mardi 30 août 2016

Last call for summer, 2

La vue, entre huit et dix-huit.
Penser soudain à ce titre, Une porte sur l'été de Robert Heinlein lu il y a une éternité.
Mais surtout à André Hardellet, dans Le seuil du jardin, auteur et livre de plus en plus chers à notre coeur:

"Puis, à un moment donné, il se trouvait à l'intérieur du jardin, bien qu'il n'ait jamais eu conscience du passage. Une paix surnaturelle l'entourait, un bonheur sans équivalent dans la veille. 
Ce sommet dans la joie annonçait la fin du rêve. De toutes ses forces, Masson s'accrochait à l'image du jardin désert mais celle-ci se défaisait inexorablement, par lambeaux, devant lui, en dérobant son énigme ensoleillée."

Last call for summer



Les plages de l'enfance, 28 août 2016

Marx se détend

Parfois, Marx, quand il était fatigué de parler de choses aussi essentielles que le burkini, se détendait en écrivant de petites variations amusantes sur les rapports entre le libre-échange et la misère. Des gamineries, quoi...

lundi 29 août 2016

52

Même en refermant les volets de la chambre de l'enfance, le temps continue à passer.

dimanche 28 août 2016

Sans retour de Matthew Klein: le capitalisme comme série noire.


Il y a deux manières de lire Sans retour  (Série Noire/Gallimard) de Matthew Klein,
 roman noir de facture parfaite qui a déjà le mérite de nous reposer un peu de la mode envahissante du « nature writing » qui gagne aussi la France et qui veut que la moindre 
histoire policière se déroule dans des décors grandioses et cruels, forcément cruels 
où des rednecks se massacrent à coup de pelle autour d’un mobile home entre deux 
lampées de ouisquie plus ou moins frelaté.
La première manière est de le lire comme la chute méthodique d’un homme ordinaire confronté à ses démons et la seconde de voir une critique au scalpel d’un certain capitalisme, l’auteur sachant de quoi il parle puisque Matthew Klein a longtemps été un de ces petits surdoués de la Silicon Valley qui ont créé quelques start-up aussi ingénieuses qu’inutiles où l’on invente des applis pour des smartphones et que l’on revend le tout à un géant de l’économie numérique avant qu’elles ne deviennent obsolètes.
Sans retour raconte l’histoire de Jimmy Thane, ancien cadre dirigeant qui a beaucoup trop bu, beaucoup trop joué et à l’occasion a tâté de la came, passant de son bureau climatisé où il bossait quinze heures par jours aux piaules sordides où on se pique à l’héro et où on fume du crack avec des prostituées maigres aux bras aussi troués que la mémoire. Un soir où sa femme n’était pas là, Jimmy, encore dans les vapes, a finalement laissé son fils de quatre ans se noyer dans la baignoire au lieu de le surveiller. Devenu tricard sur le marché de l’emploi, dévasté par le drame et enfin désintoxiqué, il retrouve une dernière chance en devenant une espèce de redresseur de boites en difficulté pour le compte d’un ancien copain de fac qui s’occupe des investissements d’un fond de capital risque.
Quand il arrive un lundi matin très tôt, sur un parking de Floride devant les locaux de Tao Software LLC, il ne va pas mettre longtemps à comprendre qu’il est face à une mission impossible. Il a sept semaines pour redresser cette entreprise où personne ne bosse plus vraiment, où les projets comme celui d’un logiciel de reconnaissance faciale, s’enlisent  faute de volonté et de compétence. Heureusement, sa femme l’a suivi. Elle est restée avec lui après la mort de leur enfant, ce que Jimmy trouve miraculeux mais ne comprend pas, d’autant plus qu’elle est étrangement distante.
Dans la plus pure tradition du roman noir, Jimmy, homme ordinaire va se retrouver assez vite confronté à des catastrophes en cascades et va peu à peu comprendre qu’on ne lui demande pas de sauver la boite mais plutôt de couvrir du blanchiment d’argent pour la compte de la maffia russe. On craint le pire pour lui d’autant plus que le roman s’est ouvert en prologue sur une scène de torture insoutenable dont on ne connaît pas les protagonistes.
Dans Sans retour si personne n’a l’air de ce qu’il est, y compris Jimmy, et que le lecteur, même habitué au polar, sera complètement surpris par le retournement final, il y a aussi un vrai plaisir à voir comment Matthew Klein peint la vie en entreprise aux Etats-Unis. Il faut lire la scène où se prépare entre Jimmy et un avocat spécialisé le plan de licenciement d’une partie du personnel. On apprendra ainsi, contrairement aux idées reçues, qu’il est plus compliqué de licencier aux USA qu’en France, et encore plus depuis la loi El Khomri. S’il n’y a pas de syndicats et de salariés protégés, il faudra par exemple éviter de licencier trop de Noirs, ou de quinquas, ou de femmes pour éviter les procès systématiques de recours collectif pour discrimination. Et on verra aussi que Jimmy Thane, malgré tout ses problèmes, y compris d’identité, a une certaine lucidité sur le système qu’il sert puisqu’il donne la meilleure définition qui soit des rapports sociaux dans une économie de marché : « S’il existait une bombe à neutrons capitaliste, une arme susceptible de désintégrer les salariés tout en préservant les brevets, les investisseurs n’hésiteraient pas à s’en servir maintenant, au milieu de cette sale de repos. »

