lundi 1 mai 2017

Antilepénisme concret

Sous prétexte qu'il se trouve face à Marine Le Pen,  le ministre des Finances de François Hollande et responsable du virage libéral du quinquennat dès qu'il a été secrétaire général de l'Elysée, se permet une campagne où se mêlent la nullité stratégique, l'arrogance et, depuis quelques jours avec l'instrumentalisation de la Résistance, l'abjection pure et simple.
L'antilepénisme, comme l'amour, n'existe que par ses preuves concrètes et non ses déclarations incantatoires. Les leçons de morale, voire de moraline culpabilisante, qui sont données ces jours-ci aux électeurs de gauche, notamment de France Insoumise, qui ont quand même un peu de mal à accepter de voter pour une contre-révolution libérale qui aura changé nos vies en septembre après une destruction estivale et par ordonnances des lois qui protégeaient encore (un peu) le monde du travail, ces leçons donc, pleuvent. Sont accusés d'être des fascistes passifs ceux qui refuseraient de donner leur voix à Emmanuel Macron, et en plus, de le proclamer bien fort alors que ce même Macron qui ne comprend rien à ce pays, se refuse au moindre signe, persuadé que le repoussoir Le Pen lui servira de légitimité.
Il n'y aura aucune voix pour Marine Le Pen, évidemment, du côté des communistes, des insoumis et des rares socialistes restés de gauche.
En revanche, exiger que tous votent pour Macron, et le disent, est une honte, une humiliation provoquée qui révèle bien la nature du petit bonhomme et de ses soutiens qui prétendent nous gouverner. 
Eux, qui par leur politique pluridécennale, ont créé le monstre qu'ils prétendent combattre,  savent très bien ce qu'il en est et jouent cyniquement de l'articulation logique entre néolibéralisme et fascisme (les scores du FN commencent à grimper dès 1984, une fois entamée "le tournant de la rigueur"). 
Nous préférons, pour notre part, l'antilepénisme concret et non l'antifascisme de ces gens-là, qui n'apparait que tous les cinq ans, pour parachever leur oeuvre de destruction de notre vieille société où les citoyens n'étaient pas réduits à leur rôle économique.
Et l'antilepénisme concret, c'était, par exemple, la projection-débat de Chez Nous, hier à Châteauroux dans le cadre de l'Envolée des Livres.

vendredi 28 avril 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 81

"Le plan A consistait à alerter la Terre entière par la poésie. Mais c'est un échec. Il va donc falloir passer au plan B."
David Mitchell, L'âme des horloges.

29 et 30 avril, 1er mai, de Châteauroux à Arras.

Les programmes détaillés ici et

mardi 25 avril 2017

Encore une fois, et plus que jamais...


25 avril 1974: bon anniversaire à la révolution de la Douceur...

lundi 24 avril 2017

Macron, Le Pen, Orwell et Kafka.

Dans 1984, pour assurer la puissance de Big Brother, il y a un méchant, Goldstein, dont on ne sait pas trop s'il est encore vivant, d'ailleurs, ou même s'il a existé.
Ce méchant est un des éléments qui permet à Big Brother d'exercer son pouvoir totalitaire sur la population, notamment par le biais des Semaines de la Haine où l'on se doit de cracher en groupe sur la figure abjecte du traître quand elle apparaît sur des télécrans.
Le Pen, père et fille, c'est Goldstein. 
Grâce à Goldstein, un candidat qui représente un néo-libéralisme aussi sauvage que celui de Fillon mais avec un lexique plus sucré, qui va enfin selon le souhait pluridecennal du MEDEF liquider ce qui restait de l'Etat-Providence et des acquis du CNR, un candidat qui vous dit, comme Big Brother, "la liberté, c'est l'esclavage; la paix, c'est la guerre (de tous contre tous)", ce candidat-là, en plus, il va falloir que vous le preniez pour un héros de l'antifascisme.
On aura rarement poussé aussi loin notre servitude volontaire, notre humiliation, notre honte. 
Après Orwell, Kafka donc, et la dernière phrase du Procès, car nous sommes tous, devant cette alternative, des Joseph K:
"Mais l'un des deux messieurs venait de le saisir à la gorge;  l'autre lui enfonça le couteau dans le coeur et l'y retourna par deux fois. Les yeux mourants, K. vit encore les deux messieurs penchés tout près de son visage qui observaient le dénouement joue contre joue.
-Comme un chien! dit-il, et c'était comme si la honte dût lui survivre."

samedi 22 avril 2017

Ces années-là


1988: Lajoinie, Mitterrand, (Roy Orbison/Coëtquidan)
 

1995: Hue, Jospin, (Willy DeVille/Marseille)
 

2002: Chevènement,vote blanc, (Prince/Lille)
 

2007: Marie-Georges Buffet, Ségolène Royal, (Amy Winehouse/Lille)
 

