dimanche 21 mai 2017

Amour et urbanisme, 1


"Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues"

René-Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal


"Les amants sont des urbanistes, ils retracent des routes, réveillent des itinéraires oubliés, rendent la vue aux hôtels borgnes. Ils sont architectes et construisent une ville à l'intérieur d'une autre. Ils sont diplomates et annexent des provinces sur un simple sourire. Et leurs pouvoirs tiennent du magicien car ils ont les mains vides. Albertina et moi, qui dans les premiers temps, figurions assez bien des mariés de plein vent, sous la communauté de biens réduite aux nuages, en vînmes à lier notre aventure à tant de paysages et de visages nouveaux que nous ne sûmes bientôt plus de quel côté de la frontière était l'exil."
Antoine Blondin, Les enfants du bon dieu

 

3 commentaires:

  1. Tout dans ce post est splendide.
    Madeleine

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  2. Sa vie, Cadou l'a mise tout entière dans sa poésie. Pour le retrouver, il suffit de mettre ses pas dans les pas de ses poèmes. Leurs titres dessinent à eux seuls la carte de sa courte existence, qui dépliée couvre à peine trente années et quelques centaines de kilomètres : La Saison de Sainte-Reine / Louisfert / Les amis de Rochefort / Saint Herblon / Ce que disait l'épicière de Saint-Benoît-sur-Loire / 5 Quai Hoche / Place Bretagne / 30 mai 1932 / 31 janvier 1940 / 17 juin 1943 / Ce soir du 2 janvier,
    à quoi nous reconnaissons pêle-mêle : son bourg natal, Nantes, sa maison, son sens de l'amitié, ses haltes d'instituteur, la mort de sa mère, celle de son père, la rencontre avec Hélène, le souvenir de Max Jacob, l'envahissement de la maladie qui grignote son pauvre capital de jours. C'est dans cette géographie de poche qu'il inscrit sa poésie à contretemps, tournant le dos aux cafés littéraires et aux intrigues parisiennes, choisissant de composer avec les moyens du bord, penché sur la carte au trésor de son enfance.
    Jean Rouaud, Cadou Loire intérieure, joca seria, 1999

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  3. J’ai toujours habité de grandes maisons tristes
    Appuyées à la nuit comme de hauts vaisseliers
    Des gens s’y reposaient au hasard des voyages
    Et moi je m’arrêtais tremblant dans l’escalier
    Hésitant à chercher dans leurs maigres bagages
    Peut-être le secret de mon identité.

    Le secret de son identité tient dans son double prénom. Si Cadou insistait tant pour qu’on ne mette pas un trait d’union entre René et Guy, c’est que les deux prénoms n’en font pas qu’un. René Guy c’est deux frères en une seule personne : Guy, l’aîné, mort à dix-huit mois d’une méningite, René, son cadet de huit ans, son remplaçant, ce qu’indique son préfixe avec cette valeur de répétition, ce re-né comme une redite, comme un bégaiement de la naissance. Ainsi ce nouveau-né n’est pas nouveau. René Guy, si ce n’est lui c’est donc son frère. Comment vit-on avec ce corps mort accroché à son nom ? Mal et pas longtemps.

    Jean Rouaud, Cadou Loire intérieure, joca seria, 1999

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ouverture du feu en position défavorable