samedi 30 juillet 2016

Ou encore.

"Rien avant la mer. Une table est face au monde. Comme un ultime point d'appui. Un ultime retranchement. Ou encore, un malaise grammatical."
Claude Royer-Journoud, L'amour dans les ruines. (Cent ans de poésie 1911-2011, Poésie/Gallimard)

vendredi 29 juillet 2016

La mémoire longue

Et puis merde, à la fin. Cette photo date d'une autre vie. On est en 92, peut-être 93. C'est la fin de l'année et je suis avec ma classe de troisième dans ma zep de Roubaix. La misère est réelle, sans concession. Si par hasard, en 2016, c'est devenu un territoire perdu de la république, comme on dit, ce n'est pas à cause de l'islam, radical ou pas. C'est à cause de la misère. Ce n'est pas une excuse? Tous les pauvres arabes ne finissent pas en égorgeurs? D'accord. Mais ne me prenez pas pour un con non plus en me faisant confondre la cause et la conséquence, la maladie et son symptôme. 
Coeur rouge, pour toujours.

mercredi 27 juillet 2016

Je vais te dire, Jérôme, j'aime bien les communistes


« Aragon il s’appelle l’auteur, Louis Aragon. Paraît qu’il est coco. Un membre du Parti communiste français, merde c’est pas rien. Important, on dit. Certains le disent ordure, mais moi je crois pas, on peut pas écrire ça si on l’est. Alors mo je m’incline, pauvre fille, et je dis merci que ça me fait pleurer ce qu’il écrit pour moi, rien que pour moi. Je fais des dévotions pour ce monsieur, et je dis pour lui : plusieurs vies, oui. Je vais te dire, Jérôme : j’aime bien les communistes. C’est des gens un peu mieux, un peu plus propres que nous, enfin c’est ce que je crois, moi. Je dis pour eux : qu’un jour la planète soit à vous. Qu’on entende les orchestres, car enfin, c’est des gens qui aiment les gens, non ? Enfin moi, c’est ce que je crois. Si j’avais pas été putain, j’aurais été communiste. »

Jérôme de Jean-Pierre Martinet

Gooooood morning, Beyrouth!

"Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d'un vert sombre, une nudité décente, sans poils, comme la leur ! (Il écoute les barrissements.) Leurs chants ont du charme, un peu âpre, mais un charme certain ! Si je pouvais faire comme eux. (Il essaye de les imiter.) Ahh, ahh, brr ! Non, ça n'est pas ça ! Essayons encore, plus fort ! Ahh, ahh, brr ! Non, non, ce n'est pas ça, que c'est faible, comme cela manque de vigueur ! Je n'arrive pas à barrir. Je hurle seulement. Ahh, ahh, brr ! Les hurlements ne sont pas des barrissements : Comme j'ai mauvaise conscience, j'aurais du les suivre à temps. Trop tard maintenant ! Hélas, je suis un monstre, je suis un monstre. Hélas, jamais je ne deviendrai rhinocéros, jamais, jamais ! Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J'ai trop honte ! (Il tourne le dos à la glace.) Comme je suis laid ! Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! (Il a un brusque sursaut.) Eh bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixées les têtes des rhinocéros, tout en criant) Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout ! Je ne capitule pas !"
 
Ionesco, Rhinocéros.

mardi 26 juillet 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 66


"D'après pas mal de gens, et puis d'après des statistiques, et puis d'après mes lectures, la prison contre les murs de laquelle je me cognais la tête tous les jours, c'était ce qu' on appelle, en général, la vie. Oui, c'est comme ça qu'on l'appelle, à ce qu'il paraît"
Jérôme de Jean-Pierre Martinet.

Propos comme ça, 38


L'été 2016: soit tu estimes que l' islamisme près de chez toi est surtout un facilitateur de passage à l'acte pour les psychotiques, soit tu décides qu'il s'agit d'une offensive concertée et d'un choc de civilisations. De la réponse majoritaire qui sera donnée à cette question dépendra ou non ma demande d'asile politique auprès de l'ambassade d'Alpha du Centaure.

Aucune mais vraiment aucune sympathie pour Cazeneuve, depuis la mort de Rémi Fraisse ou quand je se souviens de sa technique assez abjecte de maintien de l'ordre pendant le mouvement social. Mais comment dire, voir ce cryptofasciste d'Estrosi avec sa milice locale d'affidés dans une manoeuvre crapoteuse pour déstabiliser le PS et le pouvoir qui ont pourtant permis son élection aux Régionales, ça me rappelle la droite des films d'Yves Boisset, celle du SAC et des juges rouges assassinés.