2012: Mélenchon, Hollande, (Sébastien Tellier/Brive)

mardi 18 avril 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 80

Ce qu'on aime dans les livres, parfois, c'est le repos très particulier qu'offre un auteur qui écrit soudain sur une page votre autobiographie à votre place, et qui le fait bien. Ce phénomène assez rare vient de se produire avec Endetté comme une mule d'Eric Losfeld (Tristram, 2017), témoignage par ailleurs indispensable qui raconte la vie de ce franc-tireur de l'édition mort en 1979:
 
"Sans me lancer dans une description psychanalytique de mon comportement, j'avouerai que j'étais un enfant quelque peu fugueur. La première fois que j'ai disparu, on m'a retrouvé à quatre-vingt kilomètres de mon domicile, à Dunkerque. Par la suite (j'ai dû disparaître une dizaine de fois), on téléphonait aussitôt à la gendarmerie de Dunkerque, près du port. J'avais une passion inassouvie pour les voyages. Sans être du tout l'adepte de la poésie populiste genre Carco, ou du fantastique quotidien genre Mac Orlan, les lieux de départs tels que les gares, les rades, maintenant les aéroports, ont gardé le don de me bouleverser. Comme je suis un homme du Nord de la variété extrêmement frileuse, je vais toujours vers le soleil. J'ai une attirance pour la mer, pour l'eau en général, mais surtout pour la mer: je suis né le 9 mars, sous le signe des Poissons. Pour moi, la mer représente ce que la terre représentait pour Antée: je reprends des forces en m'y plongeant. (...) A la formule assez louche "Vivre dangereusement" des Malraux et autres matamores, je préfère vivre merveilleusement, ce qui supprime toute idée de gloriole et de profit."

La façade du cinéma Eden à La Souterraine: poème politique


J'aime
les plages
les fantômes
les petites villes d'importance secondaire
les bouquinistes
les terrasses de café
lire des poètes vivants dans des hôtels deux étoiles près des gares
les jeunes filles à bicyclette qui roulent sur des allées gravillonnées
les huitres
le communisme
le vent dans les arbres
les mèches qui retombent des chignons faits à la hâte
l'appropriation collective des moyens de production
le muscadet amphibolite de Jo Landron
lire des poètes oubliés dans des "Poètes d'aujourd'hui" d'occasion
les hêtres qui bordent d'une lumière verte les départementales de
Seine-Maritime quand on approche de la mer l'été
les chats
le thé noir très noir
les films italiens
la façade du cinéma Eden à La Souterraine
mais
je suis bien obligé
de constater
à la lecture des différents programmes
que mes revendications
sont assez peu prises en compte
assez peu 
vraiment.


18 avril 2017


©jeromeleroy4/17



lundi 17 avril 2017

Résurrection


Il n'a rien de plus poétique, donc de plus révolutionnaire et de plus subversif que Pâques. 
C'est un changement d'état à priori impossible, une traversée inimaginable, un renversement insensé comme un poème qui serait parfaitement  réussi. 
Il faut donc  se rappeler que le Christ n'est pas seulement le révolutionnaire beatnik si doux de l'Evangile, qui aime les enfants, les malades, les putains, les voleurs, les migrants, les assassins et même les flics: il est celui qui traverse la mort pour nous dire qu'il ne faut pas avoir peur, aussi atroce soit l'expérience du passage.
Le Christ est le Poète et le Voyageur absolu. Il est Orphée et Ulysse, mais un Orphée qui aurait ramené Eurydice, un Ulysse qui n'aurait pas besoin de massacrer les prétendants après l'expérience des Enfers et de l'Oubli.
Le Christ revient, comme eux, légèrement ébloui par la clarté du matin. 
Tout peut commencer, tout peut recommencer. 
L'amour, la révolution, la victoire sur la peur et le temps, sur la peur du temps. 
La Résurrection est une expérience communiste qui réussit: l'homme nouveau ne nie pas l'homme ancien, l'homme nouveau sait juste que maintenant, il est à la plage, pour toujours et que celle qui sort de l'eau et vient vers lui en pressant ses cheveux, l'enveloppera bientôt de cette fraîcheur salée qui s'appelle la Vie. 
Et que ça durera pour toujours, pour toujours...