Xavier Forneret: mes vacances chez les bouquinistes, 4

En naissant en Bourgogne au début du XIXème siècle, Xavier Forneret aurait dû se méfier. Ce terroir donne des vins délicieux qui fatiguent les reins, cernent les yeux et veloutent l’imaginaire.  À la longue, surtout quand on ne bouge pratiquement pas de son province, on finit par confondre le rêve, la réalité et les villes : Dijon, Beaune et Paris. On croit jouer du violon dans son cercueil et on s’habille en noir comme un dandy de la new-wave. A l’occasion, sans trop de succès, on écrit. Des contes, des pièces de théâtre, des aphorismes.  Les bourgeois se moquent de vous (rien ne change décidément), vous devenez franchement excentrique, vous avez des enfants naturels et, pour finir, vous mourrez en 1884, complètement ruiné, déjà définitivement oublié ou presque. Bref, vous êtes posthume de votre vivant, ce qui est un rare privilège.
Pourtant, Xavier Forneret connaît une résurrection à la fin des années 20, lorsque les surréalistes, ces inlassables chercheurs des métaux rares et de substances littéraires radioactives, redécouvrent l’écrivain. Ils laissent de côté son théâtre (désastreux, il est vrai), mais ils republient dans leurs revues ces pépites incandescentes que sont les maximes de Forneret. Des exemples ? « J’ai vu une boite aux lettres sur un cimetière », « Le sapin dont on fait les cercueils est un arbre toujours vert » ou encore « Oh, que c’est malheureux que la femme mange, même des fraises dans du lait. » Et c’est André Breton lui-même qui apportera la touche finale en donnant à Forneret une place de choix dans son Anthologie de l’humour noir, ce bréviaire des écrivains fantomatiques où se côtoient Charles Cros, Raymond Roussel, Jacques Rigaut, -l’homme du suicide à la boutonnière- et tant d’autres météores improbables.
À vrai dire, votre serviteur ne le connaissait que par ce biais, Forneret, et il nous avait échappé qu’il avait été édité au début des années 90 dans l’extraordinaire « Collection romantique » des éditions José Corti, collection qui nous a tant de fois prouvé que des petits maîtres étaient des en fait des génies mal pesés au trébuchet de l’histoire littéraire. On peut penser que Forneret en fait partie. Le texte des Contes et récits publiés dans cette édition l’ont été entre 1836 et 1860 chez des libraires de Dijon à des tirages infinitésimaux. A l’époque, le romantisme était à la mode et Forneret, impressionnable comme une plaque photographique, utilisait la panoplie règlementaire alors en vigueur : clairs de lune, amoureux sanglotants, poètes affamés et jeunes filles toujours agonisantes. Mais Forneret échappe à chaque instant, pour qui sait lire, à la simple imitation. Au contraire, il joue avec les codes de son temps de la manière la plus subversive qui soit comme aujourd’hui, par exemple, un Jean Echenoz joue avec les codes du roman d’espionnage.
Ce qui fascinera le lecteur curieux, avec Forneret, c’est l’espèce d’énergie électrique qui irradie son écriture, cette présence obsédante du rêve qui lui permet de transformer la vignette d’un roman pour faire pleurer Margot en un tableau inquiétant et déviant, digne d’Odilon Redon ou de Gustave Moreau. De même, ses fantaisies typographiques et ses paragraphes hachés inventent une nouvelle occupation de la page et créent ainsi un envoutement à la fois visuel et incantatoire.
Il est plaisant de voir comment Forneret, ce gentleman de la Côte d’Or, qui se serait rêvé notable, laisse constamment son inconscient tuer le monsieur Prud’homme en lui pour laisser place aux fantasmes qui sont aussi ceux, à la même époque, d’un Lautréamont. Et c’est pourquoi, Xavier Forneret, voyant et mage malgré lui, est de notre temps : il a compris, en s’effrayant lui-même, que la bonne littérature était un interminable dérapage contrôlé.


Contes et Récits de Xavier Forneret (José Corti,  5 euros, non massicoté, marché de Niort).
paru sur Causeur.fr

vendredi 26 août 2016

Fais où on te dit de faire.

L’image contient peut-être : 1 personne , costume et gros plan
Les départements coupent dans les dépenses sociales comme jamais
BURKINI
5000 emplois supprimés chez SFR d'ici la fin de l'année.
BURKINI
Vallourec à Déville-les-Rouen 180 licenciements
BURKINI
Un enfant sur trois ne part pas en vacances
BURKINI
Grève le 15 septembre contre la loi travail
BURKINI
ad lib...
Le patronat tient à remercier le partenariat salafistes/personnel politique/médias pour sa remarquable action contre la lutte des classes.