Quelqu'un voudrait me rappeler les consignes de vote à gauche aux régionales PACA 2015 pour le deuxième tour? Que je rigole.

"Je crois en la victoire de l'amour." (Archevêque de Rouen / I-Télé)



samedi 23 juillet 2016

Macha ou l'évasion.

Dans un mois  et une ou deux poussières, elle arrive la petite dernière. De 14 ans à pas d'âge. Aimez-là comme je l'aime, s'il vous plaît. 

 

vendredi 22 juillet 2016

Il suffit en fait

Vous savez
je viens de comprendre 
comment ça marche
la Pentecôte 
et le don des langues
quand j'écoute 
les conversations 
des petites filles 
des adolescentes
des femmes 
sur une plage de Naxos 
où il n'y a que des Grecs 
car on est très loin 
dans le nord de l'île 
et que je saisis pourtant 
exactement 
de quoi il est question
Il suffit en fait
de regarder beaucoup 
et
de désirer un peu.

mercredi 20 juillet 2016

La répétition des massacres

J'entends ici et là une petite musique sur une "certaine gauche" qui serait plus prompte à condamner "le capitalisme que l'islamisme." Cette condamnation vient d'ailleurs aussi d'une certaine gauche dont on se demande pourquoi elle s'obstine à revendiquer l'appellation étant donné qu'elle n'a plus qu'un logiciel identitaire unique qui lui a même servi, lors du récent mouvement social, à vilipender la CGT mieux que ne le faisait la droite.
Cette petite musique n'a rien compris, comme d'habitude.  Ou fait semblant de. 
L'islamisme, dans toute son atrocité, est l'enfant monstrueux des politiques néocons et de la mondialisation capitaliste. Il est la réponse démente, mutante à l'horreur économique. Dire cela n'est excuser personne. 
C'est juste vouloir éviter la répétition des massacres.
En ce sens, et en ce sens seulement, il y a analogie entre l'islamisme et le nazisme: le capitalisme s'est très bien accommodé du nazisme hier comme il s'accommode très bien des dictatures sunnites que sont l'Arabie Saoudite et le Quatar, ces matrices de  Daesh, aujourd'hui.
Oui, je suis de cette "certaine" gauche pour qui la laïcité n'est pas le nouveau nom d'un racisme d'Etat mais l'espace neutre et indispensable créé par la République. 
Oui,  je suis de cette "certaine" gauche qui n'oublie pas la lutte des classes au profit d'un pseudo-choc des civilisations, cette nouvelle mouture du conflit nord-sud.  
Oui, je suis de cette "certaine" gauche qui ne veut pas confondre le symptôme et la cause. Il serait temps de parler de l'islamocapitalisme face à l'accusation disqualifiante et réitérée d'islamogauchisme, non?, puisque l'islamogauchisme commence apparemment avec le beau refus des députés communistes de voter la prolongation de l'état d'urgence.
Oui, je suis de cette "certaine" gauche qui constate avec le Marx de La contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel : "ll s'agit de faire le tableau de la sourde pression que toutes les sphères sociales font réciproquement peser les unes sur les autres, d'un désaccord général et veule, d'une étroitesse d'esprit aussi présomptueuse que mal renseignée, le tout placé dans un cadre de gouvernement qui vit de la conservation de toutes les insuffisances et n'est que l'insuffisance dans le gouvernement. Quel spectacle! La société se trouve divisée, jusqu'à l'infini, en races aussi variées que possible, qui s'affrontent avec de petites antipathies, une mauvaise conscience et une médiocrité brutales, et qui précisément à cause de leur situation réciproque et ambigüe, sont toutes, sans exception, bien qu'avec des formalités différentes, traitées par leurs maîtres comme des existences qu'on leur aurait concédées. Et dans ce fait d'être dominées, gouvernées, possédées, elles sont mêmes forcées de reconnaître et de confesser une concession du Ciel."
Oui, je suis de cette "certaine" gauche qui est la gauche, tout simplement.