mercredi 12 avril 2017

Frédérick Houdaer: une volonté d'un genre particulier

Alors, évidemment, la facilité consisterait à dire, vous comprenez, Frédérick Houdaer, dans son dernier recueil, il prend le vieux thème de la nuit mais il le renouvelle de fond en comble, vous voyez? 
Eh bien non, il ne le renouvelle pas du tout, et il le sait très bien, et il le fait très bien, de ne pas le renouveler, le thème de la nuit. 
Parce que le vrai moderne est celui qui sait ce qu'il y a d'éternel dans la modernité, qui le traque, le retrouve, le répète, le module, le transmet et passe le relai à qui voudra ou pourra. Frédérick Houdaer, dans Nuit grave, a donc la nuit romantique, holderlinienne, baudelairienne, verlainienne, fitzgeraldienne, goodisienne, hooperienne, bukowskienne, j'en passe et des meilleures: il est donc absolument moderne, c'est-à-dire absolument poète.
Nuit grave de Frédérick Houdaer (La boucherie littéraire)

jeudi 6 avril 2017

La campagne d'Allemagne (2): Fribourg, 22 et 23 mars




Accueil charmant de l'Institut Français. Premières journées de printemps. Terrasses avec vue. Ville piétonne. La Forêt Noire dans une brume bleue qui s'arrête aux pieds de la Porte de Souabe. Le petit hôtel sur la Rathausplatz, déjeuner qui est un délicieux attentat diététique avec sa saucisse de foie. Promenade sur les hauteurs. La ville ressemble à Colmar, la cathédrale a la couleur de celle de Strasbourg. Il est vrai qu’on n’est pas bien loin puisque on voit la ligne bleue des Vosges, mais de l’autre côté. L'accueil des migrants, par ici, (je demande parce que j'ai été surpris par le chiffre de Stuttgart): plus de 1500 pour les 200 000 habitants de la ville et de ses environs. Les petits ruisseaux à ciel ouvert dans les rues, ça scintille joyeusement partout. Blondes rieuses en lunettes noires. Encore un préjugé qui tombe: On peut associer Allemagne et Dolce Vita.

mercredi 5 avril 2017

Un pur moment de rock and roll dialectique

J'ai assez vite retrouvé ce que me rappelait l'indignation vertueuse journalistico-libéralo-conservatrice contre Poutou. 
Il faut dire que le Vieux a toujours su frapper dur et juste.
"Tout ce choeur de calomnies que le parti de l'ordre ne manque jamais dans ses orgies de sang, d'entonner contre ses victimes, prouve seulement que le bourgeois de nos jours se considère comme le successeur légitime du seigneur de jadis, pour lequel toute arme dans sa propre main était juste contre le plébéien, alors qu'aux mains du plébéien la moindre arme constituait par elle-même un crime."
Karl Marx, La guerre civile en France

Je me demande, du coup, ce que ça leur fait, à la droite néo-réac et à  l'extrême-droite xénophobe qui n'a pas de mots assez doux pour ce "peuple populiste", ce peuple qui dirait toujours la vérité contre les élites, ce peuple qui élit Trump, ce peuple qui brexite, ce peuple qui aimerait Le Pen, qui se vautrerait dans la panique identitaire, de se prendre un Poutou comme on se prend un missile tactique?
Un Poutou populiste, pour le coup, comme eux, mais un populiste cauchemardesque, un populiste avec une conscience de classe, une vraie conscience de classe velue et blindée, un Poutou qui capte le discours du tous pourris avec une légitimité en béton, un Poutou qui rappelle qu'il est le seul à être ouvrier et qui renvoie Fillon et Le Pen à ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être: des aventuriers moyennement honnêtes, des bourgeois qui n'arrivent plus trop, tout à coup, à amuser le tapis avec le totalitarisme islamique ou ces salauds de bobos (même si les seconds sont les victimes du premier) et se retrouvent bien obligés de faire profil bas contre ce partageux qui met sous leurs yeux d'une part la contradiction entre leurs vertus publiques et leurs vices privés et d'autre part la vraie vie de ceux qui sont du mauvais côté des inégalités. 
Quand on joue avec les allumettes, un mauvais retour de vent, et c'est vous qui brûlez. C'est ce qui est arrivé à Fillon et Le Pen hier soir.
Ils peuvent toujours appeler au secours Bouvet ou Zemmour,  ou d'autres chiens de garde qui aiment les pauvres tant que les pauvres s'en prennent à l'Arabe, au pédé, aux avortées, (et surtout pas aux patrons),  ils peuvent continuer de mal lire Orwell ou Pasolini. C'est pourtant eux, à la fin, qui se sont retrouvés tout seuls dans le noir et personne ne les a entendus crier.
On ne votera probablement pas pour Poutou mais on lui doit, dans cette campagne, un pur moment de rock'and roll dialectique. Qu'il en soit remercié. Au nom du peuple, justement. 

mardi 4 avril 2017

La campagne d'Allemagne (1): Stuttgart, 21 mars

Le 21 mars, on présentait Le Bloc, dans sa traduction allemande, au Rosenau, à Stuttgart. Il pleuvait, c'était la première fois que nous allions en Allemagne.
-9000 migrants accueillis à Stuttgart, vous êtes certaine?
-Oui, au moment de la première grande vague de 2015
-Pour une ville de 600 000 habitants?
-Oui.
-Ca a dû coincer, quand même...
-Pas plus que ça.
- Mais Merkel va perdre les élections du coup...
-C'est possible mais ce ne sera pas à cause de ça. Juste besoin d'une légère inflexion sociale avec Schulz.
(On précisera que mon interlocutrice n'était ni No Border, ni bobo, ni colorée de peau juste une infirmière quadra qui vote SPD mais trouve sympa les idées de grandes coalitions et Die Linke trop rouge)