Yana Vagner, apocalypse russe


Si la vogue des romans post-apocalyptiques est une bonne nouvelle pour la littérature depuis La Route de Cormac McCarthy qui a fait sortir la fin du monde du divertissement inquiet des seuls amateurs de SF, elle l’est sans doute moins pour notre société et en dit assez long sur nos peurs très contemporaines : hyperterrorisme, catastrophes climatiques, totalitarisme assisté par ordinateur, on en passe et des pires.
L’impressionnant diptyque de la Russe Yana Vagner, constitué de Vongozero et du Lac (Editions Mirobole), imagine qu’un virus élimine avec une rapidité foudroyante la population de Moscou avant de gagner le reste du pays et, sans doute, du monde. En près de mille pages, nous suivons à travers le récit d’une unique narratrice, Anna, l’odyssée glacée et désespérée d’un groupe de fuyards vers un lac proche de la frontière finlandaise, Vongozero.
Sur cette trame relativement classique, l’auteur tisse pourtant un récit d’une grande finesse psychologique et d’un réalisme troublant. Sans doute parce qu’il y a ici à l’œuvre un redoutable procédé d’identification savamment orchestré par Yana Vagner. Anna nous ressemble comme nous ressemblent son mari et ses voisins qui vivent à quatre-vingts kilomètres de la capitale, dans une zone résidentielle composée de quelques confortables datchas au milieu de la forêt. Comme nous, rien ne les a préparés au chaos et leurs problèmes personnels plus ou moins dérisoires, leurs petites misères ont malgré tout du mal à céder le pas devant une catastrophe pourtant évidente. Yana Vagner a compris qu’il est difficile, sauf par pure convention « hollywoodienne », de croire que des périodes troublées transformeraient les uns en superhéros survivalistes et les autres en victimes désignées, que nos jalousies, nos envies, nos frustrations s’oublieraient avec les premiers cadavres sur une route enneigée ou les premiers militaires débandés et pillards qui arriveront, la nuit, devant la véranda.
Ainsi en est-il d’Anna, mère de Micha, un garçon de quinze ans, et récemment remariée avec Sergueï. Sergueï a laissé à Moscou une première femme, Irina, et un petit garçon. C’est à la fois un remord et une inquiétude pour Anna qui n’aime pas non plus particulièrement ses voisins et notamment Leonid, un nouveau riche, et sa femme Marina. Elle a plus de sympathie pour Boris, le père de Sergueï , un vieil original alcoolique, ancien universitaire, qui vit dans un village retiré où il passe son temps à se saouler avec des paysans. C’est pourtant avec ces gens-là, bon gré mal gré, et sous l’impulsion de Boris, qu’Anna devra accepter de partir à bord d’un convoi de quelques 4X4 chargés hâtivement de vivres, d’essence, de trois carabines et de vêtements chauds pour un refuge de chasse sur un lac, à quelques centaines de kilomètres. Quelques centaines de kilomètres qui vont se révéler un véritable calvaire en plein hiver russe alors que l’ensemble du système s’effondre et que la contamination semble suivre les personnages à la trace.
On pourra admirer, dans ces deux romans, la manière dont Yana Vagner rend compte d’une société russe qui finalement, mondialisation oblige, ressemble désormais beaucoup à la nôtre – malgré l’habitude de manger du saucisson au petit déjeuner -,  ou encore dont elle suggère, par petites touches, de loin en loin, ce qui rend le tout d’autant plus angoissant, la perte progressive de tous les repères sociaux et moraux sous l’effet d’une crise majeure.
Mais ce qui marque surtout ici, c’est l’épaisseur des personnages qui nous deviennent incroyablement proches sous le regard toujours inquiet d’une Anna vulnérable qui se demande pourquoi son mari, par exemple, a pris des risques énormes pour aller rechercher son ex-femme et son fils dans une Moscou en quarantaine,  agonisante et glacée. Au point que nous ne pouvons nous empêcher de nous demander en permanence comment nous, nous réagirions dans de telles circonstances, en subissant ce qu’ils subissent, et notamment dans le second volume, face à cette obsession terrible de la faim dans une survie misérable décrite sans concessions.
Long monologue intérieur aux allures de requiem, Vongozero et Le Lac sont une authentique découverte pour laquelle il faut remercier les jeunes éditions Mirobole qui ont pris tous les risques et qui ont bien fait.

Vongozero est déjà disponible en Pocket
(paru sur Causeur.fr) 

jeudi 25 août 2016

Macha ou l'évasion, c'est aujourd'hui...

...comme la Libération de Paris
Ecrivain signant un service presse avant de rejoindre sa section pour sauter sur Rakka

mardi 23 août 2016

Parfois, ça vaut le coup d'écrire.

Une lectrice de Macha ou l'évasion

lundi 22 août 2016

Macha ou l'évasion, J-4

De 14 ans à pas d'âge, Macha arrive le 25 août. Et elle n'est pas contente.

dimanche 21 août 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 67

"Rideau

Parfois la fatigue a la netteté
d'une carte d'état major, parfois
elle est floue, un fantôme
dans le brouillard.
Mais il n'y a pas de fantômes,
au milieu de cette nuit si ce n'est
ces joggers le long du parc
et des mots qui passent comme sonate,
notice, tisane, attendre.
Attendre dans un bar
ne coûte rien à part
l'effort de grignoter des choses salées
en buvant des douzaines de dés à coudre
de l'une ou l'autre boisson alcoolisée.
Attendre ne coûte rien
surtout si l'on n'attend personne,
ou un fantôme
et vivre alors c'est s'amuser
à compter les pattes d'une mouche en vol,
à défaut de les lui arracher
ou de se mettre soi-même, enfin, à voler."


Francis Dannemark, Dans les jardins mouillés (Cadex, 1995)



Fra

Voilà, voilà, voilà...

