mercredi 27 septembre 2017

Rendez-vous sur le Bassin d'Arcachon

On y sera dès le vendredi pour des rencontres. Et on vous espère pour le ouiquènde. Viendèze nous dire bonjour.
En plus dans les invités, la formidable Yana Vagner, auteure russe d'une superbe saga post-apocalyptique en deux volumes. 

mardi 26 septembre 2017

Les progressistes, c'était mieux avant

-Avant, c'était mieux car il y avait moins de gens qui trouvaient que c'était mieux avant. Ce qui prouve bien que maintenant c'est pas terrible puisque aujourd'hui est plus réactionnaire qu'hier. Tu me suis, jeune progressiste inconséquente?

vendredi 22 septembre 2017

Cracher dans les yeux des anges


Je sais que Céline n'est plus très en cour, quoiqu'on en dise. A la fin, de toute façon,les écrivains seront jugés dans nos démocraties de marché, comme ils l'étaient dans les dictatures, on aura le droit de les lire en fonction de leur conformité avec une ligne politique (cette ligne apparaitra faussement plurielle dans les démocraties de marché, on pourra condamner des écrivains pour des raisons de gauche, de droite, du centre, d'orientation sexuelle, religieuse, etc, mais ça reviendra au même, c'est le fonctionnement même du spectaculaire intégré, dirait Debord).
Dans vingt ans, peut-être avant, Céline, ce sera comme les cigarettes à 10 euros, ça coûtera cher, il y aura des photos affreuses sur les couvertures pour nous rappeler ce qui nous attend si on le lit et on se sentira coupable. A aucun moment, la question du goût ne sera posée, et il en sera terminé de la littérature comme lieu merveilleux de la suspension du jugement moral et politique (époché). Le droit ne ne pas aimer Céline deviendra un impératif catégorique, celui de l'aimer une faute, une circonstance aggravante dans votre dossier à charge. Voilà pourquoi nous finirons tous par nous taire, ne plus écrire ou tout au moins ne plus publier. Le masochisme à ses limites, surtout en vieillissant.
Je mets Céline ici parce qu'il me semble l'exemple le plus flagrant et que je viens de tomber sur cet extrait magnifique de la correspondance de Bukowski sur l'écriture et les écrivains qui vient de paraître au Diable Vauvert: "Mais Céline, il m'a donné honte du pauvre écrivain que je suis, j'ai eu envie de tout jeter par la fenêtre. Un foutu maître chuchotant dans ma tête. dieu, l'impression d'être redevenu un petit garçon. Tout ouïe. Entre Céline et Dostoïevski il n'y a rien, si ce n'est Henry Miller. Enfin, passé le vertige qui m'a saisi en découvrant combien j'étais insignifiant, j'ai repris la lecture, et je me suis laissé mener par la main, volontiers. Céline était un philosophe qui savait que la philosophie était vaine ; un queutard qui savait que la baise était du vent ; Céline était un ange, il a craché dans les yeux des anges et puis il est descendu dans la rue." Buk, donc. Que bientôt, il ne faudra plus lire parce qu'il était alcoolique et qu'il allait au putes.