Même dans un hôtel de Stuttgart, grâce aux Gédéons, on n'est jamais seul. Bon, on a quand même pris La double vie de Sebastian Khnight de  Nabokov

Depuis des années il y avait dans sa bibliothèque un livre de Marcel Arland qu' il n' avait jamais lu mais qu'il avait acheté pour son titre, La consolation du voyageur. Pourquoi diable, tout à coup, ça lui revenait en tête?

Scut is back again chez Allia



Si vous ne connaissez pas, jetez-vous sur Mes inscriptions (1945-1963), ce livre de mauvais aloi. L'anarchisme radical de Louis Scutenaire (1905-1987), son espèce de folie typiquement belge, son humour de surréaliste ami de Magritte, son érudition moqueuse, son art de la forme courte, tout ça (re)met un peu d'air frais dans une époque saturée par la connerie identitaire, le retour du religieux, la crapulerie libérale, la névrose préfasciste. Jamais une réédition ne m'a semblé tomber autant à-pic.  
Scutenaire est dans la tradition des grands travailleurs du négatif, ceux qui entrent en rupture avec leur temps, ceux qui font sécession et posent des pierres pour l’avenir, ceux qui ne feront jamais partie des lyncheurs, des lâcheurs, des lécheurs. Il écrivait ses fragments de texte sur ce qui lui tombait sous la main, bout d’enveloppe déchirée, revers d’un prospectus publicitaire, ticket de tramway et même, disait-il, sur du papier toilette quand il se trouvait là.
Il y a un Scutenaire politique, érotique, critique, un Scutenaire qui assume la contradiction et la subversion, la solitude radicale et le besoin des autres, la nostalgie et le désir d'utopie, le rire et la colère, la rêverie et la précision. Le contraire de presque tous nos candidats à la présidentielle,  de presque tous nos journalistes qui ne nous parlent que du réel mais sont flous et vagues, prennent l’utopie pour un gros mot, ne contredisent jamais, sauf les petits, ne subvertissent rien car ils aiment l’ordre, ne critiquent rien de ce qui est établi, sombrent dans le puritanisme au point de vouloir contrôler le corps des femmes.
Vous voulez un antidote au nationalisme de Le Pen, à l’ordre moral de l’immoral Fillon, au libéralisme esclavagiste de Macron qu’il essaie de nous faire confondre avec la liberté libre, la vraie liberté, celle de Rimbaud et des révolutionnaires ? Alors lisez Mes inscriptions: on respire, on picore, on baguenaude, on rigole, on n'est pas d'accord, on applaudit, on a envie de caresser, de boire un verre d'eau, de chanter, de dormir, de se réveiller. On lit. On relit. On se pose le temps qu'on veut dans les blancs de la page, puisqu'ils sont faits pour ça. Et sinon, tout le temps, on jouit. 
A l’époque des tweets débiles ou insultants des hommes politiques, des journalistes, des stars, à l’époque où l’on croit malin de faire débattre onze personnes en même temps et qu’on a le front d’appeler ça démocratie alors que ce n’est que de la télé poubelle qui cherche à faire de l’audience, il peut être utile, quelques secondes par ci, quelques secondes par là, de prendre le temps d’ouvrir Mes inscriptions et de saisir, au hasard et souvent, quelques pépites. Voici, par exemple, nos dernières « carottes », comme disent les géologues, dans Mes Inscriptions de Scutenaire, quand on a appris que le ralliement du chanteur Renaud à Macron prouvait que décidément rien n’est plus triste que de vieillir.
"Entre l'oppression et l'oppression, l'homme choisit l'oppression"
 "Je ne suis pas plus amer qu'un appareil photographique."
 "Je connais le pays, il y a assez longtemps que j'y crève."
 "On fait ce qu'on peut. Dommage qu'on le puisse."
 "Le poète emploie tous les mots"
 "Patient comme les mondes à naître." 
 "Mais, pessimiste, qu'aviez-vous donc espéré?" 
"Les femmes nues n'ont jamais fait de mal à personne."
"Je vous parle d'un autre monde, le vôtre."
"Son corps, quoi de plus beau? Son visage questionneur, peut-être, les clartés de sa peau."
« Je n’ai pas d’autre but que la libération totale de tout ce qui vit. Et rien n’est qui ne vit pas. »

Mes Inscriptions de Louis Scutenaire ( Editions Allia, avril 2017)

vendredi 31 mars 2017

Je vous salue ma France


En même temps
comment voulez-vous
désespérer d'un pays
où le petit train passe
par St Priest Taurion
Brignac St Léonard de Noblat
St Denis des Murs
Chateauneuf-Bujaleuf
Eymoutiers-Lac de Vassivière
 sol semé de héros
La Celle-Corrèze Bugeat
Perols Jassonneix
Meymac Ussel
ciel plein de passereaux
avec à bord
une contrôleuse
aux yeux de forêt.

