jeudi 31 août 2017

La campagne d'Allemagne, saison 3

Ca a commencé hier soir à Hambourg et jusqu'au 8 septembre


mardi 29 août 2017

Merci pour le 53.

Avant de partir dès demain  pour une tournée d'une dizaine de jours en Allemagne autour du Bloc (Hambourg, Kiel, Berlin, Francfort, Cologne), je voulais remercier tous ceux qui via FB, l'adresse de ce blogue, Messenger et même un bon vieux coup de bigo ou une carte postale du monde d'avant,  m'ont souhaité mon anniversaire.
Bon, à mon âge, les cadeaux, ce n'est plus très important, moins que les signes affectueux envoyés par votre aimable compagnie de poètes, de rêveurs lucides, d'amoureux des temps endormis, de lecteurs acharnés, de mauvais esprits, d'utopistes qui savent que seule une époque aussi barbare que la nôtre a pu donner à ce mot, dans le langage commun, une connotation péjorative... 
Mais quand même, si vous pouviez vous cotiser pour m'offrir une belle révolution à l'automne, une vraie, avec quelques prises de préfectures, quelques patrons et médiatiques envoyés en exil mais surtout, surtout l'établissement de communautés affinitaires dans les villes et à la campagne, l'abolition de l'économie marchande, la mort des réveille-matins, une révolution avec des chaises-longues, des livres, des nuits sans cauchemar, des enfants que l'on frotte avec une serviette quand ils sortent de la mer, des miettes de croissant dans le lit des grasses matinées...Enfin vous voyez l'idée.... 
Débrouillez-vous comme vous voudrez, mais ça devrait pouvoir se faire. 
Et si possible sans que j'aie encore à attendre 53 ans....

lundi 28 août 2017

Loi "Travaille": l'ordonnance Pouget.

Edouard Philippe vient d'annoncer cinq ordonnances pour la loi "Travaille!". Emile Pouget a écrit la sienne en 1911. Vous avez le choix, y compris dans Uberland, parce qu'elle est plus que jamais de saison.
"Pris dans l’engrenage, faute de pouvoir se mettre en grève, les travailleurs frappés subissent les exigences nouvelles du capitaliste. Avec le "sabotage", il en est tout autrement: les travailleurs peuvent résister ; ils ne sont plus à la merci complète du capital ; ils ne sont plus la chair molle que le maître pétrit à sa guise: ils ont un moyen d’affirmer leur virilité et de prouver à l’oppresseur qu’ils sont des hommes. D’ailleurs, le "sabotage" n’est pas aussi nouveau qu’il le paraît : depuis toujours les travailleurs l’ont pratiqué individuellement, quoique sans méthode. D’instinct, ils ont toujours ralenti leur production quand le patron a augmenté ses exigences ; sans s’en rendre clairement compte, ils ont appliqué la formule : A MAUVAISE PAYE, MAUVAIS TRAVAIL."
Dans la prochaine saison de la série, on passera à l'étape suivante: en finir avec le travail.
 
(NB): je suis certain que les féministes les plus sourcilleuses passeront sur l'emploi "d'époque" de certains termes. D'ailleurs qui a dit que les femmes n'étaient pas viriles, à l'occasion, et les hommes féminins? Pas votre serviteur en tout cas.

dimanche 27 août 2017

une heure ou deux


une heure ou deux

s’arrêter pour une heure ou deux
se promener dans la petite ville
grise si loin de la mer que les enfants
en rêvent pendant les siestes
aux heures immobiles de l’été
disparaître dans les rues calmes
aux jardins qui noient les façades
les rues montent en douceur
vers l’église romane d’une paroisse
donnant son nom à ce quartier calme
le clocher sonnera trois heures
bientôt et on ne saura plus si on
a envie de mourir ou d’aller boire
à la terrasse du café des sports
avant de repartir de la petite ville.