mardi 19 septembre 2017

Poème-feuilleton, 1



Pétrus Borel, classique souterrain






Soyons honnête, le nom de Pétrus Borel est bien oublié. Pire, il était même oublié de son vivant. Alors pourquoi l’édition de ses œuvres complètes aujourd’hui, aux Editions du Sandre ? Par simple souci patrimonial ? Pour satisfaire le snobisme de quelques amateurs de curiosités littéraires ? L’explication serait un peu courte. Ce qui frappera le lecteur en découvrant les textes de Pétrus Borel les plus importants comme Rhapsodies (1832), Champavert, contes immoraux (1833) et Madame Putiphar (1839), c’est leur modernité. Mais attention, modernité au sens où Baudelaire, qui fut un lecteur attentif de Borel, employait ce mot : « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. »
Ne serait-ce que pour cette raison, lire Pétrus Borel sera un antidote parfait à une forme de bêtise très répandue aujourd’hui : croire que la nouveauté en art et en politique se suffit à elle-même,  qu’elle surgit hors-sol, qu’elle peut se permettre de renier le passé ou de le moquer, à l’image des colonnes de Buren que Guy Debord avait qualifié si justement de « néo-dadaïsme d’Etat » pour désigner la manière dont une fausse contestation marche bien sagement dans les clous désignés par le pouvoir.
L’œuvre de Pétrus Borel est torturée, frénétique, hyperbolique –mot qu’il affectionne- , elle est obscène, violente ; elle était choquante à l’époque et elle l’est peut-être aujourd’hui encore, avec par exemple Dina la belle juive, un des « contes immoraux » où abondent les viols et les suicides sans grande logique narrative, mais c’est une œuvre qui  n’est jamais dans l’épate-bourgeois. La rage de Pétrus Borel est irréductible, indomptable, son mépris pour les conventions sociales, morales et esthétiques est parfaitement sincère et sa propre vie, qui se confond  avec son écriture, a été un processus d’autodestruction rapide.
Né en 1809 à Lyon mais vivant dès sa petite enfance à Paris, il est mort en 1859 en Algérie. Entre les deux, misère, guignon, scoumoune, et même un peu de prison, pour faire bonne mesure, d’où sans doute l’obsession de l’enfermement, du labyrinthe, des architectures angoissantes.
Apparemment, si l’on s’en tient aux dates, il peut paraître aisé de situer Pétrus Borel dans l’histoire littéraire. Il donne l’essentiel de son œuvre en moins de dix ans. Ces dix années, 1830-1840 sont aussi la décennie dorée du romantisme en France, le moment où ce mouvement s’affirme comme un courant majeur et toujours turbulent après la fameuse bataille d’Hernani,  la pièce de Victor Hugo qui marque l’acte de naissance en même temps que la prise de pouvoir de toute une génération d’écrivains. Outre Victor Hugo, apparaissent Lamartine, Musset, Vigny, Gautier, Nerval, Sainte-Beuve.
Dans ce mouvement, Pétrus Borel, quand on se souvient de lui, est qualifié de « romantique mineur » ou de « petit romantique » aux côtés d’un Aloysius Bertrand ou d’un Charles Nodier. Et, de fait, on retrouve chez lui bien des traits saillants du romantisme poussé à l’extrême : le goût du rêve, du macabre, le thème de la ville comme lieu de tous les possibles, l’attirance pour l’exotisme et pour le Moyen-Age, mais aussi l’affirmation de la subjectivité et du culte du moi.  Sans compter qu’il est l’archétype du poète maudit, qui ne vit que pour son art et s’épuise contre une société bourgeoise hostile au génie qu’elle ne comprend pas.
Cliché ? C’est plus compliqué. Le cliché, avant de le devenir, a un commencement et ce commencement, c’est Pétrus Borel. Vous cherchez un prédécesseur au Baudelaire des Fleurs du Mal, au Rimbaud d’une Saison en enfer ? Pétrus Borel est là. Baudelaire, encore lui, écrit sur ce précurseur encombrant : « Plus d’une personne se demandera sans doute pourquoi nous faisons une place dans notre galerie à un esprit que nous jugeons nous-même si incomplet. C’est non-seulement parce que cet esprit si lourd, si criard, si incomplet qu’il soit, a parfois envoyé vers le ciel une note éclatante et juste, mais aussi parce que dans l’histoire de notre siècle il a joué un rôle non sans importance. »
La rupture opérée par Borel n’est pas seulement esthétique : il en tire les conséquences pratiques dans la vie quotidienne comme le feront, plus tard, les poètes de la beat generation qui pratiqueront de manière très rimbaldienne « le dérèglement de tous les sens ». Il y a quelque chose de l’icône punk chez Pétrus Borel,  notamment dans son goût pour le « No future » : « Si je suis resté obscur et ignoré, si jamais personne n'a tympanisé pour moi, si je n'ai jamais été appelé aiglon ou cygne, en revanche, je n'ai jamais été le paillasse d'aucun ; je n'ai jamais tambouriné pour amasser la foule autour d'un maître, nul ne peut me dire son apprenti. » écrit-il dans le prologue de Madame Putiphar, cette histoire d’amour impossible d’une noirceur qui a fait dire à Eluard qu’il fallait chercher ses équivalents du côté de Sade et Lautréamont.

