jeudi 22 juin 2017

Pour saluer l'été




Finalement, il n'aurait cru qu'en l'été, l'hypothèse communiste et les filles qui dansaient. L'ordre d'arrivée avait varié selon les périodes de sa vie, mais on y retrouvait toujours ces trois passions heureuses. L'âge venant, l'été tenait la corde. Il n'y en aurait plus tant que ça, des étés. Mais une certaine sérénité l'avait amené à croire que le paradis ressemblerait à cette danse de la Spaak dans La Noia et lui, au soleil, à comprendre que l'éternité, c'était plutôt un truc cool, en fait.

mercredi 21 juin 2017

lundi 19 juin 2017

De la poésie, des poètes, des polders et de la rue Roger Salengro



Jean-Marc Flahaut, mézigue, Fançois-Xavier Farine et Thierry Roquet sont sur un polder.
Je crois que la chose la plus intelligente pour ma santé morale que j'ai faite depuis longtemps, c'est d'aller écouter des poètes vivants lire leur poésie, samedi soir. 
Il faisait à peu près trente degrés, et dans le Nord, quand il fait chaud, il fait plus chaud qu'ailleurs parce que ça n'arrive pas souvent. Les poètes en question étaient Jean-Marc Flahaut et Thierry Roquet. La rencontre, organisée par l'irremplaçable François-Xavier Farine qui est le meilleur défenseur, érudit et doux, qui soit de la poésie contemporaine, avait lieu au bar Le Polder, rue Roger Salengro, à Hellemmes. 
En fait, la rue Roger Salengro change de nom quand on passe de Lille, (où elle s'appelle  Pierre Legrand) à Hellemmes. Si j'insiste, c'est que j'aime bien cette rue. C'est une rue du monde d'avant avec des épiceries, des bistrots, des brocantes, des merceries, des drogueries, des graineteries, bref tous ces noms qui vont bientôt disparaître du dictionnaire puisque le signifiant a toujours un peu de mal à survivre longtemps au signifié quand celui-ci tire sa révérence. Les gens, comme dirait le nouveau lider maximo de la gauche radicale, sont des vraies gens de toutes les couleurs qui ont l'air d'avoir leurs problèmes, leurs joies, assez peu de pognon et beaucoup d'enfants. C'est aussi la rue où l'on trouve l'Espace Marx et le siège du journal communiste Liberté Hebdo où j'écris une chronique depuis une petite dizaine d'années, maintenant.
Si je donne ces détails, c'est pour préciser l'esprit du lieu qui formait somme toute un écrin parfait pour la poésie de messieurs Flahaut et Roquet. C'est une poésie de la vie quotidienne, c'est une poésie avec des mots de tous les jours, c'est une poésie qui fait sourire et qui fait pleurer, mais discrètement, on a sa dignité. C'est une poésie pour les gens de la rue Salengro à Hellemmes, c'est à dire une poésie qui vit d'une vie vraiment humaine. D'ailleurs,  je ne cesserai pas de m'émerveiller que parmi la trentaine de personnes dans l'assistance, des clients étaient venus boire une bière en habitués et ont écouté messieurs Flahaut et Roquet avec le même naturel que nos poètes mettaient à lire leurs textes.
Mais après tout, lisez-là, cette poésie, ou faites-vous la lire par vos amoureux, vos amoureuses, vos enfants, vos oiseaux, vos chats, vos fleurs. Il est assez facile, on l'ignore trop souvent d'apprendre à lire aux oiseaux, aux chats et aux fleurs. Il suffit d'un peu de pédagogie.
Comme on est serviable, on vous met en photographie, outre les poètes en question en compagnie de votre serviteur, des livres de ces messieurs qu'on avait achetés ou qu'on a achetés à cette occasion. 
La poésie s'achète aussi, vous savez, du moins tant qu'on n'aura pas aboli l'économie, elle n'est pas gratuite, la poésie, sinon cela signifierait qu'elle ne vaut rien.
Pour le reste, en ce samedi soir caniculaire, j'ai eu la merveilleuse sensation à l'issue de cette petite heure de lecture, que le bonheur lui aussi, avait bu une ou deux pressions au Polder, rue Roger Salengro.


PCF IS NOT DEAD


dimanche 18 juin 2017

Pasteur, réveille-toi...

On peut ne pas aimer les labos pharmaceutiques. 
On peut ne pas aimer En Marche. 
On peut ne pas aimer la ministre de la santé. 
Mais on n'est pas non plus obligé de dire des conneries sans savoir sur la vaccination ou adopter ce comportement irresponsable et égoïste qui consiste à ne pas vacciner ses gosses parce que comme les autres parents le font majoritairement, du coup, on est tranquilles. 
Après, on peut aussi faire comme s'il n'y avait pas de résurgence de la rougeole avec quelques dizaines de nourrissons qui ont passé l'arme à gauche ces dernières années. 
On sera de vrais rebelles anticapitalistes et écolos à qui on ne la fait pas. 
On sera surtout très cons ou très morts.
Pasteur, réveille-toi, ils sont devenus fous.