"Les idéologues français des années 1990-2010, fort occupés à dénoncer, le plus souvent après la bataille, les méfaits du communisme vaincu, ont oublié de voir ce que leur pays avait perdu avec le PCF. Une immense machine culturelle qui faisait vivre, dans les deux tiers laïques de la France, en milieu populaire, la foi dans le progrès, dans l’éducation, c’est-à-dire au fond le meilleur de la culture bourgeoise, sans oublier la confiance en l’universel et le refus de la xénophobie"
Emmanuel Todd, Qui est Charlie?


"La bourgeoisie réactionnaire a partout eu soin d'attiser les haines religieuses - et elle commence à le faire chez nous - pour attirer de ce côté l'attention des masses. (...)Nous lui opposerons dans tous les cas une propagande calme, ferme, patiente, qui se refuse à exciter des désaccords secondaires. "
Lénine, Socialisme et religion

samedi 20 août 2016

Modesty Blaise: mes vacances chez les bouquinistes, 3


On ne devrait jamais prêter ses livres, surtout quand on ne sait plus à qui. J’avais désespéré un jour de retrouver les trois aventures de Modesty Blaise, rééditées dans la mythique collection Grands détectives de 10/18 dirigée alors par le regretté Jean-Claude Zylberstein. D’autant plus que les couvertures étaient des reproductions des admirables « grands nus américains » de Tom Wesselman. Et les voilà, toutes les trois, dans les bacs de Gibert, à un euro pièce. Comment résister ?
On sait qu’une des spécialités de l’Angleterre étaient les espions, en littérature comme dans la vie. Ils ont pratiquement inventé le genre avec Conrad. Et grâce à James Bond et Ian Fleming, ils se sont persuadés qu’ils étaient toujours une grande nation après la deuxième guerre mondiale. Bien sûr, la chute du Mur de Berlin a changé la donne : le Smiley de John Le Carré doit mainteant faire les mots croisés du Times tandis que 007 coule une retraire heureuse en pêchant la truite dans les torrents du Devon.
Mais qu’est devenue Modesty Blaise ? Au milieu des années 60, Peter O’Donnell avait créé ce petit bout de femme blonde de 26 ans, agent occasionnel de l’Intelligence Service. Il faut relire ses aventures aujourd’hui en l’imaginant sous les traits de Monica Vitti, la sublimissime Monica Vitti qui joua son rôle dans le film de Losey en 1966. On goûtera dans les romans de O’Donnell tout le charme acidulé de cette Betty Boop de l’espionnage. Son état civil est trouble : apatride, elle avait déjà pris sa retraite après avoir fait fortune de manière parfaitement illégale, quand le Royaume-Uni fit appel à ses talents.
Bien sûr, elle incarne un idéal parfait d’humanité : elle est belle, elle maîtrise les arts martiaux et elle aime l’art moderne. Elle utilise de préférence le pistolet de calibre 32 et son mythique kongo, espèce de petite massue redoutable qu’elle cache tantôt dans son abondant chignon tantôt dans son sac à main. Aussi compétente que le commandant Bond, elle dispose néanmoins d’un atout supplémentaire qu’elle nomme elle-même « le coup du clouage ». Cela consiste à montrer ses seins à ses agresseurs qui marquent toujours un temps d’arrêt en contemplant le fascinant spectacle. De là à penser que les Femen ont lu Peter O’Donnell... En trois romans, Modesty a sillonné le(s) globe(s) et même un peu plus car l’auteur semble avoir une prédilection pour les pays imaginaires, les émirats improbables et les républiques hypothétiques.
Il est facile de mépriser le roman d’espionnage en repérant ses sempiternels ingrédients : exotisme, action, un peu de sexe et un soupçon de sadisme. On oublie simplement que peu d’auteurs ont su exactement doser le tout. Peter O’Donnell est de ceux-là. Aucun alibi intellectuel ne vient troubler chez lui le pur plaisir du romanesque. Un véritable savoir-faire est présent à chaque page dans l’humour et le rythme donnés à ces contes de fées sixties. Alors si vous voulez une femme pour l’été, emmenez-là avec vous. Mais attention, elle n’est pas facile et certains lui trouveront peut-être, malgré son sex-appeal, un défaut rédhibitoire : elle roule elle-même ses cigarettes.
Modesty Blaise, Modesty Blaise et l’homme-montagne, Modesty Blaise et les affreux
de Peter O’Donnell (10-18, Gibert, un euro pièce)

vendredi 19 août 2016

Wilhelm Reich 2017

Ecoute petit homme et ne t'en laisse plus compter.
Il faut installer des machines à orgone, partout. On éclairera les villes avec nos orgasmes et on sera beaucoup plus coule, vous verrez.

