samedi 18 août 2012

Un jour nous prendrons des trains qui ne reviennent pas et ce sera la révolution.

On peut penser que c'est par un temps comme celui-ci,  qui règne sur toute l'Europe et que la novlangue toujours hideuse appelle "épisode caniculaire", que la révolution éclatera enfin et que la furie prolétarienne balaiera le vieux monde.

Un hélicoptère passe en basse altitude sur un village des Cyclades étendu dans sa vallée comme une fille qui fait une sieste. On dirait le Sud. On dirait la guerre.

Ne jamais rentrer. Prendre cette résolution-là individuellement s'appelle une fuite. La prendre collectivement s'appelle une révolution.

Il faut nager un peu longtemps et un peu loin pour atteindre ce grand rocher, presque un îlot, au milieu de la baie où d'année en année m'attend une anfractuosité qui a la forme d'un sourire de déesse. La seule que je prie de me laisser revenir éternellement. Pour l'instant, ça marche.

Le communisme spontané des habitants de l'île d'Ikaria, depuis l'Antiquité. Il a inspiré Cabet, il est signalé par Marx. Il est la preuve de l'imbécile arrogance des néo-libéraux qui prétendent représenter l'ordre "naturel" des choses. Et quand bien même, le "naturel" est haïssable. Le "ce qui va de soi". La civilisation, c'est tout le contraire. Une construction qui n'a rien d'évident, un effort permanent. C'est en ce sens qu'être de gauche est une sculpture de soi et que l'hypothèse communiste est une ornementation du monde, comme le sourire des déesses.

La fille qui danse à toujours raison.

"Ma première leçon de civilisation m'avait appris que le bon goût n'était pas dans la modération mais dans la découverte d'accords entre des aspérités." 
Jacques Laurent, Histoire égoïste