samedi 3 décembre 2016

Parfois la nuit arrive un peu vite


Parfois, la nuit arrive un peu vite.

Un gros roman réaliste du XIXème siècle est toujours consolant.

Elles t’auront fait mal mais elles n’auront pas fait exprès.

Ils ne comprennent rien, mais toi non plus. Il faudrait juste arriver à comprendre ensemble qu’on ne comprend rien, mais pas aux mêmes choses.

Je m’essouffle.

Faire la liste des mots intraduisibles en français ou, au mieux, par une périphrase : ils indiquent souvent la tristesse ou la désillusion : saudade, dor, spleen, desengagno. Parfois, une attitude d’orgueil, un sens de l’honneur : diom, pukhtu (merci DOA). Si vous en voyez d’autres, écrivez à la maison. On transmettra. S’interroger sur cette part manquante, cette déperdition, ce caractère irréductible qui serait propre à une nation, une culture.

Le désenchantement n’empêche pas de chanter. Au contraire.

S’apercevoir soudain qu’on ne chante plus sous la douche. Se demander depuis quand. Et pourquoi. C’est d’ailleurs une seule et même question.

Les récits de fin du monde ou post-apocalyptiques, comme on dit, me plaisent de plus en plus. Je crois qu’ils sont, paradoxalement, un moyen d’éviter la peur de la mort, ou plutôt du « je meurs » (Jankelevitch). Ce n’est pas une consolation, c’est juste que « nous mourons » semble plus humain.

Je croise le regard d’une  gamine lors d’une rencontre autour d’un roman jeunesse, et je me dis que tout ça vaut la peine d’être vécu. Je reprends le TGV juste après, j’entends parler des commerciaux pendant une heure de trajet et j’ai envie de mourir parce que j’ai oublié mon ipod.

Je ne crois pas assez à mon existence pour ne pas porter des Church’s.

Mes contemporains, en cette saison, s’appellent Héraclite et Brautigan, Apollinaire et Scutenaire, Michaux et Norge, Dickens et Debord, Nabokov et Pirotte. Penser à téléphoner à Rimbaud, Balzac, Proust, Perros, Scutenaire, Calet, Guérin. il y a un peu trop longtemps que l’on n’a pas discuté du temps qu’il fait.

J'en oublie surement. Je devrais avoir un agenda. Je n'ai qu'une bibliothèque. Mais ils ne m'en voudront pas. Les morts ont le temps.


-Do you speak english ?
-Yes, whisky !