dimanche 23 octobre 2016

N'est-ce pas camarade


Nous étions des hommes fragiles
et fatigués
pas de cette fragilité rêvée par
les magazines féminins
si veules qu’ils donneraient envie
d’oublier les femmes
Nous étions des hommes fragiles
et fatigués
avec des insomnies
des défaites idéologiques
des chagrins d’amour
ce qui revient au même n’est-ce pas
camarade
Nous étions des hommes fragiles
et fatigués
nos bibliothèques nos mélancolies
et les caméras de surveillance
parleraient contre nous
Nous étions des hommes fragiles
et fatigués
nos moments de grâce même
-te souvient-il de l’odeur de pluie
camarade
sur la peau d’Hélène près de Cork-
achevaient d’user le blindage
et les magazines féminins nous
recommandaient des mages viennois
avec la sollicitude des tueurs
pour nous mettre en conformité
Nous étions des hommes fragiles
et fatigués
à cause d’un défaut de fabrication
ou de ce goût d’être déçus qui nous
plaisait plus que tout
camarade
nous n’en savions rien
nous n’avions pas envie de rendre
des comptes et nous n’en avons pas
rendu n’est-ce pas
camarade
Nous étions des hommes fragiles
et fatigués
si fragiles
si fatigués.

© jéromeleroy10/16

2 commentaires:

  1. Magnifique comme toujours...


    Les tours jumelles

    Nous étions des loosers
    Magnifiques pourtant
    Des soldats sans armée
    Armés de presque rien
    Nous voulions presque tout
    Mais sans vraiment y croire
    Nous étions désarmés
    Et vivions de présent

    Nous étions des loosers
    Magnifiques pourtant
    Nous croyions au passé
    Mais seulement pour plus tard
    Nos pères brillaient pourtant
    Toujours inaccessibles

    Nous étions des loosers
    Magnifiques pourtant
    Dans les carcasses des villes
    Où brûlaient nos banlieues
    La fumée de leurs pneus
    recouvrait l’horizon
    d’amours maladives

    Mais nous aimions pourtant
    Chacun cherchant chacune
    Entre des bandaisons et des cunnilingus
    Et dans ces amours floues
    Se reflétait parfois
    La fin des illusions

    Nous étions des loosers
    Magnifiques pourtant
    Nous allions cheminant
    Entre deux bières molles
    Et les restos du cœur

    Nous étions des corbeaux
    Prisonniers de nos villes
    Qui vivions de chansons et d’envie de fumée
    Nous habitions pourtant
    Un monde imprévisible
    Où le passé surgit
    Au détour d’un suicide


    Nous étions des loosers
    Magnifiques pourtant
    Ces années à la con
    Où les tours jumelaient
    Jusqu’aux pointes de ses seins
    Et en bas de ses reins
    Moi j’y trouvais souvent
    Le meilleur et le pire

    Ici que j'erectionne
    Que je pointe une tour
    Elle vacillera pourtant
    Lorsque votre langue mon amour
    Aura tracé
    Toutes les courbes de mon niveau
    Et toi mon ange même si je t’ai déchue
    Sache que rien n’effacera le souvenir de mes hommages
    Pour plonger dans ce temps, il suffit d‘acheter une de ces petites revues pour adolescents aux sublimes images, parfois naïves, mais qui ramenaient l’esprit à des considérations lointaines et parfois encraient les corps de femmes d’une allure de pêcher.

    De ces lointains d’alors, moi j’évoque ton cul, tes seins et même ta bouche
    Et les tours s’enflammaient à la télévision
    Images d’images d’images
    Et lorsque je tremblais
    Peut-être un peu de honte
    D’imaginer ces gens
    Que parfois j’ai honnis
    Brûler dans un bûcher
    Avec nos vanités

    Nous étions des loosers
    Magnifiques sûrement
    Entre nos pelleteuses, nos musée d’art moderne,
    Nos bagnoles
    Et
    Nos odeurs de frites.


    Janvier/ mars 2007

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