La première chose à faire était de hisser les couleurs

18 juin. Oui, mais ça, c'était un 18 juin du monde d'avant. 
Sinon, là, je mets un bermuda, des bateaux et j'arrive. On mangera des rougets à la tapenade en attendant le retour de l'Histoire. Elle revient toujours, comme toi. Je m'aperçois que j'ai trois ans de plus que De Gaulle sinon, alors sois gentille de charger les Américano. Parce que ça, plus les 400 coucous de Midwich pour ce soir, c'est dur.

jeudi 15 juin 2017

Rien n'a changé rien n'achangé




A nos innocences retrouvées
à nos mauvais rêves dissipés
à nos héraldiques à nos blasons
Losanges d'azur et d'or
accompagnés de matin bleu
et d'anges blonds en scooter
d'un croissant de doo wop
sur champ de sable
au lion de gueule
et filles qui dansent
à nos chansons nos plages
nos livres nos transats
nos caresses sur 
la fraicheur
évidente 
la cambrure 
émouvante
Rien n'a changé rien n'a changé
Le 45 tours improbable
de la toute première fois
tourne dans la vieille maison
tourne  toujours et encore
tourne et nous attend
derrière les stores entrouverts
à nos innocences retrouvées
à nos mauvais rêves dissipés

mardi 13 juin 2017

Beaucoup de ciel


beaucoup de ciel
ça suffira
je t'assure
pour l'instant
beaucoup de ciel
pour reprendre
son souffle
un instant
beaucoup de ciel
pour revenir
à la beauté sereine
dans le temps
beaucoup de ciel
s'il est bleu
sans nuages
tant mieux
mais
beaucoup de ciel beaucoup de ciel beaucoup de ciel

©jerome leroy 06/2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 85


Je ne sais
comment j’arrive à me suivre
à m’entendre
à racler le peu qui me reste.
Je n’irais pas loin
si je n’emportais pas sa voix
si je n’avais pas ce ruisseau
de sa main
sur la mienne.
Ce que je retrouve le soir
détourné par un baiser.


Thierry Metz, Tel que c'est écrit (L'arrière-pays)

dimanche 11 juin 2017

Pour l'honneur

Tnadis que L'Elu attend avec impatience la majorité absolue,
d'autres vont vivre autrement d'une vie humaine
"Nous sommes venus au lieu où je t’ai dit que tu verrais les malheureux qui ont perdu le bien de l’intelligence. » (Dante, L'Enfer, chant III)
Jamais, ce matin, après une semaine parmi les beaux vivants des Nuits Noires d'Aubusson, l'idée d'aller voter, pour tenter, au milieu de la désunion la plus totale et sinistrement habituelle de mon propre camp, d'empêcher l'invasion programmée des profanateurs de la sépulture de l'Etat Providence et celle de leurs électeurs, enfants d'un Midwich ubérisé planétaire, ne m'a semblé aussi dérisoire. J'ai des procurations, la candidate communiste implantée depuis vingt ans (opposée à un FI...) est une bonne camarade.
Alors, une dernière fois.
Pour l'honneur. 
Après, on liquide et on s'en va. 
Se souvenir de William Holden dans Breezy, par exemple.

samedi 10 juin 2017

Sécession douce

Il allait bien falloir quitter Aubusson et ses Nuits Noires. Pendant quelques jours, le temps s'était suspendu. Par éclats était apparu ce que d'autres avaient appelé une zone d'autonomie temporaire ou une utopie concrète ou une communauté affinitaire. Les gens avaient fait ce qu'ils avaient toujours aimé faire: lire, faire lire; écrire, faire écrire; passer l'énergie, prendre l'énergie, rester au soleil en terrasse, discuter jusqu'à pas d'heure dans des maisons du moyen âge avec vue sur la Creuse, battre la campagne, passer des ponts...
Il se prenait à rêver qu'un peu partout, au lieu d'aller voter avec enthousiasme pour leur propre ubérisation, d'autres gens fassent la même chose: ce qu'il leur plaisait pour retrouver en douceur la saveur fraîche et forte de l'autonomie et de l'émancipation. Et surtout, qu'ils ne reviennent plus. Laisser aux fossoyeurs l'illusion qu'ils gouvernaient alors qu'il n'y aurait plus eu personne pour se soumettre à leurs décrets fantomatiques.
Il n'était pas trop tard. Il n'était jamais trop tard
-On s'en va, mon amour?
-On s'en va.

jeudi 8 juin 2017

De cette vie française...

-Tu te souviens des sous-préfectures et des vieux lycées endormis sous le soleil de juin? De cette joie poignante à l'approche des vacances, de Macha qui avait dit oui, et de l'édition de poche des Trois mousquetaires? De cette vie française qui devait être droite et lumineuse comme la nationale bordée de platanes qui longeait la rivière? 
-Non.
-Tu te souviens qu'il y a eu un monde avant la Start-up Nation?
-Non.

