mercredi 15 août 2012

Jacques Laurent, Grec ancien

"Ma tante m'avait conduit chez elle entre un sable où séchaient les filets multicolores des pêcheurs et des tables de bistrot, encombrées d'assiettes d'oursins, bleus et orange, mais d'un bleu et d'un orange qui appartenaient à la même couleur. Un citron les escortait, ouvert à merveille comme sur une toile de Braque. Chez ma tante j'avais découvert les poivrons et les olives inconnus à la table de mes parents. A bicyclette j'avais connu mes premières transpirations méditerranéennes, qui ne glacent pas, tiédissent amicalement dès qu'on recourt à l'ombre aérée d'un figuier. 
A travers mes Grecs et même mon Horace et les Corot d'Italie, j'avais seulement imaginé cette lumière où l'on se félicite d'exister, d'être un jour né; elle vous oblige à vous affliger de devoir mourir mais vous laisse glaner des parcelles d'éternité dans sa transparence comme dans sa touffeur."


Jacques Laurent, Histoire égoïste