Le nouveau socialisme des imbéciles

Candidat identitaire, amoureux de la Phrance éternelle et de ses racines chrétiennes, qui pourfend l'islamogauchisme mais qui sait qu'un sou, c'est un sou.
Il ne devrait pas être très compliqué de dater le moment où l'identité est devenue le sujet central de la vie politique. On s'apercevrait sans trop de mal que cela correspond à une phase de crise aiguë du capitalisme. 
Consciemment ou pas, avec des idiots utiles comme relais intellectuels ou pas, il arrive à faire croire à un peuple pourtant cartésien que le problème de ces derniers jours, par exemple, c'est la tenue des femmes sur une plage, pas les enfants, 1 sur 3 dans un pays riche comme la France, qui ne la voient jamais, la plage. Il arrive à faire croire que ce qui a changé ou va changer leur mode de vie, les menacer, les tuer peut-être,  c'est une religion aussi agressive soit-elle dans sa forme intégriste, et pas les lois et les réformes régressives qui leur donnent toujours moins de droits dans le travail, la santé, les minima sociaux. 
Ce ne sont pas les barbus qui ont créé les centre villes interdits aux pauvres, les villages désertés, les zones commerciales qui défigurent l'entrée de toutes les villes françaises, les autoentrepreneurs, les working poors, les licenciements massifs, la désindustrialisation, les parachutes dorés, des pays entiers asservis par le FMI ou Bruxelles, les catastrophes écologiques, les accidents nucléaires, les vies changées en survie.
A la limite, ils en sont la conséquence. De même que Daesh est la conséquence des politiques néocons et prédatrices au Levant.
Alors, rester de gauche, ou même simplement rester républicain, va consister à ne pas confondre la cause et la conséquence, à tenter de faire comprendre aux gens qu'ils se trompent de colère et que pour reprendre une phrase jadis utilisée pour l'antisémitisme par August Bebel": "L'identitarisme, et son corollaire à la mode, l'islamophobie, sont le socialisme des imbéciles."

Bref, j'ai tout de même l'impression, avec quelques uns de mes camarades, qu'il y a beaucoup plus de mômes qui ne vont pas à la mer 80 ans après le Front Populaire que de femmes en burkini.Alors discutez tant que vous voulez des sujets imposés par la droite identitaire dure qui n'a rien à battre du social et dont la laïcité est un tout petit cache sexe pour un bon vieux racisme antiarabe mais ce sera sans nous. On a un autre calendrier, comme on dit de nos jours.
 

mardi 16 août 2016

Fin de saison

Les phrases que bientôt nous ne prononcerons plus
J'ai de l'argent dans le bermuda.
Je t'attends dans l'eau
T'as pas vu mon panama
C'est l'heure des papillons tu viens
Le retour du mini short c'est quand même pas mal
Tu crois qu'on est combien à lire Pirotte par ici
Ne t'endors pas au soleil
Elles sont tellement bonnes ces figues que ça devrait être un péché
N'écoute jamais rien en cinq lettres
Attends il y a encore un peu de soleil
Qu' est ce que tu fais Rien


8/16

lundi 15 août 2016

Koímêsis






Ce couple, assez hipster, si ce n'est le fichu sur la tête de la fille qui ressort de la Panaghia Katapoliani hier soir au milieu de la foule et qui te donne, tout naturellement, un morceau de pain béni, du vrai pain, pour rompre le jeûne puisque demain, c'est la Dormition de la Vierge et que c'est la fin de l'année dans le rite byzantin.
Ce matin, dans le Kastro, les fanfares, les cloches, les processions, les prières scandées, les jeunes femmes entraperçues qui embrassent les reliques dorées dans l'ombre des chapelles aux petits dômes bleus, entre deux terrasses, deux bougainvillées, les ruelles saturées d'encens et de pétales jaunes donnés aux passants.
Et puis, tout proche mais invisible depuis la ville blanche éblouie, ombreuse et tortueuse, toutes les demi-heures sur le port, le concert des sirènes de tous les bateaux.
Il y a quand même quelque chose de puissamment érotique, donc vrai, dans tout ça, dans cette journée orientale, chaude, qui va célébrer la montée heureuse au ciel de la mère d'un Dieu.