(le temps d’un passage)

jeudi 24 août 2017

Sleep walk



Ca me semble décidément le morceau idéal à passer en boucle sur les radios de la fin du monde. 
On cherchera  comment éviter le tsunami de 120 mètres de haut (comme récemment au Groenland), on voudra joindre le centre de décontamination le plus proche ou voir s'il n'y a pas, sur une quelconque fréquence, un genre de Bison Futé apocalyptique qui indiquerait les dernières stations service, comment éviter les bouchons provoqués par les voitures arrêtées pleines de cadavres ou anticiper les déplacements des hordes de pillards un peu anthropophages. 
Mais on tombera à chaque fois sur Santo et Johnny, avec leur titre de circonstance, et on comprendra soudain qu'il y avait moyen de faire autrement avant d'éclater d'un monumental éclat de rire devant notre abyssale connerie et d'ouvrir la dernière bouteille de Drappier zéro dosage dans la glacière du coffre de la voiture en rade. 
Allez, bonne rentrée.

L'infaillibilité pontificale, sauf de gauche.

"Tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus Christ, qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté." vient de déclarer le Pape François. Ca ne plait pas trop à droite de la droite qui se veut pourtant la gardienne pure et dure de la Vraie Foi.
Il faut juste savoir que le dogme de l'infaillibilité pontificale, pour les intégristes français et/ou les lepénistes, c'est seulement quand l'infaillibilité pontificale est de droite. Sinon, c'est pas du jeu, quoi, merde! Se servir (avec plein de contresens ou de compréhension sélective) du pape pour renvoyer les salopes se faire avorter chez une concierge faiseuse d'ange ou casser du pédé, ok, mais donner à manger à un nègre à moitié noyé, faut pas déconner.
Il faudra leur expliquer, à l'occasion,  à ces têtes de mort, que le problème avec les Evangiles, c'est qu'il s'agit d'un texte à la fois révolutionnaire et très doux, ce qui n'est un oxymore que pour les larbins qui voient des goulags et des mosquées partout quand on leur parle de protection sociale ou d'accueil des migrants.
Doux, enfin pas toujours,  soyons honnêtes: par exempe quand Jésus est un peu énervé par les marchands du Temple et décide de pratiquer le dialogue social à coups de fouets sur les patrons. 
Johnny chantait à une époque que Jésus Christ était un hippie, aujourd'hui il serait député communiste ou insoumis, mais certainement pas sur les bancs des néo-salazaristes de Sens Commun.  Sinon, on trouverait bien un Christian Jacob pour lui dire que venir à l' Assemblée en robe et sans cravate, c'est un manque de respect à la Représentation Nationale. 
Mais il aurait autre chose à faire, Jésus. Il mettrait la dernière main au sermon des Béatitudes pour les prochaines questions au gouvernement: "Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les mites et la rouille détruisent et où les voleurs percent les murs pour voler,  mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où les mites et la rouille ne détruisent pas et où les voleurs ne peuvent pas percer les murs ni voler!  En effet, là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur."

mardi 22 août 2017

de l'autre côté des images

"Ainsi le temps se renverse et tient, un jour, tout le monde dans la même image: celle qui reste quand les photographes et les photographiés sont partis de l'autre côté des images" Yvon Le Men, Une île en terre (Bruno Doucey, 2017)

Baudrillard: no, le keum est pas dead.

Rendez-vous à Zabriskie Point
notes pour les dix ans d'un grand absent:

« Il ne faut jamais choisir la ville idéale, ou le cadre de vie idéal, ou la femme idéale. Car en cas d’échec, la responsabilité est infernale. » 

Dix ans déjà que Jean Baudrillard a disparu. Le terme ici n’est pas un euphémisme pour désigner la mort. Je ne suis pas certain que Baudrillard soit mort. Il vit d’une autre vie dans les réseaux sociaux qu’il avait prophétisés, une vie plus intense que celle des trois-quarts de ces étranges philosophes vivants qui font surtout du bruit avec la bouche, rajoutant du brouhaha au brouhaha.

Baudrillard nous aura aidé à penser ce qui se passait, ce qui se passait vraiment en conceptualisant en direct, et avec les moyens du bord à sa disposition dans les années 90, la transformation radicale d’une réalité qui devenait un moment parmi d’autres d’un virtuel dont la technologie s’affinait chaque jour. Et il nous disait ce que cette mutation anthropologique allait provoquer de bouleversements dans notre rapport au texte, au sexe, à la politique, à l’amour, au temps, aux paysages, à l’art.  

Nous respirions mieux à défaut d’avoir moins peur.

Chaque jour qui passe vérifie ses intuitions. On ne lui fera pas l’insulte posthume de le comparer à ceux qui prétendent aujourd’hui faire de la philosophie dans les journaux ou les médias et sont aussi creux mais plus approximatifs que les éditorialistes des chaînes info avec qui on les confond désormais.