La transformation d’un romantisme amoureux du passé, souvent réactionnaire, -il ne faut pas oublier que Hugo jeune homme est lui-même royaliste-, en un romantisme qui devient politiquement révolutionnaire, c’est l’apport majeur de Borel. Son goût des gentes dames en hennin et des ruines au clair de lune ne l’empêche pas de vouloir en même temps contempler les seins nus de La Liberté guidant le peuple de Delacroix et si possible de les embrasser, voire de les mordre un peu. On peut aimer une telle contradiction chez un écrivain, on peut même penser que c’est ce qui a fait de Borel un auteur dont la réputation est inversement proportionnelle à l’influence réelle, au point qu’il fait partie de ceux que Gourmont appelait joliment « les classiques souterrains ». 
Il faut se replacer dans l’époque pour le comprendre. Pétrus Borel, en 1829, anime le Petit Cénacle, réunion de jeunes artistes qui miment en quelque sorte le « grand » Cénacle, celui que se réunit autour de Hugo. Il s’agit pour Borel, en compagnie de Théophile Gautier et de Gérard de Nerval, de se faire une place au soleil par et pour eux-mêmes et de prendre acte des divergences politiques avec le Cénacle de Victor Hugo.
La révolution de 1830 éclate et Pétrus Borel et ses amis ne se satisfont pas de la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe qui a succédé à celle, autoritaire, de Charles X. Ils entrent dans une forme de dissidence radicale au sein d’une société où Guizot donne l’alpha et l’oméga d’une existence réussie avec son célèbre « Enrichissez-vous ! »
Pétrus Borel, lui préfère se mettre littéralement à poil, précurseur du naturisme avec ses amis dans une maison surnommée le Camp des Tartares.  Il devient un républicain acharné et, dans l’excellente édition qui nous est proposée ici par Michel Brix, on trouvera en annexe les rapports de la police de Louis-Philippe, véritables RG de l’époque, qui précisent à propos du Petit Cénacle que « tous sont membres d’une société particulière ayant pour titre : Club des cochons (…) Ces misérables ont qualifié leur réunion du nom qu’ils méritent à juste titre car ils sont sodomistes. Ils sont tous jeunes, très actifs et armés de poignards. » 
Certes, Pétrus Borel était dangereux, mais pas à la manière dont l’entendent les polices politiques d’hier et d’aujourd’hui. Le vrai danger pour le pouvoir, qui ne le voit pas, est celui d’un rapport au monde révolutionné par l’écriture, une écriture qui, de fait, change le monde lui-même. Tristan Tzara, le grand nom du dadaïsme, le comprend parfaitement dans les années 20 : «  Le chemin de la poésie est étroitement dépendant de celui des idées révolutionnaires, mais il existe une tradition révolutionnaire spécifiquement poétique. De Pétrus Borel et de Nerval, ce chemin passe par le pays de Baudelaire pour rejoindre les régions de Lautréamont, de Tristan Corbière et de Rimbaud. »
Quelles sont les étapes de cette révolution par la poésie chez Pétrus Borel ? Pour commencer, Pétrus Borel se définissait lui-même comme « lycanthrope », c’est à dire comme un homme-loup et ce n’était pas seulement à cause de son système pileux que l’on raconte avoir été particulièrement spectaculaire mais, selon ses propres termes, pour qualifier une attitude politique « sauvage », un travail du négatif qui inspirera toutes les avant gardes du siècle suivant : les dadaïstes, on l’a vu,  mais aussi  les surréalistes, les situationnistes et tous ceux pour qui la subversion politique, l’inversion des valeurs et la création artistique vont de pair : « Oui, je suis républicain, comme l’entendrait un loup-cervier : mon républicanisme c’est de la lycanthropie !… J’ai besoin d’une somme énorme de liberté ! » écrit-il dans Rhapsodies.
Ensuite, et cela explique peut-être ses relations distantes avec la postérité, Pétrus Borel joue avec la notion même d’auteur. Il la remet en question comme le fera là aussi une autre avant-garde, celle des structuralistes des années 60-70 façon Tel Quel de Sollers. Un texte doit-il nécessairement avoir un auteur ? N’est-ce pas une survivance bourgeoise du « statut de l’écrivain » ? Il y avait eu ainsi, chez le Pétrus Borel du Petit Cénacle l’idée d’un auteur collectif qui aurait été le groupe tout entier, un groupe qui se surnommait alors les « bousingots », du nom de la coiffe des marins accourus du Havre pour aider à la révolution de 1830. Il avait prévu d’ailleurs de publier des Contes du Bousingot qui ne virent jamais le jour, les autres préférant poursuivre leur carrière en solitaire.