mardi 19 juillet 2016

Agathopès

Agathopes

Tu te réveilles d'une sieste
sous les tamaris
Tu as rêvé et appris plein de choses
que tu oublies aussitôt
Il faut dire que l'adolescente qui passe
sur la plage
vient d'abolir d'un coup
vingt cinq ou trente siècles
C'est Ariane avant Naxos c'est une suivante
en Phéacie
avec un profil irréfutable
sur le bleu
Le bikini ne change rien ni le portable
à la main
Elle appelle une copine
en riant
et tout ça est beaucoup plus important
soudain
que tout ce que tu as oublié
dans ton rêve
sous les tamaris.

dimanche 17 juillet 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 65

"Lorsque son fils était devenu poète, le père de Valentine avait éprouvé une amère déception. Poète. Le mot l'avait frappé entre les deux yeux comme un tomahawk. Pour ce pétrolier de l'Oklahoma, poète n'était qu'un nom de code pour communiste/pédé/jean-foutre."


"Je vais essayer, répondit Lancaster. La poésie, c'est comme ...( il joignit le pouce et l'index comme s'il allait tirer la définition de la poésie du néant.) La poésie te remet en mémoire des vérités oubliées, mais déjà connues de toi. Un poème ne nous apprend pas quelque chose, il nous le montre. Il ne restitue pas une expérience, il est une expérience en soi.
-J'y comprends que dalle!
-Trouvons-nous des flingues et filons au Mexique, fit DelPrego. Allons voir les putes.
-Ouais, ça me paraît assez constructif, laissa tomber Lancaster.

Victor Gischler, The Pistol Poets.

jeudi 14 juillet 2016

Sauf si c'est eux qui écrivent les paroles

"Puis elle se retourna sur le ventre et, à un mouvement d'air qui agita les rideaux de la porte-fenêtre restée ouverte, je sentis quelque chose qui rôdait dans la pièce, autour de nous, et contre quoi je ne pouvais rien et n'avais sans doute jamais rien pu, depuis le début, même en venant ici."
Frédéric Berthet, Felicidad.
 

Une fois qu'on a compris qu'il est impossible d'échapper à Frédéric Berthet, finalement, les choses vont mieux. Le désastre en cours en deviendrait presque aimable. Et puis surtout, ça ne geint pas. Les vrais durs ne dansent pas, disait Norman Mailer. Sauf si c'est eux qui écrivent les paroles de la dernière chanson.

mardi 12 juillet 2016

Julien Coupat n'est plus un terroriste. Ah bon?