On se souvient, par exemple, qu’on achetait Libé surtout pour lui (avec Marcelle, Daney et Skorecki, disons.) Il avait compris et avait expliqué dans les colonnes de ce journal que la Guerre du Golfe n’avait pas eu lieu : « Dès le début, on savait que cette guerre n’existerait pas. Après la guerre chaude (la violence du conflit), après la guerre froide (l’équilibre de la terreur), voici venue la guerre morte : décongélation de la guerre froide, qui nous laisse aux prises avec le cadavre de la guerre, et à la nécessité de gérer ce cadavre en décomposition, que personne aux confins du Golfe ne parvient à ressusciter. Ce que l’Amérique, Saddam Hussein et les puissances du Golfe se disputent là-bas, c’est le cadavre de la guerre. »

On se souvient qu’à la fin de sa vie, il citait J.G Ballard, l’homme qui expliquait qu'il n'écrivait pas de la littérature d’anticipation, mais rendait compte d'un "présent visionnaire" et Baudouin de Bodinat, l’alter-réactionnaire post-situ de l’Encyclopédie des nuisances qui nous a obligeamment indiqué le peu de temps qu’il nous restait sur Terre. Nous était apparu alors, grâce à Baudrillard, que tout se tenait, que nos lectures radicales et déviantes convergeaient étonnamment, de K. Dick à Debord,  que tout était très clair, même si nous ne pourrions pas nous opposer à ce qui venait.  

Ce qui venait, ce qui est advenu, c’est le crime parfait contre la réalité, sans coupable identifiable –ce serait trop facile- et ses conséquences immédiates : la prolifération d’une multitude de falsifications concurrentes, le solipsisme communautaire, la névrose identitaire.

Au  moins, aura-t-on eu la consolation, grâce à lui,  de pouvoir nommer assez précisément ce qui allait nous tuer, ce qui nous tue aujourd’hui : financiarisation généralisée, privatisation du vivant, effroi et extase du présent perpétuel, insoutenable beauté plastique des catastrophes déréalisées par les chaines d’infos continues qui répètent les images à l’infini sur les écrans haute-définition, vision de l’Amérique comme ce cauchemar splendide, cet enfer désirable, symbolisé par ces routes sans fin comme dans les films de David Lynch qui traversent des paysages minéraux dont nous sommes  les passagers éblouis et pourtant à peine tolérés dans notre fragilité de vivants. L’Amérique comme paysage métaphorique de notre nouvelle condition humaine.
 
Et, plus on lit et relit ses Cool Memories, plus on comprend que Baudrillard était aussi un poète.
Mais pourquoi « aussi« ? Baudrillard était une manière de Grec ancien, de matérialiste enchanté, c’est à dire quelqu’un pour qui la poésie et la philosophie ne faisaient qu’une, comme chez Lucrèce, l’autre grand penseur du simulacre et de l’illusion : « Quand certains ne  rêvent que de transformer le monde, d’autres, le considérant comme disparu, ne songent qu’à en effacer les traces. »

La nuit est tombée, la température ne baisse pas malgré le vent qui vient de la mer. On lit un dernier aphorisme de Baudrillard avant d’éteindre. Il est de saison :« La fraîcheur de l’oreiller, l’été, c’est celle du désespoir. »

paru sur Causeur.fr

lundi 21 août 2017

les dimanches de la vie

les dimanches de la vie
quand il y avait encore
une vie et des dimanches
nous apprenaient que le temps
pourvu quon ait le temps
de le voir le sentir le toucher
était une courbe calme
la hanche de Catherine 
sous le drap la colline 
par la fenêtre de la chambre
le dos du chat qui s’étire
dans le jardin la brioche
du goûter miettes sur la table
courbe aussi le soleil
orange qui disparaît déjà
sur les dimanches de la vie
quand ils existaient encore


(le temps dun passage)


©jeromeleroy8/17
 

jeudi 17 août 2017

Les rentrées (projet)