© jérômeleroy, 3/2017

A la recherche du Temps Retrouvé

« J’ai la mémoire qui flanche / je ne me souviens plus très bien. / Voilà qu’après toutes ces nuits blanches, / il ne me reste plus rien. » On se souvient pourtant, en ce qui nous concerne, de la chanson interprétée par Jeanne Moreau dans les années 1960. Dans notre époque qui vit au rythme du présent perpétuel, le temps de l’info en continu, la mémoire est devenue un enjeu à la fois intime et, d’une certaine manière, politique. Celui qui se souvient ne laissera pas son époque parler pour lui. Dans 1984 de George Orwell, c’est en commençant à écrire un journal intime, dans un recoin de son appartement sordide surveillé par le télécran qu’il est impossible d’éteindre, que Winston Smith accomplit son premier acte de résistance et peut mettre noir sur blanc les falsifications du réel, penser la réécriture permanente de l’histoire opérée par Big Brother et faire échec, au moins pour un moment, à l’amnésie organisée qui est toujours l’arme principale des totalitarismes. Retrouver la mémoire, témoigner pour un lecteur même hypothétique, comme Winston Smith, est la seule condition pour donner un sens à la durée, c’est-à-dire à notre vie qui nous échappe à chaque instant.

C’est pour cela qu’on saluera l’arrivée en format poche de la collection « Le Temps retrouvé » du Mercure de France, qui propose depuis plusieurs décennies des mémoires, des journaux intimes, des récits de voyages, des documents dont les auteurs sont tantôt des personnages historiques, tantôt des anonymes ou des témoins oubliés qui disent leur vérité sur une époque qu’ils ont traversée et sur leur personne par la même occasion.
Dans cette livraison, on trouve notamment les Mémoires de Marguerite de Valois, plus connue depuis Dumas sous le nom de la Reine Margot, qui raconte les guerres de Religion et la Saint Barthélemy. Au-delà du document, Marguerite de Valois se rappelle à notre souvenir comme un des grands auteurs de la littérature française capables de dépeindre les convulsions de leur temps et d’en tirer des leçons de sciences politiques formulées avec une précision qui annonce celle des moralistes du Grand Siècle : « Comme la prudence conseillait de vivre avec ses amis comme devant être un jour ses ennemis, pour ne leur confier rien de trop, qu’aussi l’amitié venant à se rompre et pouvant nuire, elle ordonnait d’user de ses amis comme pouvant être un jour ses ennemis. »

Les Mémoires du prince de Ligne, qui avait fui la France au moment de la confiscation de ses terres wallonnes par la Révolution française, appartiennent aussi de plein droit à notre littérature. Ligne écrit, dans un français d’une incroyable pureté, son bonheur paradoxal à traverser le tragique de l’Histoire en séduisant les femmes et en parlant avec les plus grands personnages de son temps, de Voltaire à Rousseau en passant par Catherine de Russie, Marie-Thérèse d’Autriche ou encore Frédéric de Prusse, qui ne sont que quelques noms parmi tant d’autres de l’incroyable bottin mondain que nous a laissé ce guerrier amoureux, ce diplomate styliste admiré notamment, on ne s’en étonnera pas, par Paul Morand : « J’ai toujours tout fait de tout mon cœur. »

Mais les responsables du « Temps retrouvé » savent que les grands de ce monde n’ont pas le monopole de la mémoire. L’abbé Mugnier, par exemple, dont le Journal couvre la période 1879-1939, n’était pas un prince de l’Église, tout au plus une figure secondaire de la République des lettres. Seulement, il laisse un témoignage de première main sur une époque où la littérature française passe des symbolistes aux surréalistes, de Huysmans à Cocteau sans oublier Proust, à qui la collection a évidemment emprunté son nom : « Dîné, hier, à l’hôtel Ritz, chez la princesse Soutzo. Avec Marcel Proust, j’ai causé aubépines. » En charge de la paroisse Sainte-Clotilde, au cœur du VIIe arrondissent, en délicatesse avec ses supérieurs qui le trouvaient par trop mondain, détesté par Léon Bloy, l’abbé Mugnier mêle de manière inédite la douceur évangélique et un humour pince-sans-rire, comme lorsqu’il constate, toujours à propos de Proust qui a prévu d’offrir son livre à la princesse de Polignac : « Très flattée, la dame, mais Proust doit donner à ce livre le titre de Sodome et Gomorrhe. »