Pétrus Borel continua néanmoins à jouer avec sa propre identité. Dans Champavert, contes immoraux, il annonce dans la préface le suicide de… Pétrus Borel, à 23 ans. Un Pétrus Borel qui n’aurait été d’ailleurs que le pseudonyme d’un certain Champavert, nihiliste patenté.  Bref, une forme de disparition au carré pour l’auteur de contes qui jouent sur toute la gamme de l’horrifique et d’une critique sociale d’une violence rare. Il milite par exemple de manière féroce pour l’abolition de la peine de mort, là où Hugo le fera sur le ton du conte moral façon Claude Gueux: « Dans Paris, il y a deux cavernes,  l’une de voleurs, l’autre de meurtriers : celle des voleurs, c’est la Bourse, celle des meurtriers, c’est le Palais de Justice. » Et ce ne sont qu’amours monstres, duels à mort, exécutions capitales où les personnages sont des aristocrates sadiques, des filles-mères abusées, des Noirs victimes du racisme colonial pour lesquels il prend parti comme le fera plus tard Rimbaud, encore lui, dans Une saison en enfer. 
Il est amusant aussi de savoir, à propos de cette perte d’identité voulue qui est peut-être la clef de l’œuvre qu’une manière de hasard objectif, aurait dit Breton, grand admirateur de Borel dans son Anthologie de l’humour noir, a fait que les contemporains de Pétrus Borel étaient persuadés que « Pétrus » était une coquetterie archaïsante alors qu’il s’agissait de son vrai prénom.
Avoir pour vrai nom ce que les autres croient être un pseudonyme, cela résume parfaitement ce qui rend l’œuvre du lycanthrope malheureux aussi fascinante, une oeuvre qui paracheva sa propre éclipse quand à bout de force, comme plus tard Rimbaud en Somalie, Pétrus Borel alla s’oublier sous le soleil du désert algérien qui devait finalement le tuer puisque cet écrivain de la nuit, des ténèbres tortueuses comme on peut le voir dans Madame Putiphar, roman noir au sens le plus contemporain,  finit par mourir à cinquante ans…d’une insolation !