Les rentrées (projet)
-de six à dix-sept ans, plaisir mélancolique, "ce mal qui nous fait du bien", ciel bleu pâle sur la cour des écoles, poussière dorée, odeur des livres, Claire a grandi et on est toujours aussi amoureux d'elle.
-de dix-huit à vingt trois: tension anxieuse, on fait moins attention aux saisons, il y a les concours, les examens, le militantisme désespéré, minoritaire dans la glaciation hédoniste et/ou libérale réactionnaire des années 80.
-de vingt-quatre à quarante-quatre: mix des deux périodes précédentes: on est prof. En Zep. Assia de 3ème 4 est vraiment devenue canon, M a eu sa mutation, le roman n'avance pas. Pas le temps.
-de quarante cinq à nos jours: envie de plus en plus forte de ne pas rentrer, de ne plus rentrer. Le monde en vaut de moins en moins la peine: féroce, compétitif à outrance, guerre de tous contre tous. En plus, on est dans une temporalité bizarre, fragmentée, qui obéit à des rythmes désordonnés, anxiogènes, ceux du précaire. Etre écrivain ne change rien. On est comme un personnage d'Ubik.
Projet pour les rentrées à venir jusqu'à la sortie définitive: retrouver le rythme, le souffle, le temps. Trouver les moyens de ne pas rentrer. Laisser tomber. Oublier jusqu'au mot ou le garder comme motif poétique de la période six-dix-sept et de jouir du bonheur d'être triste.

mercredi 16 août 2017

maintenant c'est calme





maintenant c’est calme

on a dû passer une frontière

ou une haie ou une porte ou

du côté ombre trop profond

de la rue pour se retrouver

ainsi sans peur sans poids

sans regrets sans remords

sans désirs particuliers

mais surtout sans peur

et la table mise dans le jardin.



(le temps d’un passage)


Donner raison à Trump

Ce serait très mal de donner raison à Trump en étant aussi violent que les suprémacistes et autres néo-nazis de l'"alt-right".  Très mal. Chacun sait que la violence n'a jamais réglé aucun problème avec le fascisme et le racisme. Il suffit de dialoguer et débattre façon "cinq minutes pour les Juifs, cinq minutes pour Hitler".
Et chacun sait que sans les actions monstrueuses desBlacks Panthers ou des Weathermen, il y aurait quand même eu des droits civiques et un président noir élu aux USA. 
Vers 2314. Ou 2315.
Voire plus tôt, si ça se trouve. 

dimanche 13 août 2017

Sam Millar, made in Belfast

Sam Millar ne triche pas, ni avec sa vie, ni avec l’écriture. Irlandais de Belfast, né en 1958, il sait avec quelle violence l’histoire s’est imposée dans ce coin oublié d’une Europe qu’on nous racontait être partout pacifiée.
Combattant de l’IRA, il fait connaissance avec la prison de Long Kesh pendant huit ans, ce Guantanamo où Thatcher laissa mourir d’une grève de la faim Bobby Sands et ses compagnons qui demandaient le statut de prisonnier politique.
Ensuite, Millar part aux Etats-Unis et comme le soldat perdu qu’il est devenu, il participe à un des plus célèbres braquages des années 90, celui de la Brinks à Rochester en 93. A nouveau la prison, à peine plus supportable que Long Kesh, la grâce accordée par Clinton deux ans plus tard et ensuite, retour au pays. Pour de plus amples renseignements sur Millar, il a tout raconté, sans pathos ni hyperbole, dans On The Brinks,  son autobiographie disponible en Points Seuil.

sam millar belfast scalpelStyliste du roman noir

Millar est un combattant, un survivant et un styliste du roman noir. Son dernier roman, Au scalpel, est une nouvelle enquête de son privé fétiche, Karl Kane. On peut penser que Karl Kane lui ressemble : un code de l’honneur rigoureux, une sensibilité d’écorché vif masquée par une virilité qu’il sait surjouée, une lucidité désespérée sur les noirceurs de l’âme humaine, la certitude que Dieu n’existe pas même si, en bon catholique irlandais minoritaire dans son propre pays, il l’invoque souvent, en vain évidemment.
Comme tout privé qui se respecte, Kane a une secrétaire, Naomi, mais pour le coup, elle est le grand amour de sa vie. Dans Au scalpel, Kane affronte des démons habituels qui n’en sont pas moins terrifiants : la pédophilie, le gangstérisme endémique lié à la came, la démence des assassins qui jouissent des souffrances qu’ils infligent.
On y verra deux gamines enfermées dans une cave : l’une a perdu toute sa famille et ne le sait pas et l’autre était en rupture de ban d’une institution religieuse où elle a tué un prêtre qui avait pris de très sales habitudes en lui enfonçant deux aiguilles à tricoter dans les yeux.