Plus inconnu encore, à l’autre bout de l’échelle sociale, en plein siècle de Louis XIV, « Le Temps retrouvé » nous fait faire la connaissance de Jean Marteilhe, galérien du Roi-Soleil dont les Mémoires d’un protestant condamné aux galères de France pour cause de religion sont le seul témoignage écrit laissé par un des 38 000 forçats qui furent emprisonnés sur les galères entre 1680 et 1715. Jean Marteilhe, fils de bonne famille protestante, capturé en 1701 alors qu’il fuit les dragonnades dans sa ville de Bergerac, restera treize ans sous la casaque rouge du galérien, avant d’être condamné à l’exil. Ce qui passionne ici, c’est autant le récit à la première personne d’un dissident de l’intérieur, traqué sur les routes de France, que la description presque ethnologique qu’il nous donne des galères, de leur fonctionnement et de la vie épouvantable qu’on y mène : « Enfin, il faut l’avoir vu pour le croire, que ces misérables rameurs puissent résister à un travail si rude ; et quiconque n’a jamais vu voguer une galère, ne se pourrait jamais imaginer, en le voyant pour la première fois, que ces malheureux pussent y tenir une demi-heure. »

Il arrive pourtant, Jeanne Moreau toujours, que la mémoire fasse franchement défaut et que le temps soit impossible à retrouver. David Carr dont les éditions Séguier publient La Nuit du revolver, n’était ni galérien ni prêtre et encore moins aristocrate. C’était un journaliste américain, né en 1956 et mort en 2015, d’un cancer du poumon qu’il avait plus ou moins caché à tout le monde, en s’effondrant dans la salle de rédaction du New York Times. Grand reporter, spécialiste des médias, Carr a aussi été, dès sa jeunesse dans le Minnesota, dealer et toxicomane, pendant des années.


Il fait paraître La Nuit du revolver en 2008 et rencontre un succès immédiat. On annonce une série tirée de ce livre qui forme des « antimémoires » où la première question est comment récupérer une vie largement gommée par l’excès proprement délirant des stupéfiants de toute sorte, David Carr ne faisant pas les choses à moitié, de l’herbe au crack avec aussi des acides pour faire bonne mesure. Le titre du livre fait allusion à ce qui a provoqué chez David Carr le déclic. Il s’aperçoit, en fait, qu’il a reconstruit ses souvenirs pour les rendre supportables et qu’il ne sait plus, à propos d’une nuit de beuverie et de défonce en 1987 avec son meilleur ami, alors qu’il vient de se faire virer du journal où il bosse, si c’est son ami qui l’a menacé d’un revolver , ce qu’il a toujours cru, ou si l’arme lui appartenait, à lui qui s’était pourtant toujours vu comme l’archétype de l’Américain de gauche : « Je ne suis pas du genre à posséder un revolver. C’est un fait certain. […] J’ai été quelquefois du mauvais côté du canon, à me tortiller en demandant aux gens de se calmer. Mais me rendre chez mon meilleur ami avec un flingue dans la poche ? Cela ne correspond pas à mon histoire, celle du garçon blanc qui s’est amusé à faire un tour du côté des habitudes les moins ragoûtantes de l’existence avant de devenir un citoyen honnête. »

Alors David Carr va faire ce qu’il sait faire le mieux. Enquêter comme un grand reporter, avec les méthodes du grand reporter, à la seule différence que le sujet de son investigation, c’est lui. Il se transforme en un Proust, cité plusieurs fois dans le livre, qui aurait échangé la madeleine trempée dans le thé et le défaut du pavage dans la cour de l’hôtel de Guermantes contre « une caméra vidéo, un magnétophone digital et un disque dur externe pour tout sauvegarder. Ces appareils allaient accomplir ce dont j’étais incapable, à savoir tout coder en 0 et en 1, l’enregistrer intégralement et me servir de témoins numériques. »

Mais ce qui fait de La Nuit du revolver un grand livre autobiographique vu au prisme destructeur de l’addiction, dans la lignée par exemple du Dernier Stade de la soif de Frederick Exley, c’est que David Carr, pour reprendre une expression de son patron du New York Times, est « un poète du journalisme ». Il ne se contente pas de nous livrer des documents bruts, il les orchestre pour faire apparaître le destin typique d’un enfant de la middle class américaine avec un père tailleur et une mère instit, déjà portés sur la boisson. Pourtant, ne nous méprenons pas : il n’est pas question pour David Carr de se chercher des excuses dans de quelconques déterminismes ou de mettre sa dérive sur le compte d’une époque encore imprégnée par l’esprit hippie. Au fil des témoignages de ses proches, des rapports de police, des avocats et des médecins, ce qu’il veut avant tout c’est retrouver la mémoire pour pouvoir dire simplement, en toute conscience, la phrase que Pablo Neruda avait choisie pour titre à sa propre autobiographie : « J’avoue que j’ai vécu. »



Mémoires de Marguerite de Valois, éditions du Mercure de France, 2017. Mémoires du prince de Ligne, éditions du Mercure de France, 2017. Journal 1879-1939 de l’abbé Mugnier, éditions du Mercure de France, 2017. Mémoires d’un galérien du Roi-Soleil, éditions du Mercure de France, 2017. La Nuit du revolver de David Carr, éditions Séguier, 2017.