Recherche une jardinière

Le ciel est bleu, la Creuse est belle et les Français, cette fois-ci en toute conscience, s'apprêtent à donner une majorité à des godillots au service des intérêts de classe du capital qui vont les renvoyer, en souriant comme des drogués,  chez Dickens et Zola réunis. Devant un tel degré de bêtise suicidaire, je ne suis pas fatigué, je suis juste en rogne.
Mais comme je n'aime pas la mauvaise humeur misanthropique,   je pense que je vais arrêter après le 17 juin de jouer dans les farces électorales. Je songe à ouvrir du côté du plateau de Millevaches une école autogérée dans une communauté affinitaire où l'on apprendra aux enfants le jardinage, la poésie et le maniement des explosifs, ce qui revient au même. Je recherche donc une jardinière pour parachever le projet. 
Pour le reste, ça ira, merci.

lundi 5 juin 2017

Aubusson, encore une fois

Très heureux de retrouver toute la bande pour des rencontres, des ateliers d'écriture et la remise de prix avec les collégiens et les lycéens venus de Creuse, de Haute-Vienne et de Corrèze, c'est à dire au "centre frais de la France" comme disait ce cher Larbaud.

dimanche 4 juin 2017

Perec en Pléiade

Georges Perec n’est pas un écrivain maudit, c’est peut-être pire : il est méconnu. On objectera qu’il reçoit aujourd’hui l’ultime consécration d’une édition de la Pléiade et d’un album dans la même collection, qu’il est présent dans les manuels scolaires, les histoires de la littérature, que ses œuvres sont facilement trouvables, et que certaines, comme Je me souviens, longue anaphore sur la mémoire, autofiction avant l’heure, sont même des best-sellers, ou plutôt des long-sellers ; enfin, que La Vie mode d’emploi (prix Médicis 1978), ce roman total, a acquis une place de chef-d’œuvre quand bien même ses vrais lecteurs ne sont pas si nombreux, tant ce livre où le but consiste à mettre le maximum de personnages et d’objets dans le minimum d’espace exprime une exigence nouvelle.
On ne peut même pas dire que Perec, né en 1936 et mort en 1982, ait connu le purgatoire, cette période de latence où les auteurs partis dans la fleur de l’âge sombrent presque aussitôt avant que la postérité décide de les en sortir ou de les y laisser définitivement. On n’a cessé, depuis sa disparition, de voir chaque année ou presque paraître des inédits, des biographies, des essais, des études universitaires, et Perec aura même eu droit, comme on pourra le découvrir dans l’album établi par
Claude Burgelin, à des timbres édités par la Poste à son effigie pour le vingtième anniversaire de sa mort, en 2002.
Reste à savoir si cette postérité ne repose pas sur un malentendu, auquel cas cette édition de la Pléiade serait le moment de redécouvrir une œuvre que l’on aime pour de mauvaises raisons ou, plus exactement, des raisons confortables qui placent Perec dans le rayon des laborantins amusants, auteurs de romans « lipogrammes » en « e » comme La Disparition ou, à l’inverse, seulement avec des « e » comme Les Revenentes.
De plus, pour son malheur, Perec est un écrivain adoré dans les collèges. Perec, pour le formateur d’ESPE (ex-IUFM), c’est de l’avant-garde facile à comprendre, aisément digérable pour les jeunes enseignants qui, à leur tour, se retrouveront devant des élèves qu’ils pourront convaincre que la littérature se réduit à L'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), c’est-à-dire envisagée uniquement dans sa dimension ludique. L’Oulipo, dont Perec fut un des membres éminents, est cette usine à gaz inventée par un Raymond Queneau farceur qui voulait voir quel effet ça lui ferait, à la littérature, d’être transformée en OGM par l’injection massive de mathématiques, de probabilités, de lois sur la thermodynamique, nous en passons et des bien pires. Quand l’écrivain est bon, cela donne des textes parfois remarquables, et il est vrai que Le Chiendent de Queneau, cette critique romanesque du Discours de la méthode, est une entreprise plutôt convaincante.
Mais ce sont les épigones de Perec qui sont insupportables, ces écrivains à l’inspiration exténuée réfugiés dans un formalisme qui fait office de colonne vertébrale et confère à des fictionnettes simplement amusantes l’allure d’objets de haute technologie que nous sommes priés d’admirer avec le même ennui que le chaland dépourvu du permis de conduire quand on le traîne au Salon de l’automobile.
Perec est évidemment bien plus que cela. Il y a chez lui le désir jamais démenti d’une mise en ordre et en forme du réel. L’obsession majeure de Perec est de penser et de classer, de redonner un sens à un monde effrayant, d’une absurdité cruelle et angoissante. On pourra trouver, sans doute, une raison biographique à cette volonté. Fils d’émigrés juifs polonais réfugiés en France dans les années 20 du siècle dernier, il perd son père engagé dans la Légion étrangère le 16 juin 1940 et est envoyé à Villard-de-Lans dans un internat catholique alors que sa mère Cyrla et une bonne partie de sa famille sont déportées à Auschwitz.
Ce traumatisme majeur dont on retrouve des traces métaphoriques dans W ou le souvenir d’enfance laisse un Perec orphelin qui retrouvera dans le langage et ses contraintes une manière de miroir à celles que la vie lui a imposées. La psychothérapie qu’il entame avec Françoise Dolto à treize ans, puis la psychanalyse conjuguées à des études chaotiques et des périodes de dépressions dont on aura l’écho dans L’homme qui dort contribuent à faire de la littérature sa planche de salut intime, qui lui permet de nommer ce qui le hante en silence tout en se livrant à une description minutieuse, secrètement angoissée, de cette société des années 1960 dont il offre une vision demeurée célèbre dans Les Choses (Prix Renaudot 1965), ce roman au conditionnel qui est l’une des premières peintures de ce qu’on commençait à appeler la société de consommation, à travers l’insatisfaction perpétuelle d’un jeune couple d’intellectuels apparemment à l’aise dans leur époque. On n’oubliera pas, ainsi, que l’un des maîtres de Perec fut Henri Lefebvre, le philosophe et sociologue marxiste dont La Critique de la vie quotidienne devait également inspirer au même moment Guy Debord et les situationnistes.
Chez Perec, la structure, la forme, la combinatoire (il fut un grand joueur de go et publia un traité sur la question) sont autant de refuges, de moyens de s’abstraire de ses cauchemars récurrents. La précision paranoïaque de Perec, qui est sa marque de fabrique, renvoie d’ailleurs, comme souvent chez lui, à une certaine ambiguïté, telle qu’elle apparaît par exemple dans le dernier texte publié à titre posthume, que l’on trouve dans cette Pléiade, L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation : il s’agit de se raccrocher au réel pour ne pas sombrer dans la névrose alors qu’on est dans un monde totalitaire, kafkaïen, où les personnages gardent leurs noms à peine quelques lignes avant d’être réduits à des initiales.
« Autant dire que Perec, lecteur de Rabelais, de Proust, de Joyce, de Thomas Mann, reste un écrivain profondément moderne, alors même que les formes et les modes de sa sensibilité paraissent le rapprocher de notre âge contemporain, volontiers qualifié de “postmoderne” », écrit ainsi Christelle Reggiani, maître d’œuvre de cette Pléiade. C’est bien cette tension qui fait de Perec cet écrivain majeur du vingtième siècle.