Une narration sans tunnels

On demande à Kane de retrouver la première gamine. Il comprendra assez vite qu’il connaît le malade qui les a enlevées puisque c’est le même qui a dévasté sa propre enfance. Comme rien n’est simple, il lui faut en même temps se débarrasser d’un mafieux londonien qui veut trouver de nouvelles parts de marché à Belfast.
Pourquoi prend-on un tel plaisir à lire Millar ? C’est tout bête, il sait raconter des histoires et contrairement à nombre de ses confrères et consœurs du roman noir, il ne se croit pas obligé de multiplier ces « tunnels » qui sont en fait des descriptions interminables, histoire de montrer que l’auteur est un bon élève qui a su se documenter.
Millar n’en a pas besoin, Millar nous donne à respirer la tristesse de Belfast, l’odeur d’un pub, l’allure d’une rue déserte en quelques lignes.  On va vite chez Millar et cette rapidité est inversement proportionnelle à la profondeur psychologique à laquelle il sait plonger et à sa manière de traiter l’horreur, sans complaisance mais sans concessions.

L’envie de trinquer avec Kane

Le lecteur n’a qu’une envie, malgré tout, c’est de faire la connaissance de Karl Kane et d’aller trinquer avec lui et Naomi dans un pub, à condition qu’un flic politique de la Special Branch ne vienne pas faire de la provoc.
Et avec Sam Millar aussi, d’ailleurs, qui met une citation en exergue de chacun de ses courts chapitres et est capable de citer Homère, Chuck Norris, Mark Twain ou les Proverbes avec la même pertinence ironique.
Au scalpel, Sam Millar (traduction de Patrick Raynal, Seuil, collection Cadre Noir, 2017)



Paru sur Causeut.fr

samedi 12 août 2017

Après l'histoire

Chers parents,
Je suis actuellement affectée à une patrouille de surveillance dans le Mississippi. La région est jolie, les gens sont gentils mais ils mangent très gras, je trouve. Avez vous vu les photos de Trump exécuté au canon antiaérien à Washington? C'était beau comme un lever de soleil sur notre glorieux pays bien-aimé. Honneur à notre immortel leader!
Votre fille affectionnée,
Sae-Jin

jeudi 10 août 2017

Les tribulations identitaires ou l'été des neuneus (dangereux)

Le visage hideux du Grand remplacement à l'oeuvre jusque sur les plages grecques, mon dieu, mon dieu!
On a beau ne pas vouloir sous estimer l'ennemi (là, il ne s'agit pas d'adversaires, il s'agit bien d'ennemis), les identitaires et leur pitoyable internationale d'imbéciles malheureux, de la Norvège à la France, se sont tout de même montrés franchement abrutis ou ridicules, au choix, en ce bel été 17. On pourrait même imaginer un film comique, comme ceux qui se moquaient des nazis naguère, genre La Grande Vadrouille ou Papy fait de la résistance.
Ces mâles guerriers qui sont toujours en rivalité mimétique avec l'islamisme qu'ils prétendent combattre (ils pleurent la domination patriarcale perdue, la soumission des filles devenues des chiennasses féministes, l'esprit de conquête massacreur), nous ont régalés en gags façon Abbott et Costello myopes ou alors en chemise brune et bonnet de marin. 
La photo d'un bus norvégien qu'ils ont cru voir rempli de femmes en burqa, sans doute sous l'excès de psychotropes, de masturbations mutuelles et de bière trafiquée, a fait rire la planète entière même s'il ne faut pas oublier, tout de même, qu'un identitaire norvégien, c'est un genre de Breivik qui n'est pas passé à l'acte. Et puisqu'il est à la mode, dans le droit européen, d'inscrire un état d'urgence antiterroriste permanent qui permettrait de punir l'intention même sans passage à l'acte, quelque balles dans les articulations, en souvenir de l'efficace six-packs que les combattants de l'IRA utilisaient pour punir les traitres, pourrait expliquer à ces vikings blondinets qu'ils n'ont pas le monopole de la violence (que nous condamnons évidemment.)
On pourra aussi prendre un certain plaisir au récit de la foireuse expédition du C-Star, le bateau affrété par les Ulysse nains et hébéphrènes de Génération Identitaire dans le but prétendument humanitaire de faire la chasse aux passeurs mais qui revenait de fait à se livrer à une ratonnade en pleine Mare Nostrum.
Nos fiers défenseurs de l'Occident blanc de blanc ont d'abord été bloqués une semaine dans le canal de Suez par les autorités égyptiennes , puis à Chypre où leur équipage tamoul(!) s'est révélé composé de...migrants, puis à Ierapetra, en Crête, où les antifascistes locaux leur ont fait des misères et enfin dans le port de Zarzis en Tunisie par les syndicalistes de l'UGTT et les pêcheurs qui ont refusé de les ravitailler.
La croisière des SS en culotte petit bateau ne s'amuse donc pas, nous un peu quand même, même si nous serons vraiment rassurés quand on aura trouvé les moyens juridiques d'embastiller ces aryens radicalisés, à moins qu'une erreur de navigation ou un abordage par de gentils flibustiers libertaires mettent fin plus vite que prévu à  cette épopée naze.