On signalera également, dans la collection « Le Temps retrouvé », les parutions simultanées des Mémoires du Duc de Lauzun, des Actes du Tribunal révolutionnaire, des Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel et du Journal de voyage en Égypte de Victor Shoelcher.
(paru dans Causeur magazine de mars)

Un peu tard dans la saison dans Le Monde et L'Huma!

Jeudi, jour faste...




mercredi 29 mars 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 79

"...il appartenait à ce type rare d'écrivain qui sait que rien ne doit demeurer que ce qui est à l'état de parfait achèvement: le livre imprimé, que son existence positive est incompatible avec celle de son fantôme, le grossier manuscrit, faisant étalage de ses imperfections, comme un revenant vindicatif qui porte sa propre tête sous son bras, et que, pour cette raison, on ne doit jamais laisser subsister quelle qu'en soit la valeur sentimentale ou commerciale, les déchets de l'atelier."
Vladimir Nabokov, La vraie vie de Sebastian Knight

Petites causes, grands effets.

La première guerre mondiale avait commencé à cause d'un coup de feu d'un nationaliste serbe sur un archiduc autrichien. 
La troisième commença avec un coup de feu de la BAC sur un ressortissant chinois, ce qui fait toujours beaucoup plus d'histoires qu'avec un nègre ou un bougnoule car ces gens-là sont honnêtes et travailleurs, eux, même s'ils mangent leurs morts et leurs chiens. 
La dernière pensée de Sarkozy, avant qu'un missile chinois ne vitrifie Neuilly comme était déjà vitrifié l'ensemble de l'Europe et des USA fut: "Je crois que j'ai quand même fait une connerie en supprimant la police de proximité."

lundi 20 mars 2017

Swann, communiste fatigué

Une page retrouvée de Proust


Swann, communiste fatigué

   Et tout d'un coup, en 2017, lui qui avait aimé la politique, et même son jeu, ses intrigues, ses machiavélismes, à la façon dilettante dont on peut aimer les échecs ; lui qui l'avait aimée, aussi, parce qu'elle était en quelque sorte l'incarnation fraîche et parfois menteuse comme une jeune fille, de son engagement communiste ; il se sentit pris d'une immense lassitude, d'un  immense désintérêt qu'il attribuait tantôt à l'âge qui rendait moins vif le feu des passions amoureuses comme celui des idées politiques, feux parfois similaires à l’extrême, -et il s'aperçut d'ailleurs à cette occasion qu'il avait moins souffert de ne plus aimer Odette que s'il avait eu dix ans de moins- ;  moitié au spectacle effectivement dégoûtant de la stupidité  propre à l’Ordre Moral mêlé au libéralisme déjà vainqueur puisque accepté de fait par tous ces jeunes gens ubérisés, semblables à ces oiseaux pris dans la glu, grives macronisées sans le savoir, jouissant de leur servitude à condition qu'on leur laissât et même qu'on les encourageât à l'appeler liberté, nomadisme, ouverture à l'autre, agentivité.
Swann comprenait, de même qu’Odette n’était plus désormais qu’un pincement de loin en loin, n’était que l’image passagère d’un visage enfoui dans un oreiller qui lui souriait le matin ou, nue, mettant sa chemise à lui jetée sur le parquet la veille au soir  et allant préparer le thé, ou encore une certaine manière de s’encadrer en lunettes noires dans une fenêtre transformée en tableau comme lors de l’un de leurs derniers voyages à Balbec,  Swann comprenait, donc, que son goût pour la politique allait disparaître en s’estompant, ne revenant que de loin en loin, comme Odette revenait dans quelques situations emblématiques, mais de plus en plus nimbées de l’irréalité des souvenirs, irréalité qui grandissait avec leur éloignement dans le Temps, comme à l’époque où Swann avait cru tout à nouveau possible avec le Front de Gauche, vers 2009.
Et, comme les  hommes désabusés mais autrefois enthousiastes, qui ne veulent plus être embarrassés quand on parle devant eux de leur passé, il affectait de plus en plus une forme d’ironie détachée en espérant qu’elle passât pour une forme supérieure d’esprit ou de lucidité alors qu’en son for intérieur, le communisme, qui restait la grande affaire de sa vie mais dont plus personne ne voulait parler ou ne pouvait penser dans ses implications réelles, aussi réelles qu’un bain de mer au printemps dans la Manche encore glacée mais qui fait naître une jeunesse nouvelle, le communisme donc qu’il aimait d’un amour désespéré, presque poétique, allait faire de lui, avait fait déjà de lui, un de ces personnages de Balzac, comme dans le Cabinet des Antiques ou de Barbey d’Aurevilly dans le Chevalier des Touches, qui vieillissent avec leurs rêves épiques et impossibles de sociétés disparues, de sociétés qui n’ont peut-être même jamais existé que dans leur imagination,  et se retrouvent dans les salons de sous-préfectures endormies où l’on parle tard à voix basse, dans une atmosphère à la fois douillette, confortable comme un fauteuil Voltaire, et discrètement désespérée alors qu’on ressert un dernier cognac car il est déjà minuit.
pccJL

dimanche 19 mars 2017

Lucien Suel, total.

