mardi 14 novembre 2017

Façons de perdre

"Nous ne pourrons jamais savoir vraiment qui de nous deux est le plus sensible à cette façon de ne pas être que chacun a pour l'autre. Mireille pleure parfois en écoutant ce quintette de Brahms, seule à la nuit tombante dans son salon aux poutres apparentes et aux meubles rustiques , où parvient de temps en temps le parfum des roses du jardin. Xavier ne sait pas pleurer, ses larmes choisissent de se condenser en cauchemars qui le réveillent parfois près d'Eileen, dont il se délivre en buvant du cognac et en écrivant des textes qui ne parlent pas forcément des cauchemars mais parfois si, parfois il les déverse en mots inutiles et pour un moment il est le maître, celui qui décide ce qui sera dit et ce qui se glissera peu à peu au faux oubli d'un nouveau jour."
Julio Cortàzar, "Les faces de la médaille" in Façons de perdre (Gallimard, L'Imaginaire.)