mercredi 9 août 2017

On peut toujours essayer de vivre sans...

Yannis Ritsos, Balcon (Bruno Doucey, 2017)

Note de service mélancolique

Comme ont dû s'y résoudre d'autres écrivains et amis, tenanciers de blogue, par exemple Frédéric Schiffter ou Thierry Marignac, le lecteur ne pourra plus désormais commenter Feu sur le Quartier Général. La noria de frustré(e)s du clavier, de brêles malheureuses, de jaloux incultes et autres anonymographes compulsifs devront trouver d'autres endroits pour étaler des pathologies aggravées par l'usage d'internet: mythomanie, coprolalie, idiotisme alpin, paranoïa, libéralisme.
Pour les amis et les autres, mais ils le savent déjà, nous serons toujours prêts à discuter avec eux à l'adresse feusurlequartiergeneral@gmail.com
Ceux qui voudraient continuer leurs cafardages et autres borborygmes à cette adresse doivent savoir que la fonction spam, déjà en vigueur pour quelques importuns, permet à leurs messages de vivre non lus pendant trente jours dans des limbes internétiques avant de se dissoudre dans l'éther.
Le débat y perdra sa spontanéité mais je ne me sens pas l'âme d'un balayeur de sanies virtuelles, pour tout dire. Et j'ai un travail suffisamment compliqué à faire pour ne pas prendre le risque de me laisser atteindre, même simplement érafler, par ce genre de stupidités ce qui peut arriver, l'écrivain n'ayant pas forcément un blindage inusable et étant, au fond, une petite chose fragile.
Nous pourrions adopter comme tant d'autre l'usage du site promotionnel, mais c'est un peu triste quand même.
Pour le reste, l'aventure continue.
Nous vous aimons.

Michaux, la sensation exacte

Paysages

Paysages paisibles ou désolés.
Paysages de la route de la vie plutôt que de la surface de la
Terre.

Paysages du
Temps qui coule lentement, presque immobile et parfois comme en arrière.

Paysages des lambeaux, des nerfs lacérés, des saudades.
Paysages pour couvrir les plaies, l'acier, l'éclat, le mal, l'époque, la corde au cou, la mobilisation.
Paysages pour abolir les cris.
Paysages comme on se tire un drap sur la tête.

Henri Michaux

mardi 8 août 2017

Muriel aime les yaourts, les yaourts à Danone.

Muriel Pénicaud a réalisé en 2013 une plus-value de 1,13 million d’euros sur ses stock-options en tant que dirigeante de Danone, profitant de la flambée en Bourse qui a suivi l’annonce de 900 suppressions d’emplois du groupe en Europe. (Les journaux)
Voilà. Sinon, elle est ministre du travail de Macron et a été à la manoeuvre pour les ordonnances qui préparent le cadre juridique pour imposer sans débat  la loi travail XXL.
On peut toujours amuser la galerie avec un statut éventuel de la première dame dont on n'a que foutre, il n'empêche que la dictature technocratique se double très clairement ici d'une dictature ploutocratique. 
Inutile, je crois, d'insister sur l'ironie de quelqu'un qui veut "libérer les énergies pour que les entreprises créent de l'emploi" (comme on dit en macronlangue) mais qui a assuré ses vieux jours en profitant du chômage de masse, absolument indifférente, comme tous les fans, les larbins et les pom-pom girls du macronisme, à la mort sociale que signifie la perte d'un emploi dans une société où hélas, le travail est encore une valeur cardinale. Alors que l'otium devrait être la règle pour tous si vraiment nous étions civilisés. Mais c'est une autre histoire.
Enfin, on va se donner rendez-vous à la rentrée, Muriel. 
Dès septembre, il y a des dates prévues pour des tennis grandeur nature dans la rue.

lundi 7 août 2017

Au revoir, Christian Millau.