La soirée avec le dernier recueil de Lucien Suel, Ni Bruit, ni Fureur (La Table Ronde, 2017)
L'enfance, les paysages, le Nord, la mer, Bob Dylan, Bernanos, Wilhelm Reich, Roubaix et l'Artois, encore Bernanos, encore l'enfance, encore les paysages. Au commencement du recueil étaient Bernanos et l'esprit d'enfance, donc.  Et à la fin aussi.
Et puis le temps,  et puis les morts. 
Lucien Suel, paysagiste, coloriste, avec ses guirlandes de plages  belges et ses tombeaux, ses collines et ses jardins, ses tranches de lard qui grésillent et ses ossuaires, ses obituaires, ses litanies. Benoit Joseph Labre, son saint vagabond pour servir d'intercesseur à Kerouac ou à Nabokov, à Artaud ou à Rosa Luxemburg. 
Des filles blondes qui boivent des bières blanches à la brune.
Et l'on s'aperçoit tout d'un coup, l'air de rien, avec cette poésie pleine des mots de tous les jours,  cette poésie empreinte d'évidente humanité et d'une manière de courtoisie dans l'invitation à la lecture, qu'on est en présence d'un recueil circulaire, un recueil total auquel on peut revenir sans cesse, auquel on reviendra sans cesse.


vendredi 17 mars 2017

Un portrait de mézigue dans la revue Sang Froid.


Un très grand merci, oui, vraiment!

Kostro



"Je ne chante pas ce monde ni les autres astres
Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de ce monde et des astres
Je chante la joie d’errer et le plaisir d’en mourir."
 

Kostro, 17 mars 1916, Chemin des Dames

mercredi 15 mars 2017

encore le matin


Combien de femmes chantonnent
encore le matin dans ce pays
qui n’en est plus vraiment un
Tu n'es pas obligé de répondre
à la question c'est une question
très politique en fait de trouver
encore une femme qui chantonne
par la fenêtre d'une rue excentrée
dans un glacis pavillonnaire ou
les rayons d'un hypermarché
Tu sais qui chantonne sans raison
juste comme ça pour la douceur
d'être au monde Essaie quand même
de trouver de belles matineuses
dans des villes qui ne sont plus
des villes au temps du chômage
de masse et des pics de pollution
J'en ai entendu une tout à l'heure
et cela faisait tellement longtemps
que j'ai vraiment failli en pleurer
Tu n'es pas obligé de répondre
C'est une question très politique
les femmes qui chantonnent
qui chantonnent encore le matin.


©jérôme leroy 3/17

mardi 14 mars 2017

Pour un moratoire républicain

Le débat démocratique serait quand même plus sain et apaisé, on pourrait vraiment discuter du fond,  si on pouvait  au moins suspendre la liberté de la presse de ces enc...de journalistes ainsi que l'action de la justice (tenue par ces salopards rouges du syndicat de la magistrature) pendant une période de cinq ans, disons, entre deux élections présidentielles. 
Un genre de moratoire pour sauver la république, quoi. 
(Ci-dessus, François Fillon dans un costume offert par un ami devant son château de la Sarthe lors de son sixième quinquennat de victime des médias.)

lundi 13 mars 2017

Le travail des snipers


-Et alors, j’aime les pantalons rouges, dit Mareuil. Et les gilets tartan jaunes. Ce n’est pas pour qu’on me voie, enfin pas seulement, c’est surtout pour faciliter le travail des snipers !
Mareuil, de fait, était habillé ce jour-là d’une manière qui hésitait imperceptiblement entre le clownesque assumé et le dandysme d’un ivrogne solitaire, exilé dans des irlandes de fatigue où il lui aurait importé d’abord de se plaire à lui-même et, à l'occasion, de porter beau pour la dame du téléphone, à la poste, en sortant à droite du pub.
Il nous a paru évident que « faciliter le travail des snipers » était une métaphore jusqu'au moment où de petits cercles parfaits ont troué la baie vitrée du salon, où l’un de nous a tâté avec une surprise indignée sa pommette explosée avant de se rassoir sur le divan, mort, et que Mareuil a hurlé :
-Tous à terre, nom de Dieu !