dimanche 2 septembre 2012

Je ne suis pas là.


Nous ne sommes pas là. Serge Quadruppani comme d'habitude a raison. Ou plutôt, en ce qui me concerne, je devrais apprendre à ne plus être là, comme lui sait si bien le faire. Encore trop velléitaire, sans doute?

La toute première inscription de Scutenaire: "Ne jamais perdre de vue -le conseil s'adresse à moi le tout premier- que je vis, que j'écris sous la domination bourgeoise."

Une seule préoccupation, désormais, pour les années à venir. Trouver les moyens matériels d'organiser une disparition, ou une désapparition. 

On ne ferait plus rien sinon lire et écrire pour le plaisir. Se baigner, ou se promener jusqu'à l'épuisement dans des villes étrangères. On n'aurait plus de téléphone portable.

On enverrait des poèmes à des amis en guise de carte postale. De temps en temps.

A la gloire qui est le soleil des morts, d'après Balzac, préférer la plage qui est le soleil des vivants.

Etre le marin joué par Bruno Ganz dans le film d'Alain Tanner, Dans la ville blanche, est le seul destin enviable aujourd'hui. Non seulement enviable, mais digne.

Ce ne serait pas du nomadisme. Juste une cavale. 

Une chambre d'hôtel,  grande, raisonnablement luxueuse, avec vue sur une vieille ville, ou un fleuve, ou des collines boisées et des villas de loin en loin. Si le garçon d'étage m'apprenait alors que je suis mort, que je vais passer l'éternité ici et que les petits-déjeuners sont servis jusqu'à 10H30, tout cela me comblerait d'aise, je crois. 


"La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. II me disait que c’était pour lui l’image du bonheur, et aussi qu’il avait essayé plusieurs fois de l’associer à d’autres images - mais ça n’avait jamais marché. II m’écrivait : «... il faudra que je la mette un jour toute seule au début d’un film, avec une longue amorce noire. Si on n’a pas vu le bonheur dans l’image, au moins on verra le noir.»"
Chris Marker, Sans Soleil