Il était le dernier qui pouvait vous dire, au détour d'une phrase, "Quand Nimier me disait..." ou "Chardonne conseillait toujours de." Christian Millau va me manquer et une des satisfactions de ma vie d'écrivain est d'avoir pu le rencontrer et entretenir des relations amicales avec celui qui fut longtemps, pour moi, le nom d'un guide gastronomique dans la boite à gants de la R16 paternelle, à la fin des trente glorieuses.
Pour le reste, il me restera à relire Au galop des hussards et à me souvenir d'un regard pétillant, d'une conversation éblouissante et chaleureuse, acerbe et drôle, française en un mot.

Votre commande a bien été expédiée

Aujourd'hui, Marcel Aymé s'appelle Nathalie Peyrebonne. Cette manière de faire de la commande d'une cocotte par internet la fin du monde vue comme grésillement, baleine, et manière de repenser le temps pour ne pas disparaitre est à la fois émouvante, poétique et joyeuse. 

On en reparle bientôt parce qu'il n y a pas que la rentrée littéraire dans la vie.

Nathalie Peyrebonne, Votre commande a bien été expédiée (Albin Michel)

dimanche 6 août 2017

Le temps d'un passage



Brisons là voulez-vous
On nous attend on nous attend
Jardins touffus lectures d'été
cour de lycée odeurs de fille
samedis salés centre des corps
et les grands arbres de l’avenue 
par la fenêtre après l'amour
Brisons là voulez-vous 
on nous attend on nous attend.



©jeromeleroy8/17
 

jeudi 3 août 2017

Jean Follain, décidément


Jean Follain, Usage du temps, ( NRF, 1943)

2017, l'Odyssée des blaireaux

-Elle est pas un peu ample, ta tenue?
-On s'en fout, la planète, elle est dead.

mercredi 2 août 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobigeants, 89

"..et déjà, je vois s'ouvrir la dernière porte poussée de l'extérieur par un inconnu."
Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude

Bravo, Maduro (2)

Trump gèle les avoirs vénézuéliens aux USA pour punir la dictateur Maduro. 
Les démocrates saoudiens respirent.
Alors Maduro a répondu comme le salopard insolent qu'il est:"Je n'obéis pas aux ordres impérialistes, je n'obéis pas aux gouvernements étrangers, je suis un président libre. Les décisions du gouvernement américain soulignent l'impuissance, le désespoir, la haine. Je suis tellement fier, monsieur Trump, allez-y alors. C'est une réaction de colère car le peuple vénézuélien et son président ont désobéi à son ordre de suspendre l'Assemblée nationale constituante. Qu'ils prennent les sanctions qui leur plaisent, mais le peuple vénézuélien a décidé d'être libre."
Sinon, nous, en France, on va bien respecter la règle des 3%. On ne l'a pas votée, mais ce n'est pas grave. On n'est pas des populistes, nous. On est des démocrates en marche. Et on financera la disparition de l'ISF avec 5 euros sur les APL et on chargera une affairiste non élue qui se goinfre de stock-options de moderniser le code du travail, comme ils disent.



mardi 1 août 2017

Bravo, Maduro!

Tu n'es pas Chavez, mais bon, tu tiens le choc. Bravo pour la Constituante!
Sinon, on a aussi le droit de lire autre chose sur la situation au Venezuela. 
Et les leçons de démocratie de la part des pays de l'Union Européenne gouvernés par une banque centrale, (ou mis directement sous protectorat et livré au pillage comme la Grèce), je m'en tamponne le coquillard.
Et pour paraphraser le génial Maurice Pialat, on a le droit de dire à l'incroyable entreprise de désinformation et de déstabilisation capitaliste, semblable à celle des mois qui précédèrent le renversement par un coup d'état militaire du président Allende au Chili le 11 septembre 1973: "Si vous n'aimez pas la révolution bolivarienne, sachez qu'elle ne vous aime pas non plus."