lundi 27 février 2017

Le répit de Michel Mohrt.

On a un peu connu Michel Mohrt (1914-2011). Il a accompagné nos premiers pas littéraires. Il nous reste des lettres, des dédicaces. 
A défaut d'être certain que cela intéresse qui que ce soit dans un avenir plus ou moins  proche où même les défenseurs de la Kulture Phrançouaise ont une fâcheuse tendance à s'exprimer sur les plateaux télés de manière mimétique, et avec le même goût du sang, que les "barbares" qu'ils prétendent combattre, on a été heureux que La Thébaïde d'Emmanuel Bluteau, un garçon assez aimable pour avoir réédité notre Orange de Malte, avec justement une lettre inédite de Michel Mohrt en postface, nous ait demandé de préfacer Le Répit, le premier roman de Mohrt qui n'avait pas été réédité depuis 1945, date de  sa parution.
 Extrait de la préface:
"La guerre est déclarée mais l’ennemi ne se décide pas. Alors, c’est l’attente, comme dans Un balcon en forêt de Julien Gracq ou Le désert des Tartares de Buzzatti. Mais le soleil de la Méditerranée, l’ivresse des sommets propre aux skieurs ne font pas de Lucien un mélancolique. Ce Celte à l’enfance bretonne a plutôt une morale du grand air. Il est désolé qu’un amour de rencontre ne connaisse pas la transparence bleue et fraiche du beau temps du côté de Saint-Malo ou de Dinard. Il n’est pas non plus forcément convaincu par ses brèves permissions qu’il y ait mieux à vivre que ce qu’il vit maintenant, malgré une légère impatience qui tient autant aux évènements qu’à son tempérament de jeune homme qui se cherche un destin.
Le Répit,  en fait, c’est plutôt l’histoire de grandes vacances miraculeusement prolongées même si on sait que la rentrée des classes se fera sous les rafales ennemies. En attendant, passons Noël dans un refuge de haute montagne avec sa section, portons des toasts à la victoire même si on sent bien que ce sera moins évident que ça en a l’air. En plus, il faudra se battre contre des Italiens, ce qui est toujours ennuyeux car ils sont tout de même extrêmement sympathiques.
Ne nous y trompons pas, cependant. Derrière la désinvolture de la forme et du fond, pour qui sait lire, la guerre reste une chose grave pour Michel Mohrt comme le prouvera la suite de son œuvre et notamment cette variante du Répit qu’est La campagne d’Italie (1965) qui se termine par cette phrase mythique : « On ne s’en remettra jamais. »
Il faut dire que 1940 s’est confondu avec un effondrement de la France entière qui a marqué la jeunesse de l’auteur et elle a  donné le sujet de deux de ses romans les plus ambitieux, Mon royaume pour un cheval et La guerre civile (disponibles en Folio). 
En exergue de La guerre civile, on peut lire ces lignes de  Chateaubriand: « Le monde était bouleversé mais il arrive que le retentissement des catastrophes publiques, en se mêlant aux joies de la jeunesse, en redouble le charme ; on se livre d’autant plus aux plaisirs qu’on se sent près de les perdre. » 
Elles résument parfaitement, aussi, l’atmosphère si particulière qui se dégage du Répit.
 

Jérôme Leroy

3 commentaires:

  1. Je viens de commander L'Orange de Malte et Le Répit à ma libraire préférée.
    J'adore ces croisements :)
    Et puis il est temps de lire L'Orange de Malte.

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  2. J'ai lu la Campagne d'Italie en 1993 pendant mon service comme aspirant dans la DIvision Alpine ; vous voyez le genre ? Je ne m'en suis pas remis...

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ouverture du feu en position défavorable