placées sous haute surveillance. La police portuaire mobilise actuellement quelque 300 personne pour assurer la sécurité du front de mer  et accentue sa surveillance en le faisant sillonner par des bâtiments qui ont leur armes tournées vers la ville. 6500 membres des troupes anti-émeutes sont déployés dans les rues sillonnées par des canons à eau en attendant, sans doute les chars.

À moins que…. À moins que ce putsch ne soit pas le putsch d’un De Gaulle grec mais celui d’un héritier des sinistres colonels qui prirent le pouvoir en 67 et exercèrent une dictature féroce jusqu’en 74 quand ils s’effondrèrent d’eux-mêmes à cause de l’invasion turque à Chypre. Là, ce serait moins bon signe. Mais il faut examiner cette hypothèse. On sait que, comme en 67 à Athènes et en 73 à Santiago du Chili, quand le libéralisme a un peu de mal à expliquer qu’il fait le bonheur des peuples grâce au doux commerce, il n’hésite parfois pas à enfermer les étudiants dans les stades, à jeter les opposants vivants du hauts des avions, bref à procéder à quelques aménagements avec les libertés publiques, histoire de faire passer les indispensables réformes et les nécessaires aménagements structurels. Amen.

Mais non, mais non, on m’indique dans l’oreillette qu’il ne s’agit pas d’un putsch à Athènes. C’est simplement une visite d’Angela Merkel qui va se faire voir chez les Grecs mardi. Son extrême popularité dans la région explique ces quelques précautions.
D’après les termes officiels, Angela Merkel va tenter de transmettre « un message de solidarité » au peuple grec et au dirigeant conservateur du gouvernement de coalition, Antonis Samaras, qu’elle doit rencontrer en début d’après-midi. Une solidarité qui n’oubliera pas de préciser gentiment mais fermement à un Etat dont les caisses seront vides en novembre que sans changements radicaux et sans économies, la tranche d’aide de 31, 5 milliards d’euros ne sera pas versée.
Vous voyez bien, tout cela n’a rien à voir avec un pustch. Vraiment pas.

On n’est pas au Venezuela, chez nous…