Œuvres  de Georges Perec (La Pléiade, édition dirigée par Christelle Reggiani, deux volumes, 2017)
Album Georges Perec de Claude Burgelin (La Pléiade, 2017)

 (Causeur magazine, mai 2017)
 

Merci Macron!

Détournement du grand Paul Nougé
Finalement Macron nous rappelle une chose simple, essentielle et un peu oubliée. Etre de droite va de soi, être de gauche demande toujours un écart par rapport à la fausse évidence du monde tel qu'il va. Etre de droite est simple car le monde s'organise spontanément à droite parce que les hiérarchies, les inégalités, la liberté du renard libre dans le poulailler libre, tout ça est naturel. Laissez des gamins dans une cour de récré sans contrôle et c'est le caïdat qui s'installe, le trisomique qui est isolé, le bouc émissaire qui est choisi pour assurer la cohérence du groupe.  Etre de gauche suppose d'expliquer, de protéger, de corriger par la démocratie les inégalités naturelles,  de montrer que la solidarité est à la fois plus digne, plus juste et, finalement, plus efficace que la compétition, la concurrence, la guerre de tous contre tous. Rien de ce qui a été conquis par la gauche n'était naturel. La sécurité sociale, le partage plus équitable des richesses produites au profit de ceux qui les produisent effectivement... Etre de gauche, c'est une sculpture de soi collective.
Cela explique ce phénomène de chimie amusante, observé en politique. 
Quand tu injectes de la droite dans la gauche, ce n'est plus la gauche mais quand tu injectes de la gauche dans la droite, c'est toujours la droite. 
Macron est de droite non parce qu'il est de droite, il est de droite parce qu'il n'est pas (ou plus) de gauche, si tant est qu'il l'ait jamais été.
En voulant dépasser le clivage gauche/droite (idée de droite, en fait, comme ces listes dites "apolitiques"), il en a paradoxalement montré de manière éclatante la pertinence.

Quitter Saint-Malo (Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 84)

"Intégrer la fin dans le déroulement, seule façon d'échapper au deuil. Jouir de la fin comme d'un miroir qui multiplie le plaisir." 
Jean Baudrillard, Cool memories.

mercredi 31 mai 2017

En route pour Saint-Malo

De jeudi à samedi, nous serons avec Macha ou l'évasion au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. (Clic)

mardi 30 mai 2017

Hélène ou le pont traversé.


