mardi 2 octobre 2012

On ne se lassera jamais


Le PCF et le front de gauche contre le traité budgétaire européen
Ce qu’ils ne comprennent pas, en face, c’est que nous, les communistes, les rouges, les partageux, on ne se lassera jamais.
On ne se lassera jamais, un 30 septembre, par une de ces premières journées d’automne, qui ressemblent encore à l’été comme si une saison en regrettait une autre et voulait se faire pardonner, de se retrouver à 10h du matin, devant un bus affrété par le Front de Gauche, à Lille, devant la station de la Porte d’Arras.
On ne se lassera jamais des rires et des interpellations joyeuses entre camarades avant d’embarquer.
On ne se lassera jamais des conversations animées dans le bus, des retrouvailles, des espérances et des craintes : « Tu crois qu’on sera combien ? », « Il paraît qu’ils ont un bus de 40 au départ de Seclin », « J’ai des copains de Bordeaux qui m’ont téléphoné, c’est très mobilisé chez eux aussi. »
On ne se lassera jamais de se savoir, comme d’habitude, en première ligne, seuls contre tous ou au moins contre les médias et les politiques qui ont tout fait pour ne pas parler de cette manifestation contre le TSCG.
On ne se lassera jamais d’un arrêt après le dernier péage avant Paris, pour attendre les autres bus, des sandwichs mangés contre les glissières de sécurité, d’une bouteille de Chinon partagée sous le soleil. Et du nouveau départ en convoi, escorté par des motards qui doivent nous en vouloir de bosser un dimanche, sauf s’ils ont été électeurs de Mélenchon, et pourquoi pas finalement.
On ne se lassera jamais de l’arrivée à Nation, des drapeaux, des ballons très haut dans le ciel bleu.
On ne se lassera jamais de l’inquiétude, « On n’est pas beaucoup, non ? » « Mais si, le défilé est parti pile à l’heure pour éviter la bousculade »
On ne se lassera jamais des slogans répétés en chœur, du larsen des porte-voix, des rencontres de hasard au milieu de la foule, un ami écrivain que l’on ne s’attendait pas à trouver là, un jeune lecteur qui vient vous serrer la main.
On ne se lassera jamais des déguisements de certains, les ouvrières de Doux en Calimero, et de l’humour de tous au cœur du commun combat.
On ne se lassera jamais, au long du défilé, des arrêts de bus transformés en stands provisoires pour des journaux alternatifs, des associations de droits de l’homme ou encore Les Amis de la Commune où l’on est allé acheter un pin’s.
On ne se lassera jamais des tracts et des journaux distribués par les organisations les plus diverses et parfois les plus microscopiques qu’on ne citera pas pour ne vexer personne, sauf le POI, le parti ouvrier indépendant, dont la militante qui distribuait son quatre pages était décidément bien jolie.
On ne se lassera jamais de passer la Seine, sur le Pont d’Austerlitz, et de la vue magnifique au cœur de l’après-midi. D’un côté, l’immeuble de Bercy, la citadelle des Finances, celle qu’il faudra bien prendre un jour pour la mettre au service d’une autre politique et de l’autre sur Notre Dame, la citadelle de Dieu, qui s’Il existe ne peut que nous soutenir puisque son fils dans l’Evangile, a bien chassé les marchands du Temple et expliqué qu’il serait plus compliqué pour un riche d’entrer au Royaume des Cieux que pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille.
On ne se lassera jamais de se rappeler, à ce moment-là, entre les deux rives, au-dessus du fleuve éblouissant d’un poème d’Aragon, dans Le Crève-coeur :
Ma patrie est comme une barque
Qu’abandonnèrent ses haleurs
Et je ressemble à ce monarque
Plus malheureux que le malheur
Qui restait roi de ses douleurs.
On ne se lassera jamais ces trois filles, au balcon du dernier étage d’un immeuble Haussmann, qui saluent le cortège gaiement en faisant jouer une Internationale de toute la force des baffles de leur chaîne.
On ne se lassera jamais de penser qu’il suffirait de peu de chose pour que la ville, si douce, ses avenues profondes, ses arbres qui jouent avec l’ombre et un soleil qui paraît de plus en plus chaud, bref pour que le monde entier soit parfaitement beau : qu’il soit juste.
On ne se lassera jamais de voir le drapeau tricolore de la Révolution Française mêlé au drapeau rouge de l’espérance communiste.
On ne se lassera jamais, jamais, jamais.
Et on peut le répéter, si vous voulez, 80 000 fois ce coup-ci.
Et beaucoup plus encore pour les prochaines manifs.