mardi 27 décembre 2016

si elle savait qui était john clyn


je ne sais pas pourquoi je lui ai demandé
si elle savait qui était john clyn
à vrai dire je ne le savais pas moi-même
avant d’avoir lu en un monde parfait
de laura kasichke elle m’a dit que non mais
sans vraiment m’écouter je crois qu’elle s’en moquait
un peu elle voulait danser et boire et se faire voir
et oublier six ou huit mois d’écriture
c’était une bonne raison même si je me suis senti seul
mais oui c’est ce qu’elle voulait et pas autre chose

je ne sais pas pourquoi je lui ai demandé
si elle savait qui était john clyn
peut-être parce que j’avais lu le matin même
que la température de l’arctique était de
vingt degrés supérieure aux normales saisonnières
et que l’on sortait d’une semaine
de pic de pollution aux particules fines
et que j’aurais préféré la garder avec moi
plutôt que de la voir danser et boire
ou peut-être que j’étais vraiment inquiet

j’ai commandé un laphroaig je l’ai regardée danser
john clyn était le dernier moine survivant
de sa communauté au moment de la peste noire
en irlande il écrivait une chronique dont il était
persuadé qu’il n’y aurait plus personne pour la lire
j’attends parmi les morts que la mort survienne
voilà sa dernière phrase et si je pense à john clyn
c’est que je me demande à quoi ressemblera
le dernier poète et son dernier poème sans lecteur
et que j’aurais voulu que tu m’aides ce soir à faire

la part de l’héroïque et puis du dérisoire
et de l’amour bien sûr dans toute cette histoire.



©jérômeleroy12/16

3 commentaires:

  1. Moi aussi ça m'a fait flipper cette nouvelle des 20 degrés de plus que... dans l'Arctique. A midi, par la fenêtre de chez moi, je méditais sur la couche de merde grise posée au-dessus des toits, juste en-dessous du ciel bleu rempli d'avions qui montent ou qui se préparent à atterrir (Paris, pas loin de la Porte de Bagnolet, direction Roissy). Vachement plus bas d'année en année, les avions, soi-dit en passant, enfin, il me semble. Ensuite, je suis allée en bibli (encore gratuite, profitons-en), j'ai lu votre poème et en rentrant, sur le banc de l'arrêt de bus du boulevard Diderot, tandis que le Mac Do soufflait son haleine de frites pourries, je regardais grouiller les voitures et les gens en me disant qu'on était des milliards à faire ça, réchauffer l'Arctique de plus de 20 degrés... Gros soupir... Même humeur que la couche de merde grise. Bon, je crois que je vais aller m'en jeter un petit! F

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  2. Magnifique poème Jérôme, on se sent où on doit être quand on lit vos poèmes.

    A la vôtre Florence.

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  3. Cher Jérôme,

    Meilleurs vœux à vous. En attendant, quelques résolutions sportives de début d'année...
    http://giphy.com/gifs/loop-eternal-3o85xonfOvQzN3eCNG

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ouverture du feu en position défavorable