Hélène ou le règne végétal. 
Edition originale chez Seghers, trouvée au Pont Traversé, l'ancienne librairie de Marcel Béalu, à l'angle de la rue de Vaugirard et de la rue Madame. Hélas, seulement le premier volume. Mais tout de même. 
On a tout appris, ou presque, avec René Guy Cadou. En tout cas une forme de douceur qui exclut la mièvrerie, un art d’aimer, un courage discret, un lyrisme mesuré, comme ses vers. Pas d’épanchement, juste un certain goût pour dire les paysages, l’enfance, le corps. 
Aucune provocation, seulement des invitations. Une poésie avec des mots de tous les jours mais consciente d’être une parole d’essence particulière. Un équilibre français, si vous voulez. Pas forcément à la mode. Mais tous ses poèmes sont autant de matériaux préparatoires au bonheur de me promener avec toi.

lundi 29 mai 2017

Antoine Bréa, entre Kafka et John Le Carré.



Récit d’un avocat,  un premier roman noir glaçant.



Récit d’un avocat, le premier roman d’Antoine Bréa, est un roman court, sec, glaçant, envoûtant. Il paraît dans une collection policière, en l’occurrence la très élégante « Cadre noir » du Seuil mais on se rappellera que L’étranger de Camus, par exemple, aurait très bien pu paraître en Série Noire et que la littérature se moque des étiquettes.
Le narrateur est un avocat, un jeune avocat. Il travaille dans un cabinet où on l’occupe à des tâches subalternes. Enfin, comme il le dit lui-même : «  Jeune n’est pas le mot, j’avais déjà trente trois ou trente quatre ans et connu d’autres métiers, d’autres occupations. » Auparavant, il a beaucoup voyagé en Asie Mineure, en Syrie, à une époque où cela « ne vous rendait pas comptable au retour de vos déplacements auprès des « services » français. »
Parmi ses activités, il a notamment été rapporteur à la Commission des recours des réfugiés, chargée de statuer sur les demandes d’asiles. C’est là qu’il a connu naguère Madame H qui lui demande de s’occuper, après l’avoir invité au restaurant du Cercle de l’Union Interalliée, d’un détenu avec lequel elle entretient une « correspondance de prison » dans le cadre d’une association.  Il s’agit d’un Kurde emprisonné à Clairvaux qui a été jugé en 1996 pour le meurtre d’une aide-soigante avec un complice, meurtre particulièrement atroce avec viol et torture. Il s’appelle Ahmet A. Il entame sa seizième année de détention et son éventuelle libération conditionnelle coïnciderait avec son expulsion vers la Turquie. Or, Ahmet a été condamné à mort dans son pays d’origine par un « tribunal d’honneur » composé de la famille de son complice. Ahmet l’aurait en fait « chargé » au procès et s’en serait tiré mieux que lui. Est-ce que l’avocat ne pourrait pas aller le voir en prison et s’occuper de sa défense et des recours possibles ?
Il accepte. Le plus intéressant, dans le roman d’Antoine Bréa est sans doute dans la manière dont la description mécanique, minutieuse des lieux, des êtres et des procédures est un paravent pour cacher les névroses et la solitude radicale de son narrateur. Il est incapable de manger en public sans tomber malade et connaît par exemple une relation froide, sans le moindre affect,  avec mademoiselle G, une conseillère d’insertion rousse et mal remise d’une hémiplégie, qui travaille auprès du tribunal de Troyes. Obligé de rester un soir alors qu’il ne l’a pas prévu, sans qu’il ait été question de séduction, elle l’invite à dormir chez lui. Ils s’arrêtent dans un supermarché, il achète une brosse à dent et elle de quoi dîner pour deux : « Elle m’a examiné et déclaré qu’il fallait que je décide si oui ou non, on aurait besoin de préservatifs. »
C’est sur le même ton froid, détaché qu’Antoine Bréa nous entrainera, au-delà de cette histoire dans une intrigue, où l’on découvrira entre autre qu’Ahmet pourrait bien avoir été un agent du PKK, comment un avocat aujourd’hui peut encore aider à faire évader un client sans qu’on le sache et comment plus généralement, à l’époque de l’hyperterrorisme, cette insensibilité apparente des personnages est la seule attitude possible pour ne pas devenir complètement fou même si évidemment le narrateur, surtout le narrateur, n’en sortira pas indemne.
Nous avons parlé de Camus, mais il est aussi ici question explicitement de Kafka et ce Récit d’un avocat fait découvrir un écrivain de race parce qu’il nous force à voir le monde comme un univers aux règles incompréhensibles, habités par des êtres réduits à leurs initiales,  dont il est définitivement impossible de s’échapper.