jeudi 11 août 2016

Edmund Cooper, mes vacances chez les bouquinistes, 2

 "Chers amis, ne vous imaginez pas que le Survivant a décidé de nous choquer. Cela peut paraître répugnant aujourd’hui, mais les hommes d’autrefois gaspillaient vraiment la plus grande partie de leur temps à travailler ! » Le survivant en question s’appelle John Markham et il est le héros de Pygmalion 2113, un roman du trop oublié Edmund Cooper, un de ces auteurs qui fit de la Grande-Bretagne une des terres d’élection de la SF apocalyptique des années 50 aux années 70 avec des noms aussi importants que John Brunner, J.G. Ballard, Brian Aldiss ou encore Michaël Moorcock.
Pygmalion 2113, dont on préfèrera le titre original, Deadly image, à la fois plus poétique, plus juste et beaucoup moins série B, est une dystopie ambiguë ou une utopie ratée de peu, et c’est ce qui en fait l’intérêt aujourd’hui. Il y a peu de place en effet désormais, dans la littérature d’anticipation ou les projections des futurologues divers, pour la nuance. On est soit dans la vénération post-humaniste qui permettra un homme augmenté, la foi prométhéenne béate dans le progrès technologique qui nous sortira des crises écologiques, soit dans l’angoisse apocalyptique de la fin du monde programmée ou, dans le meilleur des cas, dans une société condamnée à subir la dictature d’une caste d’hyper-riches régnant depuis des résidences sécurisées sur une foule de miséreux en proie à tous les maux de la terre.
Edmund Cooper, dans Pygmalion 2013, qui est écrit en 1958, imagine, guerre froide oblige, un conflit nucléaire généralisé qui se produit le jour de Noël 1967. John Markham, ingénieur chargé de superviser les dépôts souterrains frigorifiques de nourriture prévus en cas de guerre atomique,  est ainsi coincé en hibernation pour un bon siècle et demi.
Quand il est réanimé miraculeusement, il se retrouve dans le Londres du XXIIème siècle qui est une société à la fois malthusienne et hédoniste. On fait le moins d’enfants possible, la plupart naissant avec d’affreuses malformations. L’humanité est réduite à quelques centaines de milliers de personnes qui vivent dans le luxe et la liberté sexuelle la plus totale. Ils se livrent pour l’essentiel à la poésie, la peinture, la danse. La plupart des tâches ménagères mais aussi médicales, administratives et même politiques sont assurées par des androïdes et John Markham se voit offrir Marion-A qui, charmante attention, a les traits de sa femme défunte.
Tout le problème, évidemment, est que John Markham, qui porte d’ailleurs visiblement les propres valeurs de l’auteur, passe dans ce monde pour un psychorigide passéiste. On lui pardonne dans un premier temps parce qu’il est le vivant témoignage d’un passé barbare et les autorités ferment les yeux sur ses rencontres avec les Fugitifs, les derniers rebelles à ce meilleur des mondes. La surveillance et la répression sont évidemment tout en douceur, assurées par des androïdes psychiatres et des agents de la PsychoProp qui, quand vous allez vraiment trop mal – par exemple si vous montrez un attachement excessif à votre partenaire sexuel – vous reprogramment grâce à la sacro-sainte Analyse. Markham, lui, et c’est un des aspects les plus intéressants du livre, hésite longtemps avant de faire le choix de la dissidence. Les aspects choquants de ce monde ne sont-ils pas largement compensés si on songe au cauchemar dans lequel a fini le précédent ?
Pourtant, assez vite, il découvre que cette société a laissé de facto le pouvoir aux androïdes puisque même le Premier ministre du président de la République de Londres en est un. Ensuite, il ne peut s’empêcher, presque malgré lui, d’humaniser Marion-A, son androïde de compagnie, qui elle-même devient sensible à celui qui ne devrait être qu’un maître, maître qu’elle est par ailleurs chargée de surveiller.
Cooper saisit ainsi le moment clé où une société est sur le point de se laisser dominer, essentiellement par paresse, par lassitude de sa propre humanité, par la technologie qu’elle a elle-même mise en place. On croira ou pas à la révolte finale, il n’en demeure pas moins que les problèmes posés, celui du choix entre une liberté inégalitaire et dangereuse contre un bonheur pas si insoutenable que ça, demeurent.
Si Pygmalion 2113, ce qui arrive souvent aux romans de SF du passé, a vieilli, c’est essentiellement à cause de sa traduction quand par exemple on parle de « films d’amour passionnés » alors qu’il s’agit visiblement de pornographie. Mais pour le reste, on ne pourra que s’étonner de l’acuité d’une réflexion qui ne pèse jamais  sur une narration par ailleurs des plus efficaces.
Pygmalion 2113, d’Edmund Cooper (J’ai Lu, 1973, Vielle-Bourse, Lille)
paru sur Causeur.fr

mardi 9 août 2016

Un été avec Sam Hamill


"Enterrant nos morts, nous écrivons nos vies
à l’encre sympathique, le paysage défile
juste derrière la fenêtre, le lac perdu
de l’enfance est vite suivi des falaises de granit
du divorce, et avant que l’on s’en rende compte
il ne reste rien, sinon des photos
légèrement floues, une vague notation visuelle
liée aux vallées peintes par les Tamaracks
quelque part à l’ouest de Missoula
C’était en quelle année, bon dieu,
et « Tu-te-rappelles ? »
Est un jeu pour passer le temps."

Sam Hamill , Ce que l'eau sait (anthologie bilingue), extrait de "Destination zéro"  (Le temps des cerises)

De la poésie américaine, lyrique et engagée comme on aime. Mesurer aussi, au passage, la chance que la France soit un pays qui traduit autant la littérature étrangère, ce qu'on ne lui rend pas forcément ou pas avec cette curiosité.

lundi 8 août 2016

No Borders: riches, beaux et intelligents.

N'allez pas croire que je deviens anar ou gauchiste mais quand même, ce que je lis dans la presse ici et là sur les No Borders me laisse perplexe
1) Ce serait "des jeunes de bonne famille". Il est où le problème? Quand t'es de bonne famille, t'as juste le droit d'empêcher les homos de se marier, ou quoi?
2) Ils connaîtraient le droit "sur le bout des doigts." Il faudrait qu'ils s'excusent d'avoir été bons élèves et de ne pas mettre leurs compétences au service de l'optimisation fiscale de la boîte de leur papa ou de leur tonton?
3) Ils n'auraient "pas de chef" et "refuseraient de parler à la presse". Là, je reconnais, c'est hyperanxiogène pour le larbinat contemporain.
4) Ils "endoctrineraient les migrants". Bah au moins, ils ne vont pas leur dire de foncer dans la foule avec un camion ou une machette au nom d'Allah et de Daesh. Ils vont éventuellement leur conseiller de brûler des banques ou des agences d'intérim déjà prêtes à les employer comme esclaves. C'est tout de même plus constructif.
Bref, ce ne sont pas spécialement mes potes, les No Borders, (même si je préfère un jeune No Border à un jeune trader),  on pourrait par exemple leur reprocher de ne pas s'apercevoir que les capitaux circulent librement grâce à des mots d'ordre qui ressemblent aux leurs, mais si on pouvait éviter les arguments poujadisto-marcelinesques pour les discréditer, ça m'arrangerait. Je ne vais pas commencer à virer activiste à cinquante piges et mèche..

