samedi 9 juin 2012

La plus belle des critiques

Au Centre de détention de Roanne, en mars, nous avions rencontré des détenues et des détenus, dans la cadre de l'opération Polar hors les murs liée au festival Quai du Polar de Lyon. On sentait bien que l'énergie avait circulé mais on n'est jamais forcément sûr à 100% de la chose. Là oui, grâce à cet article du journal interne des détenus que l'on nous a aimablement transmis. Merci, les gars, merci les filles.

Le polar rugit à Roanne
La force intime d'un écrivain nommé Jérôme Leroy
En mars, au bâtiment socio-culturel, ensemble les détenus femmes et hommes rencontraient l'auteur Jérôme Leroy.
Le romancier manifeste son bonheur d'être ici parmi nous. Écrivain engagé, il a la tchatch, de l'humour mais pas la grosse tête. Il n'utilise pas la langue de bois. Provocateur, sans désinformation ni manipulation, il s'est lancé un grand défi : dénoncer les travers de notre société dite civilisée.
La plupart d'entre nous ont pu se procurer dans la bibliothèque du Centre de Détention certains romans de cet auteur. Dans ses polars, sur une trame politique et actuelle, il décortique notre société. Une plongée vertigineuse au cœur de la corruption et du vice dans le pouvoir qui gouverne les peuples du monde. Il ne fait pas dans le virtuel mais le concret. Une mixture de faits-divers, faits d'actualité, d'économie politique compose ses livres. Son style, des phrases courtes, efficaces, précises. Chaque mot est à sa place, ce qui permet une lecture simple, fluide et enrichissante. Le coup de cœur chez les femmes a été son livre, « La grande môme ».
Son roman : « Le bloc », a suscité une grande polémique auprès des détenus. De ce fait, le rendez-vous avec l'auteur a vite tourné en débat sur notre monde actuel qu'il évoquait sans détour et avec un goût amer. Passionnant !
Une visite décalée, insolite, toute à notre bonheur. Nous les détenu(e)s, étions tous attentifs à sa vision du monde, son interprétation du système et ses clivages.
Intellectuellement, une très belle rencontre qui nous a permis de nous évader de derrière les barreaux. Nous avons bien apprécié cette approche, cette possibilité si rare de pouvoir s'exprimer en toute liberté.
Au final nous avons été ravis de partager cet instant avec un écrivain militant. Des rencontres telles que celles-ci, nous en avons grand besoin et nous en redemandons.

(Journal interne du CD de Roanne – juin 2012)