Jérôme Leroy
Récit d’un avocat d’Antoine Bréa (Le Seuil, « Cadre Noir », 2017)
(paru sur Causeur.fr )

Marxisme, Macron, Monoï

-Tu sais ce que dit Marx dans sa Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel?
-Non...
-"Il faut rendre l’oppression réelle plus dure encore en y ajoutant la conscience de l'oppression, et rendre la honte plus honteuse encore, en la livrant à la publicité."
-Ca va pas être facile, avec l'Elu au pouvoir.
-On va essayer quand même...Tu reprends un Bitter Campari?
-Passe-moi de l'huile solaire, plutôt.

jeudi 25 mai 2017

A Tübingen



"J’avais le cœur serré comme quand on voyage ; 
  J’étais tout attendri, j’étais doux et lointain ; 
  J’étais comme un enfant plein d’angoisse et très sage."
Valery Larbaud 


mercredi 24 mai 2017

Comme d'habitude

On peut espérer que l'on reparlera vraiment de la question sociale et écologique quand les survivants des classes moyennes, retournés à l'anthropophagie, se battront autour des derniers points d'eau contaminés. A moins qu'En marche ait une majorité à l'Assemblée. Alors pour vos enfants, faites barrage à l'anthropophagie. 
Votez Macron. 
Comme d'habitude.

Hier soir, à Vincennes

C'était une très belle rencontre, hier à Vincennes, dans la splendide libraire Mille Pages. Merci à tous ceux qui sont venus, en particulier les amis et/ou lecteurs de ce blog pour parler de roman noir et de poésie, et boire du vin dans une jolie cour, par une de ces douces et lumineuses soirées de printemps qui ne semblent jamais vouloir finir.
Et demain, départ pour Tubingen où nous retournons à la rencontre de nos lecteurs allemands.

dimanche 21 mai 2017

Tu veux une autre tasse?

-Ca va? Tu as l'air absent, non?  Il ne te plaît pas mon café imaginaire?
-Non, au contraire. C'est juste que je suis revenu. Et ça fait un bien fou.
-Tu me raconteras où tu étais?
-Plus tard, quand tu seras plus grande.
-Pourquoi pas maintenant?
-Parce que c'est une histoire qui te ferait peur...
-J'aime bien les histoires qui font peur!
-Oui, mais là, c'est une peur qui...te ferait vraiment peur.
-Avec des monstres?
-Si tu veux, mais des monstres qui nous ressemblent.
-Tu y as échappé?
-Oui, c'est pour ça que je suis...bien, en fait.  J'ai juste besoin d'un peu de temps pour retrouver mes repères, mais sinon, je n'ai jamais été aussi bien depuis longtemps. J'oublie tout à une vitesse dingue...
-Ca va aller alors?
-Oui, ça va aller. Vraiment. J'adore ton café, tu sais?
-Tu veux une autre tasse?
-Oui, je l'ai bien méritée.
-Tu sais quoi?
-Non?
-Je t'aime même si ton survète est nul.
-Moi aussi, je t'aime.


Amour et urbanisme, 1


"Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues"

René-Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal


"Les amants sont des urbanistes, ils retracent des routes, réveillent des itinéraires oubliés, rendent la vue aux hôtels borgnes. Ils sont architectes et construisent une ville à l'intérieur d'une autre. Ils sont diplomates et annexent des provinces sur un simple sourire. Et leurs pouvoirs tiennent du magicien car ils ont les mains vides. Albertina et moi, qui dans les premiers temps, figurions assez bien des mariés de plein vent, sous la communauté de biens réduite aux nuages, en vînmes à lier notre aventure à tant de paysages et de visages nouveaux que nous ne sûmes bientôt plus de quel côté de la frontière était l'exil."
Antoine Blondin, Les enfants du bon dieu

 

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 83

"Alors, bon dieu, qu'est-ce qui peut te tourmenter, mon garçon? J'espère que tu n'es pas de ces cons qui se font des cheveux à la pensée de ce qui leur arrive, alors que personne n'y peut rien. Espérons bien que non."
Ernest Hemingway, Au-delà du fleuve et sous les arbres.

samedi 20 mai 2017

Le regard clair

En janvier 2010, dans le cadre d'une série de portraits militants pour le journal de la section PCF de Lille, j'avais rencontré Henriette et Michel Defrance. Henriette était déjà malade et devait nous quitter en 2012. Michel, lui, est mort le 15 mai dernier. Si je suis communiste, comme tant d'autres, c'est par une foi indéfectible en une société meilleure et parce que je suis adossé à une tradition révolutionnaire, celle des soldats de l'An II, de la Sociale de 1848, de la Commune, du Front Populaire, des combats antifascistes et antinazis de la Résistance, des luttes contre le colonialisme. Un communiste, ça espère autant que ça se souvient. Et je veux me souvenir d'Henriette et Michel Defrance.

