mercredi 11 juillet 2012

La bataille du gaz


 La bataille du gaz

sur Causeur
Faites une tarte au carambar grâce à la résistance gouvernementale


La hausse ridicule, voire insultante du Smic, qui se limite à un carambar par jour comme l’a remarqué Jean-Luc Mélenchon,  et encore en admettant que l’on soit smicard à temps plein ce qui est très rare puisqu’il s’agit d’une rémunération calculée sur une base horaire, méritait bien que le gouvernement fasse un peu rouler ses petits muscles sociaux sous sa couche adipeuse européisto-orthodoxe.
Ainsi vient-il d’entamer une héroïque bataille du gaz comme il y eut dans la résistance une glorieuse bataille du rail menée par les cheminots FTP. On n’en est pas, du côté de Jean-Marc Ayrault, a vouloir faire sauter les oléoducs, renatioliser GDF, fusiller pour sabotage économique les actuels dirigeants ou même, comme Chavez, à livrer gratuitement en pétrole les pauvres étasuniens qui ne peuvent plus se chauffer pour l’hiver. Non, il ne faut pas rêver. La deuxième gauche,  qui domine si visiblement l’actuelle équipe au pouvoir et s’apprête, sous couvert de renouveler la concertation sociale, à privilégier le contrat sur la loi ce qui donne des extases de bonheur à madame Parisot, cette deuxième gauche, donc, quand elle veut taper sur la table, elle le fait poliment car elle a trop peur de se faire mal au poing. Ou de casser la table, ce qui serait mal vu des marchés, sûrement.
Mais bon, sur la question du gaz, il semblerait que le soupçon d’une ébauche d’un commencement de résistance ait lieu.
Rappelons les faits.  François Fillon à l’époque lointaine où il était premier ministre et non leader de la fraction UMP propre sur elle qui ne veut pas entendre parler du FN, avait en octobre 2011, gelé le prix du gaz. Evidemment, on privatise, on privatise par idéologie parce qu’on croit que toute privatisation profite au consommateur ce qui fait par ailleurs rire aux larmes les usagers du chemin de fer anglais par exemple. Mais après on est bien embêté parce qu’on a remplacé un monopole d’état par un monopole privé et que le monopole privé, lui ce qu’il aime, c’est surtout le profit pour ses actionnaires plutôt que le service public pour les usagers.
Or, comme vous ne l’ignorez pas, le gaz  quand on est pauvre ne sert pas seulement à se suicider mais aussi à se chauffer, voire à faire cuire la junk food  achetée au supermarché hard-discount du coin. Donc François Fillon avait bloqué les prix du gaz comme un affreux étatiste ou en souvenir du gentil gaulliste social qu’il était du temps de Philippe Seguin. Seulement l’arrêté Fillon de blocage des prix ne portait que sur le dernier trimestre 2011. A peine élu, le gouvernement Ayrault avait annoncé une augmentation limitée à 2%, histoire de rester dans les clous de l’inflation générale pour que ça se sente moins.
Oui, mais voilà que le conseil d’Etat vient d’expliquer à Delphine Batho que ça ne va pas se passer comme ça, qu’il faut tout de même respecter les intérêts de GDF Suez et qu’elle a un mois pour prendre un arrêté fixant la hausse à 8, 8% voire 10% selon les abonnements. Ca fait tout de même 40 euros d’augmentation pour un ménage qui se chauffe au gaz, sachant que Smic a été augmenté d’une vingtaine d’euros qui se réduisent en fait plutôt à 6 hors inflation.
Ca laisse rêveur, tout de même, ces politiques à qui on « impose » plus ou moins aimablement ce qu’ils doivent faire. Conseil d’Etat, Cour des Comptes, Commissions européennes. Quand j’étais petit, je rêvais de devenir président de la république non pas pour changer le monde mais par pure volonté de pouvoir car au fond j’ai une mauvaise nature. Inutile de dire qu’un petit garçon aujourd’hui qui rêve d’avoir de supers pouvoirs choisira plutôt de devenir Spiderman (celui qui passe sur les écrans actuellement est hautement recommandable) que François Hollande. A quoi ça sert de se faire élire par le peuple si n’importe qui vous rappelle à l’ordre dès que vous voulez aider le peuple en vous accusant de vouloir spolier ces pauvres gens de GDF-Suez.
Bon, apparemment, Delphine Batho a moyennement envie de céder à l’injonction du Conseil d’Etat. Elle a contre attaqué en déposant un projet d’arrêté limitant de fait la hausse du gaz à celle de l’inflation. Et en plus, elle a demandé «  une révision des modes de fixation des tarifs réglementés, ainsi que des mesures rapides concernant la lutte contre la précarité énergétique».
Delphine Batho, si ça se trouve, et on ne le savait pas, c’est la copine de L’Araignée. Grâce à elle, cet hiver, les smicards pourront faire des tartes au carambar sur leurs brûleurs au gaz.
La tarte au carambar, c’est bon, c’est pas cher et ça plait aux enfants. Merci qui ? Merci Delphine.

Jérôme Leroy