Jérôme Leroy

Œuvres complètes de Pétrus Borel (édition de Michel Brix, Editions du Sandre, 2017)






Les éditions du Sandre



Il faut saluer le travail des éditions du Sandre, dirigée depuis 2002 par Guillaume Zorgbibe. Dans des présentations toujours très soignées, on trouve au catalogue des curiosités et une politique d’œuvres complètes accompagnées d’appareils critiques remarquables. Les Oeuvres complètes de Pétrus Borel viennent ainsi prendre place aux côtés de celle de Chamfort qui n’a pas écrit que des maximes,  de  Charles Cros ou encore du surréaliste suicidé René Crevel. Au rayon des curiosités, on signalera La bibliothèque invisible de Stéphane Mahieu, un catalogue des livres imaginaires inventés par des écrivains ou les artistes. Diffusée par les Belles-Lettres, Les éditions du Sandre disposent aussi de leur propre librairie au 34, rue Serge-Veau à Saint-Loup de Naud (77650).

article paru dans Causeur Magazine de juin 2017

dimanche 17 septembre 2017

Werner Lambersy

Entre cuisine et salle
À manger il y a une marche
Difficile pour apporter
La soupière sans trébucher
Mais pour monter à l'étage
Où coucher ensemble il y a
Un tapis devant la porte. 

Werner Lambersy, La chute de la grande  roue (Castor Astral, 2017)

vendredi 15 septembre 2017

Asap, comme ils disent, mais vraiment asap.

Donc, on traîne dans sa bibliothèque malgré un travail fou (alors que le seul travail d'un homme libre devrait précisément être de trainer dans sa bibliothèque), on feuillette machinalement l'excellente biographie de Jean-Paul Kauffmann sur  Raymond Guérin, Raymond Guérin, 31 allées Damour (La Table Ronde, Petite Vermillon).
On feuilletait ce livre pour de mauvaises raisons, à vrai dire: pour trouver dans la noirceur de Guérin, dans son sens du sordide, de la chiennerie de l'existence conjugués à son désir d'équilibre solaire et à sa volonté jamais démentie d'écrire malgré des succès modestes suivis d'un oubli total, un écho fraternel à nos propres soucis,  des raisons paradoxales d'espérer, de tenir et le désir, en quelque sorte de soigner le mal par le mal.
Et voici que l'on tombe d'emblée sur ces lignes où Kauffmann, évoquant sa découverte de Guérin, fait apparaitre un personnage réel qui,  pour le coup, mot pour mot, trace les contours de ce qui est exactement notre désir pour peu que le talon de fer, dans un instant de distraction, relâche sa pression et que nous puissions échapper à la galère du travail alimentaire (où d'aucunes têtes de mort, ces temps-ci, voudraient nous attacher jusqu'à ce que l'on soit subclaquant).Voici donc ce passage de la biographie de Guérin, dont la rencontre relève du signe ou du hasard objectif, comme vous voudrez: 
 "En 1981, lors de vacances en Grèce, je suis tombé en panne de livres sur l'île de Paros. Heureusement mon plus proche voisin, Boris Kidel, ancien rédacteur en chef au Matin de Paris, est venu à mon secours. Las de la vie parisienne, il s'était retiré avec une immense bibliothèque sur cette île."
Voilà. Pas mieux. Chaque mot concernant ce Boris Kidel, me perce le coeur.




mercredi 13 septembre 2017

Le 31 août 2017

Le 31 août 2017, cent cinquantième anniversaire de la mort de Baudelaire, je suis resté longtemps, très longtemps à regarder le port de Hambourg. Et j'ai compris, évidemment, que Baudelaire n'était pas mort puisqu'il était à côté de moi:
"Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir. "

Bravo Maduro (3)