Michel et Henriette Defrance, la mémoire et le présent


Michel Defrance vous reçoit, tout sourire, dans son appartement, du côté du port fluvial.
Henriette n’est pas loin. Ce sont deux figures majeures du Parti dans notre région que je rencontre par ce matin gris de janvier. C’est aussi un morceau d’Histoire, de celle dont les communistes peuvent être fiers, de celle qui ne fait pas baisser les yeux comme jamais ne se baisse le regard  bleu, amical et précis de Michel Defrance
Comment résumer l’itinéraire de Michel en quelques lignes ? Il faudrait un livre, un roman mais un roman où tout serait vrai. Par quoi commencer ? L’adhésion  en mai 42, à 17 ans, à l’insu d’un père lui-même engagé ? Les premiers tractages dans le 18ème arrondissement de Paris ? Son arrestation avec sa mère en juillet 42 ? Son tour des prisons parisiennes, La Santé, Fresnes et la caserne Mortier dont il s’évade ? Ou ce rappel qu’à cette époque, c’est toujours à la police Française qu’ils ont affaire et pas à des occupants nazis heureux d’avoir des fonctionnaires si zélés pour faire le nettoyage de ces sales rouges à leur place…
Avant de rencontrer Henriette, sa future épouse, en mars 44, il aura entre autre participé aux très durs combats menés par le réseau FTP Cadras en Bretagne et il aura miraculeusement échappé à la mort, alors qu’il était en mission du côté de Melun, et qu’il est mitraillé et gravement blessé en essayant de passer un barrage à vélo..
« Mais tu sais, me dit-il, c’est plus facile quand on est jeune, tout ça. Et puis encore aujourd’hui, c’est sur les jeunes qu’il faut compter, ceux qui ont entre dix sept et vingt cinq ans. Après, continue-t-il avec un sourire malicieux, on s’encroûte. »
En tout cas, pour l’encroutement,  il y a pire que Michel Defrance. Vraiment pire. Journaliste entre 45 et 83 à Liberté, il n’a eu ensuite de cesse, avec sa femme Henriette, de rappeler le souvenir de cette époque pleine de bruit et de fureur de la Résistance aux jeunes générations, en allant raconter dans les écoles. Et cela continue et continuera jusqu’au bout.
Leur meilleur souvenir de militants, à Michel et Henriette, ce fut la Libération, quand les communistes, dans le cadre du CNR, ont voulu que plus rien ne soit comme avant, que les sacrifices faits dans la lutte contre le nazisme, débouchent sur une autre société. Ce fut, pour Michel, réussi en partie : la sécu, les grandes nationalisations.  Il pense aujourd’hui encore que non seulement il faut préserver ces acquis-là, mais les renforcer alors qu’ils sont explicitement attaqués,  que la bonne méthode consiste à convaincre, et là encore, il revient à la jeunesse, à cette fameuse tranche 17-25 ans pour changer les choses, pour garder au communisme ce qui a toujours fait sa force : la jeunesse. Et d’insister, et de s’adresser à eux : « Vous n’avez que 7-8 ans pour vraiment inventer et vous engager à fond. »
Une malheureuse coïncidence fait que notre entretien se déroule le jour où l’on apprend le décès d’Auguste Copin qui organisa la grève des mineurs, celle de mars avril 41, celle dont on parle beaucoup moins parce qu’elle rappelle, constate Michel, que le Parti n’ a pas eu besoin d’attendre la fin du pacte germano-soviétique pour résister. Et de  rappeler les noms, aussi, de ces grands chefs militaires de la résistance communiste comme Roger Pannequin dans le Pas de calais ou  Guingouin dans le Limousin. Le Parti n’ a pas forcément eu la bonne attitude avec eux, après la guerre, constate-t-il un peu tristement.
Mais très vite, il revient au présent, aux luttes d’aujourd’hui, il pense qu’il faut à la fois être très pragmatique quand on est militant communiste, faire avec le réel pour mieux le changer. Pragmatique et révolutionnaire ,donc.
Et son dernier mot, avec son regard bleu, alors qu’il me serre la main sur le pas de la porte :
-Tu sais, je pense vraiment que le communisme est la solution. 

Atlantide

Nous aurons tellement aimé l'Atlantide, tellement.

vendredi 19 mai 2017

Il y a quand même plus important


malgré tout

Quand on sortait de la gare
et qu'on descendait vers la ville
par le boulevard Bara
Palaiseau
sentait le jasmin
le 18 mai 2017
vers une heure
de l'après-midi
Il faut  savoir dater
aussi
son plaisir d'être au monde
malgré tout.

mercredi 17 mai 2017

Société civile, mon cul.

Un oubli malheureux, rattrapé de justesse: au nom de la société civile, mademoizelle Zazie a été nommée secrétaire d'Etat aux hormosessuels, aux bloudjines et aux gens qui ont envie de dire "Macron, mon cul" Ici, lors de sa première sortie à la rencontre des chauffeurs Uber.

Nommer un éditeur à la culture, c'est comme nommer un médecin à la santé, un professeur à l'éducation nationale, un général à la défense et un flic à l'intérieur. C'est très exactement le contraire de la politique. 
Autant dire que c'est du macronisme pur jus. 
Avoir une vision, un projet, c'est ça, l'affaire du politique qui est, en principe, élu pour ça et donc légitime. Après, on peut décider que la politique, ça ne sert à rien et qu'un pays, c'est une entreprise. D'ailleurs, on est bien parti pour. 