Sagan, mes vacances chez les bouquinistes, 1



Comme tous les auteurs ayant joui d’une grande faveur de leur vivant qui devait autant au public qu’à la critique moutonnière, Françoise Sagan est à la fois menacée par un danger posthume et par un malentendu.
Le danger posthume s’appelle l’oubli en trompe-l’œil mais l’oubli tout de même. On connaît votre nom, on ne vous lit plus. Vous n’avez même pas la possibilité de vous réfugier dans les manuels ou les travaux universitaires car on ne vous prend pas au sérieux. Sagan ? Vous n’y pensez pas ? Trop légère ! Panoplie littéraire ! Phénomène de foire ! Aucune profondeur ! Aucune remise en question du roman ! Parlez-nous plutôt de Duras ! Alors ça, oui ! Souffrance ! Parole oraculaire ! Faites-moi plutôt votre thèse sur Duras! L’alcoolisme chez Duras, tenez ! Sagan buvait aussi ? Mais ce n’est pas la même chose. Sagan buvait pour faire la fête, d’ailleurs elle boit du champagne et du whisky ! Légèreté insoutenable ! Tandis que Duras, c’est le gros rouge qui tache. L’alcoolisme coupable, honteux. Très bavard, en même temps, ce qui est toujours utile pour une étude universitaire… Alors oubliez Sagan ! Duras vous-dis-je !
Le malentendu sur Sagan découle de là. On n’imagine pas que Sagan soit autre chose que cette créature surdouée aux pieds nus surgie des fifties, le « charmant petit monstre » décelé par Mauriac. Et ensuite qu’elle vieillisse avec son public composé majoritairement de cette bourgeoisie des seventies, celle qui se tuait sur la départementale des Choses de la vie ou passait ses vacances à l’Hôtel de la Plage.
C’est oublier une règle fondamentale du succès pour les grands écrivains. Le succès est toujours un malentendu. Prenez Modiano, par exemple. Normalement, qui aurait dû s’intéresser à ces histoires où il ne se passe rien, ces errances dans des quartiers désertés, ces personnages qui se ressemblent tous ? Pas grand monde alors qu’on voit bien pourquoi Musso ou Levy, ça plaît. C’est fabriqué pour ça, en laboratoire. René Julliard, qui a lancé Sagan à 17 ans avec Bonjour tristesse, avait fait la même chose avec Minou Drouet à la même époque. Mais voilà, Sagan, ça a continué. Elle en était même la première étonnée. Et de cet étonnement, elle fait part dans Des bleus à l’âme.
Le livre paraît en 1972 aux éditions Flammarion. Sagan a 37 ans, une dizaine de titres derrière elle, qui sont autant de succès. Elle fait partie du paysage. Elle est bien à sa place, au premier rang, sur la photo de classe de la république des lettres. Alors, elle décide de déconstruire son mythe. La déconstruction, dans les années 70, c’est à la mode. On déconstruit les villes, le roman, la politique. On est après 68, il faut dire. Mais Sagan, dans Des bleus à l’âme va déconstruire avec ironie, humour, histoire de faire passer ses angoisses : « Attention à la gaieté. Je me méfie de cette douce euphorie qui, après un dur départ, saisit un écrivain au bout de deux ou trois chapitres et qui lui fait marmonner des choses comme : “Tiens, tiens, la mécanique s’est remise en marche !” -”Tiens, tiens, ça repart.”. Phrases modestes de mécanicien, certes, mais parfois suivies de : “Tiens, tiens, je ne serai pas obligé de me tuer.” (phrase plus lyrique mais parfois vraie.) C’est ainsi que déraille le créateur, se distinguant, par cette dissonance de ton, de ses camarades de classe, les autres humains. »
Il y a bien marqué roman sur la couverture mais c’est un roman si l’on veut. En fait, elle fait alterner les chapitres où elle parle d’elle, de son métier d’écrivain, de sa vie et les chapitres où elle raconte une histoire archétypique de son univers, qu’elle écrit sous nos yeux en la commentant sans cesse : un frère et une soeur qui vivent ensemble, aimables parasites mondains se promenant sur le fil du rasoir entre vacances à Saint-Trop chez les riches et misère dorée dans des appartements parisiens prêtés par des mécènes intéressés par ces corps encore jeunes qui savent en plus se montrer des compagnons idéaux dans les fêtes, les soirées, les après-midi de conversations au bord des piscines : « Oui, je sais : me voici retombée en pleine frivolité… Ce fameux petit monde saganesque où il n’y a pas de vrais problèmes. Eh bien oui. C’est que je commence à m’énerver, moi aussi, malgré mon infinie patience. »
Alors plutôt que de sombrer dans les grandes déclarations, Sagan fait le point, Sagan montre l’air de rien que sa « frivolité » aussi est politique. Savoir être subversive sans avoir l’air d’y toucher en racontant l’histoire de Sébastien et d’Eléonore et tant pis pour ceux qui ne voient pas qu’un écrivain se met toujours en danger, comme Pasolini dans les mêmes années. Elle joue constamment, dans Des bleus à l’âme avec l’image que lui ont collée les médias, même si on ne les appelait pas encore comme ça : « Non pas que cette image ne m’ait pas servie, mais j’ai quand même passé dix-huit ans cachée derrière des  Ferrari, des bouteilles de whisky, des ragots, des mariages, des divorces, bref ce que le public appelle la vie d’artiste. Et d’ailleurs, comment ne pas être reconnaissante à ce masque délicieux, un peu primaire, bien sûr, mais qui correspond chez moi à des goûts évidents : la vitesse, la mer, minuit, tout ce qui est éclatant, tout ce qui est noir, tout ce qui vous perd, et donc permet de vous trouver. Car on ne m’ôtera jamais de l’idée que c’est uniquement en se colletant aux extrêmes de soi-même, avec ses contradictions, ses goûts, ses dégoûts et ses fureurs que l’on peut comprendre un tout petit peu, oh je dis bien un tout petit peu, ce qu’est la vie. En tout cas, la mienne. »
Nous y voilà. Des bleus à l’âme est le livre où Sagan se révèle pour ce qu’elle est. Une de nos très grandes moralistes, qui prend la littérature au sérieux même si elle ne le montre pas parce qu’elle ne supporte pas les discours et les démonstrations, contrairement à Duras encore une fois. C’est cette politesse qui lui coûte cher aujourd’hui, sauf pour ceux qui savent lire et qui comprennent avec le temps que sa virtuosité — il faut voir l’habileté soyeuse avec laquelle est construite ce vrai-faux roman que sont Des bleus à l’âme —, n’est jamais de la facilité : juste du grand art.