Au sommet de l'hystérie qui est décidément son mode habituel de fonctionnement, Emmanuel Macron, monsieur 15% du corps électoral, avait déclaré à propos du Vénézuela de la révolution bolivarienne, le 30 août: «Nos concitoyens ne comprennent pas comment certains ont pu être aussi complaisants avec le régime qui est en train de se mettre en place au Venezuela. Une dictature qui tente de se survivre au prix d'une détresse humanitaire sans précédent, alors même que les ressources de ce pays restent considérables» 
En disant cela, Macron s'offrait déjà le petit plaisir de l'instrumentalisation implicite de la question vénézuelienne à des fins intérieures pour contrer par ce bien pauvre argument ses seuls opposants dignes de ce nom, La France Insoumise et les communistes qui n'ont pas sombré contrairement à la quasi- totalité du monde médiatique et politique dans la lecture caricaturale de ce qui est en jeu à Caracas. 
Plus grave,  Macron donnait de fait son soutien aux USA et à la droite patronale vénézuélienne pour continuer la déstabilisation du régime bolivarien par le sabotage économique, la désinformation éhontée et la violence politique : sait-on qu'une part non négligeable des morts des derniers mois lors des manifestations sont des policiers et des militants chavistes ce qui tendrait à prouver que l'on est plus près d'un coup d'état larvé néo-libéral, façon Chili pré-Pinochet que d'un peuple opprimé en lutte contre un caudillo populiste? Rappelons d'ailleurs que cette droite vénézuélienne, façon Capriles ou Lopez, très extrême pour une droite qui se prétend respectueuse des institutions, est coutumière des putschs puisqu'elle avait déjà tenté de renverser militairement Chavez en 2002. De fait, elle n'a jamais digéré cette révolution douce  qui l'a forcée à partager le gâteau avec un peuple qui était le plus pauvre d'Amérique Latine dans un des pays les plus riches.
Mais voilà, alors que Macron va faire le beau sur l'île ravagée des milliardaires bling-bling où l'ouragan a révélé à la fois les conséquences des coupes sauvages dans les services publics mais aussi la lutte des classes larvée entre les pauvres d'un côté, souvent Noirs et jamais interviewés à télé  et les riches présentés à longueur de reportage comme de pauvres migrants soumis aux pillages des  barbares locaux, on apprend que ce salopard de sanguinaire Maduro et son régime encore plus abject que la Corée du Nord ou l'Empire des Daleks réunis a déjà, lui, envoyé  10 tonnes d'aide humanitaire à l'île de Saint-Martin et 30 dans le reste des Caraïbes touché par les ouragans. Il a même osé aider Cuba, ce qui prouve bien qu'il est un dictateur, non?)
Des biens de première nécessité tel que de l’eau, de l'équipement de secours, des vêtements ou encore des matelas avaient été acheminés sur place quand monsieur 15% du corps électoral, avait enfin décidé de se bouger. Le retard jupitérien est sans doute explicable par le soin apporté à la mise en scène très Kennedy 2.0 du voyage ou alors par le désir d'être un peu loin du mouvement social contre la loi "travaille!", qui commence à pointer son nez avec un succès somme toute honorable: il est plus flatteur, n'est-ce pas, d'être photographié en train de câliner des exilés fiscaux ou des touristes friqués que de devoir communiquer sur les " les fainéants, les cyniques, les extrémistes" qui en plus osent briser l'unité nationale devant la catastrophe.
Alors, l'aide de Maduro? De la vile propagande, évidemment. Enfin, c'est comme ça que les macronistes appelleront sans doute le geste fraternel du Venezuela, la puissance régionale dont ont nous explique pourtant à longueur de temps et depuis des années qu'elle est au bord du chaos. 

mercredi 6 septembre 2017

Pension Sabine


Bad Bevensen.
Une petite ville en Allemagne aurait dit John Le Carré, une station thermale sans histoire.
Une jolie librairie, de jolies rencontres et en rentrant par les rues à colombages vers la pension Sabine, on ne sait par quelle association d'idées, (ce prénom, cette ville au milieu de nulle part, d'autres retours par d'autres rues et d'autres nuits, d'autres renoncements apaisés) cette chanson qui revient. 
Car le doo wop n'abandonne jamais le voyageur solitaire et amoureux. Alors enjoy, good night and good luck.

mardi 5 septembre 2017

Et nager vers la Norvège








Il n'associait pas forcément la dolce vita mélancolique des arrière-saisons balnéaires avec Kiel et la Baltique. Et pourtant...Le réchauffement climatique avait du bon, finalement. On boirait bientôt le dernier verre, celui de la fin du monde, en terrasse à Noël, en regardant les filles se baigner et nager vers la Norvège.