Je ne vise pas particulièrement ni les éditeurs,  ni les escrimeuses d'ailleurs ni les personnes en général, je vise ce faux bon sens qui plait tant aux journalistes en plein bovarysme médiatique, faux bon sens discrètement totalitaire qui fait croire que le spécialiste dans un domaine domaine donné a la légitimité pour penser politiquement ce domaine. 
La société civile, si elle veut faire de la politique, qu'elle commence par se faire élire.

Honneur aux combattants du progrès

On remarquera la violence des combats antifascistes du 7 mai à la blessure encore visible d'un des héros de la victoire du camp du progrès.
Ces hommes ont fait barrage de leur corps à l'hydre nazie. Honneur à eux. Notre soulagement et notre reconnaissance sont immenses.

mardi 16 mai 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 82

"Solitude, mon smoking"
Georges Perros (1923-1978), Papiers collés 3

Trois hypothèses pour un command-car

 


On a beaucoup glosé sur la remontée des Champs Elysées, dont même l'habileté des cadreurs avait du mal à cacher à quel point les rangs des spectateurs étaient clairsemés, par le président Macron à bord d'un très martial command-car. Que l'on nous permette, sur cette scène inaugurale du quinquennat, trois hypothèses.
Hypothèse 1: Emmanuel Macron appartient à cette génération qui n'a pas eu à faire son service militaire et ça lui manque. "J'appartiens à cette génération de Françaises et de Français, dont l'arrivée à l'âge adulte s'est confondue avec la professionnalisation de nos armées et la suspension de la conscription. Aussi n'ai-je pu faire mon service militaire" a-t-il déclaré à plusieurs reprises en parlant de sa biographie. La restauration d'un service militaire universel et de courte durée est d'ailleurs au programme de La République en marche.
Hypothèse 2:  Du haut de son command-car, il nous dit: "Je vous préviens, je suis le chef des armées et je vais engager mes troupes sur tous les fronts atlantistes au nom de Vrai, du Beau et du Bien." Car l'atlantisme a toujours été la ligne  de la politique étrangère des pays libéraux et européens, vraiment libéraux et vraiment européens, pas comme ces Français encore infectés par le gaullisme malgré les présidences de Giscard, Mitterrand, Sarkozy et Hollande (on fera une petite exception pour Chirac qui a su dire non à la guerre en Irak en 2003).  Au premier chef de ces pays modèles en politique étrangère, il y a bien sûr l'Allemagne si chère au coeur du nouveau président.  Il faut donc que la France elle aussi s'aligne sur les USA comme autrefois les démocraties populaires s'alignaient sur le grand frère soviétique.
Hypothèse 3, dite de l'indice sémiologique: "Oui, je vous ai bien eus, je viens de réussir en moins de deux ans un coup d'état parfait, selon un scénario pensé et réalisé par le capitalisme financiarisé et ses principaux relais qui vont pouvoir en finir, grâce à moi et à mon allure moderne,  avec l'exception française, son jacobinisme, son état providence, son goût pour l'égalité.  Ceci est un putsch, d'un genre nouveau, mais on sait en Europe, depuis la Grèce de 2015, qu'il n'y a plus besoin de chars pour renverser un régime."
L'hypothèse 1 est purement psychologique, l'hypothèse 2 purement politique, l'hypothèse 3 pourrait être qualifiée de complotiste mais doit tout de même être l'occasion de nous rappeler qu'il existe deux erreurs en matière de complot: en voir partout, ce qui est une pathologie dangereuse et n'en voir nulle part, ce qui est d'une naïveté qui confine à la bêtise à moins d'être totalement ignorant en matière d'histoire. Le command-car du président Macron serait donc à la fois la satisfaction d'une frustration, le signe politique de nouvelles allégeances françaises et le clin d'oeil presque amusé à des commanditaires tout aussi amusés.
La vérité est sans doute composée,  en des proportions variables, des trois hypothèses. En tout cas, c'est ce qu'il faudrait avoir en tête pour qui voudrait écrire un roman, dans quelques années,  sur cette prise du pouvoir qui, dès qu'on aura un peu pris de recul, apparaîtra comme proprement invraisemblable dans un pays comme le nôtre, même en tenant compte de sa désorientation,  de ses fractures profondes et de la propagande inégalée et la ferveur hagiographique délirante en la faveur de l'Elu par les médias mainstream.  
Ce qui nous renverrait,  en partie, à l'hypothèse 3 puisque qu'on sait depuis longtemps, par des livres lucides  dont le dernier en date est Le Monde Libre d'Aude Lancelin,  comment ça marche désormais  dans presque toute la presse et la radio télévision ainsi que dans ses rapports avec les puissances financières qui les possèdent de fait.

Heureusement





Heureusement, le bourgueil de Catherine et Pierre Breton, les bonis jaunes et les livres (fin de marché à Wazemmes, pour deux euros les quatre.)