mardi 27 juin 2017

Hulot, si tu lisais Charbonneau?

Dans le petit scénario bien monté du duel entre le ministre de l'Agriculture Travert et le ministre de l'Environnement Hulot sur la réintroduction des pesticides, Hulot est sorti vainqueur. C'était prévu. L'écologie selon Macron qui en a si peu parlé dans sa campagne, cela va être du "greenwashing" continu, c'est-à-dire une récupération capitaliste des marchés rentables dans la protection (ou la réparation) de l'environnement mais en aucun cas un projet politique sur le mode de production et le type d'économie qui aujourd'hui achève de ravager la planète.
Donc, l'écologie selon Macron, ce sera: le ministre A veut remettre en question une mesure écologique acquise, Hulot dit non. Le ministre B veut remettre en question une autre mesure écologique acquise qui concerne son secteur, Hulot dit non. Dans tous les cas de figures, on communiquera sur les arbitrages favorables (ceux qui ne le seraient pas ne seront pas mis en scène) pour Hulot. Et l'écologie macroniste sera ce maquillage (comme on maquille une voiture volée) d'un libéralisme qui n'en a rigoureusement rien à fiche que la planète ne soit pas une propriété privée mais une colocation (avec d'autres colocataires qui viendront après nous.) Il passera pour écologiste, Jupiter, en ne démontant pas trop les concessions minimales arrachées par les ministres précédents de l'Ecologie et comme le vrai est un moment du faux, ce statu-quo à peine écorché passera pour une victoire.
Il faudrait peut-être conseiller à Hulot, la lecture de Bernard Charbonneau (1910-1996), penseur de l'écologie avant qu'elle ne s'appelle comme ça, ami de Jacques Ellul et surtout prophète du "greenwashing",  c’est à dire une sorte de bonne conscience verte qui ne coûte pas cher et qui masque le désastre en cours, dans un livre de 1969, Le jardin de Babylone.: « Dans la société occidentale, où l’idéal de production est lié à la poursuite du profit, les discours sur la protection  de la nature, notamment en France, ne servent qu’à camoufler la généralisation d’une banlieue, parfois sordide. » Charbonneau analyse aussi comment la plasticité du capitalisme lui permet de transformer l'aménagement écologique de l'horreur en marché et de nous vendre au prix fort ce qui nous reste de nostalgie d'un Eden  perdu.
On va le dire dit autrement, et on ne fait que reprendre l'idée centrale du Jardin de Babylone: il est impossible de se revendiquer de l'écologie sans penser une rupture avec le capitalisme.  (C'est de ses atermoiements autour de cette question qu'est virtuellement morte l'écologie "politique" en France. )
Tout le reste n'est une impasse au mieux, une hypocrisie criminelle au pire et, dans les deux cas une simple administration du désastre.