samedi 14 juillet 2012

Faisait-il beau le 14 juillet 1789?

Tourner le dos à l'horreur économique, attendre la révolution mondiale, lire Cecil Saint-Laurent
Faisait-il beau le 14 juillet 1789?

8000 salariés de PSA en colère pourraient être l'étincelle qui met le feu à toute la plaine comme écrivait un célèbre poète chinois du siècle précédent, qui fut aussi stratège et homme d'Etat. Ils pourraient décider de prendre une nouvelle Bastille. Le problème est qu'il n'y a plus de Bastille, ou trop. La commission européenne? L'OCDE? La BCE? Le Medef? Les sièges sociaux des banques? Le FMI?
Vous avez les adresses? De l'acéphalie du totalitarisme néo-capitaliste...

Trois jours en Normandie. Ciel gris. Pas un temps à prendre la Bastille. On va rester à lire, en regardant par la fenêtre de notre chambre de jeune homme l'inutile splendeur du jardin sous la pluie.

C'est d'autant plus dommage que juillet en Normandie est souvent très beau. Juillet qui m'a toujours semblé, en fait,  depuis l'enfance, le seul mois d'été de plein droit. Celui où il serait possible de suspendre le cours du temps, de flirter avec l'éternité.

Une heureuse et charmante découverte dans la bibliothèque familiale. Deux Cecil Saint-Laurent, Prénom Clotilde et Ici Clotilde dans une édition assez fraîche des Presses de la Cité. Ils nous avaient échappé pendant des années. 

Rien ne vaut le roman pur quand il pleut. Passer plus de mille pages en compagnie d'un écrivain qui sait vous raconter une bonne histoire (en l'occurrence celle d'une jeune fille pendant l'occup') avec  style, ironie et une certaine légèreté stendhalienne, est un de nos derniers plaisirs gratuits.

Premier chapitre prometteur: l'exode de juin 40 dans une petite ville du Centre. Tout le monde s'en va et Clotilde, la fille de la pharmacienne, est un peu révoltée par tout et n'importe quoi: Saint-Paul et la domination masculine, la déroute de l'armée française, son petit ami velléitaire. Elle est assez catholique au demeurant, de manière instinctive et n'ose pas se regarder nue dans les miroirs. Elle a tort, elle a l'air très bien foutue. Cecil Saint-Laurent sait agacer agréablement son lecteur quand il s'agit de faire passer ce genre de chose. Et puis, la dernière nuit avant le départ, finalement, comme une vraie héroïne stendhalienne, encore, Clotilde fait preuve d'une audacieuse énergie, va rejoindre le petit ami et perd son pucelage alors qu'on entend sur la grand route le bruit des camions militaires de l'exode.

La seule chose qui pourrait interrompre ma lecture donc, c'est un retour soudain du beau temps et l'envie d'aller à la plage ou le déclenchement d'une révolution communiste. Ce qui, vous en conviendrez, revient au même.