Bauer et Squarcini, circa 2009
Je ne sais pas s’il y a une justice de classe comme on disait jadis à gauche ou si au contraire la magistrature est noyautée par d’affreux juges rouges, ceux du syndicat de la magistrature déclenchant des réactions proprement pavloviennes dans certains milieux. Moi, j’aurais plutôt tendance à penser qu’un bon juge doit être comme un bon écrivain : quand l’un juge et que l’autre écrit, dans l’idéal, ils devraient ne plus avoir de sexe, d’âge, de religion, d’appartenance politique. Le contraire, par exemple, de ce qui se fait lors des comparutions immédiates, une roulette russe pour ceux qui se font prendre à la fin d’une manif ou d’une émeute : le même, à Lille, écopera d’un simple rappel à la loi tandis qu’à Marseille, il ressortira avec les bracelets aux poignets et de la prison ferme.
Mais, malgré tout, il arrive parfois qu’il y ait des épilogues réconfortants en matière de justice.
Dès novembre 2008 et dans les mois qui ont suivi, la rédaction de Causeur, bénie soit sa tolérance, nous a laissé à Bruno Maillé et à votre serviteur exprimer ce que nous pensions de l’affaire de Tarnac et de cette soi-disant conspiration terroriste anarcho-autonome qui avait vu les hommes cagoulés de la SDAT envahir le 11 novembre à l’aube un petit village corrézien du plateau de Millevaches pour y arrêter Julien Coupat, sa compagne Yldune Lévy ainsi qu’une vingtaine de personnes à Rouen et Paris.
La raison : le groupe « affinitaire » dont la principale activité était l’animation d’un restaurant coopératif, d’une épicerie et d’une bibliothèque, pour un village bien oublié, et ce au grand bonheur des habitants, s’apprêtait en fait, après le premier sabotage d’une ligne de TGV le 8 novembre, qui n’a à aucun moment mis en danger la vie des passagers, à passer à l’action armée. Rien que ça…
Dès le 15 novembre, Coupat et ses amis se retrouvaient incarcérés plusieurs mois dans le cadre des lois antiterroristes puis soumis à un contrôle judiciaire sévère. Peu à peu, les avocats ont démontré les insuffisances du dossier alors qu’apparaissait clairement que cette opération avait été montée de toutes pièces par Alain Bauer, conseiller sécurité auprès du président Sarkozy et aujourd’hui, tiens, tiens, auprès de Manuel Valls. Alain Bauer se fondait sur un livre, L’insurrection qui vient, publié quelques temps auparavant par la mouvance post-situ et qui connut un retentissement inespéré grâce à cette publicité d’Etat.
Bauer aurait trouvé dans ce texte la preuve par anticipation des actions que commettrait le groupe de Tarnac, affirmant sans que cela ne soit jamais démontré non plus, que Coupat était l’auteur du livre. On était en plein Minority report avec Bauer dans le rôle du précog arrêtant les coupables qui ne savaient pas qu’ils étaient coupables avant qu’ils ne le deviennent effectivement. Vous me suivez ?
On avait besoin sans doute du côté de Nicolas Sarkozy, de Michel Alliot-Marie et de Bernard Squarcini, chef de la toute nouvelle DCRI, d’un ennemi intérieur pour justifier un renforcement de ce qu’on a appelé parfois l’idéologie antiterroriste, c’est-à-dire la manière dont un état peut opportunément se servir d’évènements terroristes pour renforcer un arsenal législatif visant à une surveillance accrue de la population, et notamment ceux qui ont l’outrecuidance, par exemple, d’appartenir à un syndicat ou une association ou un mouvement politique un peu vigoureux.
D’années en années, le dossier s’est dégonflé, un juge d’instruction a été dessaisi et des policiers ont même été mis en examen pour faux en écriture. Bernard Squarcini, lui, poursuit désormais une carrière de consultant chez LVMH et semble à son tour connaître le bonheur des perquisitions, mais dont il est l’objet des affaires de corruption. On ne peut décidément plus faire confiance à personne…
Néanmoins, avec les années, l’accusation de terrorisme était maintenue et la pression demeurait, au point que certains ont cru voir la main de Coupat, ce Fantômas moderne, dans les actions des casseurs en fin des cortèges du récent mouvement social.
Mais voilà, le 28 juin, la cour d’Appel, après les juges, et à chaque fois contre les réquisitions du Parquet, a décidé que Julien Coupat et les derniers membres du groupe impliqués seraient jugés en correctionnelle pour le sabotage de novembre 2008 mais sans la qualification de terrorisme.
Ce n’est pas une mince victoire, après huit ans d’errements et d’acharnements. La cour d’Appel a sans doute estimé que le mot « terrorisme » pouvait difficilement s’agiter comme un chiffon rouge au nom de la raison d’Etat, afin de faire peur au bon peuple, depuis les massacres de janvier et novembre 2015. Qu’on ne soit pas des saints du côté de Tarnac, c’est indéniable. On pourrait d’ailleurs s’en réjouir. Ces jeunes gens ont quelque chose à nous dire que ça nous plaise ou non de l’entendre. Après tout, décider que cette société court à sa perte et éventuellement indiquer qu’ils ne sont pas prêts à aller à l’abattoir sans broncher par des actions spectaculaires ou même émeutières est une chose.
Frapper de manière aveugle la foule au nom de l’idéologie totalitaire de Daesh en est une autre. Et il devient difficile de confondre, sauf mauvaise foi délirante ou amalgames bassement politiciens dont le gouvernement ne s’est pas privé durant le mouvement social, les deux sous le même vocable de terrorisme. On parlera plutôt comme la juge d’instruction de « dégradation en réunion » et « association de malfaiteurs ». Ce n’est pas bien, si vous y tenez, mais pour le coup il n’y a ni terreur, ni mort d’homme malgré, comme le dit toujours la juge, le « rhétorique guerrière employée ». Voilà qui doit sonner désagréablement aux oreilles d’Alain Bauer, le Fouché des années 2010, qui sert tous les régimes et pour qui un texte polémique et pamphlétaire est en soi un acte terroriste au même titre que le mitraillage d’une terrasse de café.
Même le Parquet général qui représentait le dernier espoir des idéologues de l’antiterrorisme, a décidé que la farce avait assez duré : s’il a formé un pourvoi en cassation pour annuler la décision de la cour d’appel dès le 29 juin, il abandonne lui aussi la qualification de « terrorisme », contrairement à ce qu’il avait fait en août 2015. Un certain acharnement demeure, mais on sent bien que le cœur n’y est plus. Comme le remarquait Lundi Matin, un site proche de Tarnac : « En attendant le prochain épisode, notons qu’entre le moment de leur arrestation et leur éventuel procès, les prévenus auront connu trois présidents. »