Des bleus à l’âme, Françoise Sagan, Flammarion, 1972 (2 €, vide-greniers à Aubazine).

C'est aujourd'hui toujours.



"Mal refermée sans doute, la barrière se rouvrit alors toute seule et, quand elle fut complètement ouverte, une énorme bouffée de chaleur nous inonda, dans le chant des cigales.

L'éternité venait d'entrer dans le jardin. "


Alain Jouffroy, C'est aujourd'hui toujours

dimanche 7 août 2016

Laïcité: un goût de cendres

Je me souviens de la première fois que j'ai eu ce goût de cendres dans la bouche, reconnaissable entre tous, qui est celui de la défaite politique en rase campagne. C'était le 24 avril 1984, à Rouen et j'avais 19 ans. Il devait y en avoir d'autres, beaucoup d'autres par la suite mais c'est une autre histoire.
Je m'en souviens parfaitement parce que c'était la veille des écrits pour l'ENS. J'ai participé enfin d'après-midi à la dernière manif, bien clairsemée, du camp favorable à un grand service unifié et laïque pour l'Education. Le projet d'Alain Savary, le ministre de l'époque, avait mis des centaines de milliers de partisans de l'école privée et de l'enseignement catholique dans la rue et provoqué des polémiques pendant des mois, dans une de ces guerres civiles mimées qui sont une spécialité française depuis l'affaire Dreyfus. C'était un baroud d'honneur pour nous, évidemment, puisque le gouvernement Mauroy, déjà capitulard sur le plan économique lâchait Savary, compagnon de la Libération, de manière de plus en plus visible et que nous achèverions d'être balayés par la manif catho géante du 24 juin, qui fut un nouveau 30 mai 68 pour la droite.
Ce jour-là, et je me souviens encore de notre slogan, "La seule école libre, c'est l'école de la République", la laïcité avait perdu une bataille dont elle ne s'est toujours pas remise.
C'est pour cela que le vieux laïcard que je suis voit avec une certaine circonspection, et c'est un euphémisme, la laïcité résumée aujourd'hui à un combat contre l'islamisme, quand ce n'est pas contre l'islam. Il y a un péché originel, si je puis dire, de la droite à une partie non négligeable de la gauche. C'est d'avoir :
-soit déjà soutenu cette fois-là une revendication antilaïque, communautariste (même si on n'employait pas encore ce mot à l'époque), 
-soit d'y avoir cédé au nom de la paix civile, prétexte des plus fallacieux pour des gens qui n'ont pas peur pour cette même paix civile quand il s'agit de faire passer la loi El Khomri par exemple, malgré une résistance tout aussi impressionnante de l'ensemble de la société ou presque.
Et l'instrumentalisation étroite et intéressée de la laïcité qui voit aujourd'hui une Marion Marechal Le Pen ou un Robert Ménard pour ne citer que les cas les plus extrêmes s'en faire sans vergogne les défenseurs le matin alors que le soir, ils n'ont que les racines chrétiennes de la France à la bouche, cette instrumentalisation, donc, pourrait bien achever de la discréditer définitivement, en donnant le sentiment que la laïcité serait dans une géométrie variable qui pour le coup n'aurait plus rien de républicain.

mercredi 3 août 2016

...et toute la bande


Avoir presque les mêmes affinités électives que Thomas Vinau et si par hasard ce n'est pas le cas, c'est parce qu'on ne connait pas. Un guide idéal pour vous créer une bibliothèque de la mouise lyrique, de la scoumoune élevée aux rangs des beaux-arts, du traine-savatisme comme humanisme. Chacun pourra s'amuser à trouver des manques ( moi j'aurais bien vu Jean-Pierre Martinet dans la bande), la subjectivité ici est assumée en souriant et avec élégance. Et puis contribuer à faire circuler les noms d' André Laude, de Thierry Metz ou d'Hyvernaud suffit largement à légitimer l'entreprise chapeautée par mister Eric Poindron
C'est au Castor Astral. 

Lefkes


Un transat
des poèmes
de qui tu sais
des chats
des fleurs
et des citrons
On dirait bien que ça suffit.