Paru sur Causeur.fr

Une nation selon mon coeur

Le Portugal est une nation selon mon coeur: au moment même où il est heureux, il sait que c'est déjà du passé. Et il attend le retour du bonheur au coeur du bonheur, alors que le bonheur n'est même pas encore parti. 
C'est l'essence même de son invincible, élégante et reposante mélancolie. C'est pour cela qu'il a inventé deux oxymores éminemment poétiques: l'attente nostalgique avec le sébastianisme et le bonheur d'être triste avec la saudade.

On verra plus tard


S’il n’y avait pas juillet
la côte ouest et ses seins
surtout ses seins en fait
pour oublier la pluie
il finirait dans la chambre
douze de l’hôtel de la plage
par se poser la question
la seule qui vaille au fond
Est-ce que l’envie de mourir
lui vient d’un tempérament
mélancolique et de l’âge
ou de cette belle époque
si clairement dystopique
les deux sans doute les deux
Mais il y a juillet
la côte ouest et ses seins
la pluie qui s’est arrêtée
alors on verra plus tard


© jerome leroy 7/2016

vendredi 8 juillet 2016

Une manière de derby amoureux



On ne m'en voudra pas, pour des raisons sentimentales, latines, atlantiques, familiales, poétiques, politiques, de considérer la finale France-Portugal comme une manière de derby amoureux.
Não sou nada.
Nunca serei nada.
Não posso querer ser nada.
À parte isso, tenho em mim todos os sonhos do mundo.

jeudi 7 juillet 2016

Pour saluer l'été

La fille qui viendrait 
Serait la mer aussi, 
La mer parmi la terre. 

Le jour serait bonté, 
L' espace et nous complices. 

Nous apprendrions 
A ne pas toujours partir. 

Guillevic, Variations sur un jour d'été

Rechute

Michel Rocard était protestant. Heureusement, on a évité de peu le procès en béatification. La deuxième gauche, ou comment devenir la troisième ou quatrième droite en trente ans. Je t'en foutrai, moi des girondins autogestionnaires avec leur dialogue social dans un pays où il a toujours fallu, historiquement, mettre un flingue sur la tempe du patronat pour obtenir le moindre acquis social. 
Dire que j'avais quasiment arrêté Lénine et Robespierre, que je devenais tout doucement luxembourgiste, voire libertaire, voire anarcho-autonome comme disaient les têtes de noeuds la DCRI période Alliot-Marie-Squarcini-Alain-Bauer.  
Mais tous ces cons hagiographiques et unanimes me font replonger. 
Merdalor.

mardi 5 juillet 2016

O Φύλακας Άγγελος

L'ange gardien traduit en grec. C'est bien parfois d'être aimé par qui tu aimes depuis toujours.

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 64

 "Il vient un moment, ou après d'autres moments, presque tout le monde a envie de se reposer."
Henri Michaux, Un barbare en Asie

lundi 4 juillet 2016

Brexit: c'est dur d'être défendus par des branques

Bon, la principale leçon du Brexit, c'est que si on veut quitter ce cauchemar libéral que représente l'UE, il faut éviter de le faire avec des libéraux. 
Des libéraux qui sont lâches, boutiquiers, incompétents, alcooliques et franchement racistes. Je dis ça parce que quand même, le FN qui est un peu tout ça, est discrètement mais solidement en tête dans les sondages et que pour le reste Farage, Cameron et Johnson sont devenues des pubs vivantes pour Bruxelles, ce qui confine à l'exploit par les temps qui courent.

dimanche 3 juillet 2016

Je souhaite la victoire de l'Islande

Je souhaite la victoire de l'Islande contre la France en quarts de finale, dimanche. Je souhaite la victoire de l’Islande parce qu’elle est une petite nation et que les petites nations sont toujours des refuges quand les grandes commencent à se comporter comme des empires plus ou moins totalitaires ou à disparaître dans ces mêmes empires parce qu’elles sont trop fatiguées d’être des grandes nations. Comme la France, par exemple.

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que ce pays est peuplé de grandes blondes aux yeux bleus. Un peu comme les Flamandes des Hauts-de-France. A cette différence que l’Islande n’aurait jamais le mauvais goût d’appeler une de ses régions Hauts-de-France.
Je souhaite la victoire de l’Islande parce que l’Islande compte un nombre impressionnant d’écrivains pour 300 000 habitants. D’écrivains et manifestement de footballeurs. Ce qui signifie que les grandes blondes ne se contentent pas d’être des grandes blondes mais lisent pendant les six mois où il fait nuit. Une nuit de six mois avec une grande blonde qui lit des livres d’Arnaldur Indridason ou de Stefan Mani pour se reposer entre ses ébats, avouez que c’est un modèle de civilisation.
Je souhaite la victoire de l’Islande parce que l’Islande, contrairement à nous dans le Massif central, a des volcans en état de marche. On se souviendra avec délices de l’éruption de l’Eyjafjöll en mars 2010. Elle créa une véritable panique d’abord chez les journalistes parce que le nom du volcan était imprononçable et enfin dans la totalité de la sphère techno-marchande quand on s’est aperçu qu’un nuage de cendres invisibles dans l’atmosphère pouvait paralyser indéfiniment le transport aérien, donc l’activité économique, et nous ramener les pieds sur terre dans une grande leçon de modestie.
Je souhaite la victoire de l’Islande parce que l’Islande ne nous fatigue pas avec un quelconque Isxit. Là aussi, c’est imprononçable mais surtout l’Islande n’a aucune raison de sortir de l’UE puisqu’elle n’y est pas entrée et a même fait savoir en mars 2015 qu’elle retirait sa demande d’adhésion. Elle est très contente comme ça, l’Islande, avec son économie florissante et personne pour lui ordonner de respecter des équilibres budgétaires absurdes. Ce serait, un jour ou l’autre, condamner Reykjavik à finir comme Athènes.

Je souhaite la victoire de l’Islande parce que l’Islande est le dernier pays en date à avoir fait une révolution, une vraie, avec une assemblée constituante, après avoir chassé le gouvernement du pouvoir et envahi le parlement. C’était en 2008, on a appelé cela la révolution des casseroles et on en a assez peu entendu parler par chez nous car voilà un peuple qui donnait un très mauvais exemple : il refusait de rembourser la dette contractée par quelques-uns de ses banquiers qui avaient joué au casino de la spéculation et perdu la mise. Là-bas, on a préféré mettre les banquiers en prison plutôt que de demander aux gens d’éponger ad vitam aeternam, ce qui est plutôt la preuve d’un bon esprit.
Je souhaite la victoire de l’Islande parce que ce pays ne fait pas semblant de devoir respecter de « grands équilibres » en oubliant que c’est l’économie qui est au service de l’homme et non le contraire. Ce n’est pas un Islandais qui a dit ça, c’est le pape dans sa dernière encyclique.
Je souhaite la victoire de l’Islande parce que si son football n’est pas très académique ni très technique, il est au moins habité par le plaisir de jouer. Longtemps amateur, le foot islandais ne compte que cent professionnels. Apparemment, ça suffit. Il vaut mieux un commando motivé qu’une armée d’egos difficiles à manœuvrer. Vieil héritage viking où quelques drakkars ont suffi à redessiner la carte de l’Europe et donner un nom à une belle région française qui, dieu merci, n’en a pas changé, elle.
Je souhaite la victoire de l’Islande parce que je ne veux laisser aucun répit à ce gouvernement qui fait semblant de ne rien voir d’un mouvement social qui dure depuis des mois ou cherche à le discréditer. Désolé pour Deschamps, Griezmann, Lloris, Payet ou Pogba, mais un beau parcours dans cet Euro (pour l’instant, je vous rassure, vous êtes étonnamment crapoteux) permettrait une diversion inespérée façon panem et circenses pour ces sinistres figures si manifestement à bout de souffle.
Bref, comme le disait à peu près un président du Conseil de sinistre mémoire, je souhaite la victoire de l’Islande, parce que, sans elle, le hollandisme, demain, s’installerait partout.

paru sur Causeur.fr



vendredi 1 juillet 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 63

" -Les temps sont mauvais, Tommy.
-Quand les as-tu connus bons?
-Nous avons toujours eu de bons moments.
-Bien sûr, nous avons eu de bons moments dans toutes sortes de bons coins. Mais les temps n'étaient pas bons."
E.Hemingway, Iles à la dérive