dimanche 7 août 2016

Laïcité: un goût de cendres

Je me souviens de la première fois que j'ai eu ce goût de cendres dans la bouche, reconnaissable entre tous, qui est celui de la défaite politique en rase campagne. C'était le 24 avril 1984, à Rouen et j'avais 19 ans. Il devait y en avoir d'autres, beaucoup d'autres par la suite mais c'est une autre histoire.
Je m'en souviens parfaitement parce que c'était la veille des écrits pour l'ENS. J'ai participé enfin d'après-midi à la dernière manif, bien clairsemée, du camp favorable à un grand service unifié et laïque pour l'Education. Le projet d'Alain Savary, le ministre de l'époque, avait mis des centaines de milliers de partisans de l'école privée et de l'enseignement catholique dans la rue et provoqué des polémiques pendant des mois, dans une de ces guerres civiles mimées qui sont une spécialité française depuis l'affaire Dreyfus. C'était un baroud d'honneur pour nous, évidemment, puisque le gouvernement Mauroy, déjà capitulard sur le plan économique lâchait Savary, compagnon de la Libération, de manière de plus en plus visible et que nous achèverions d'être balayés par la manif catho géante du 24 juin, qui fut un nouveau 30 mai 68 pour la droite.
Ce jour-là, et je me souviens encore de notre slogan, "La seule école libre, c'est l'école de la République", la laïcité avait perdu une bataille dont elle ne s'est toujours pas remise.
C'est pour cela que le vieux laïcard que je suis voit avec une certaine circonspection, et c'est un euphémisme, la laïcité résumée aujourd'hui à un combat contre l'islamisme, quand ce n'est pas contre l'islam. Il y a un péché originel, si je puis dire, de la droite à une partie non négligeable de la gauche. C'est d'avoir :
-soit déjà soutenu cette fois-là une revendication antilaïque, communautariste (même si on n'employait pas encore ce mot à l'époque), 
-soit d'y avoir cédé au nom de la paix civile, prétexte des plus fallacieux pour des gens qui n'ont pas peur pour cette même paix civile quand il s'agit de faire passer la loi El Khomri par exemple, malgré une résistance tout aussi impressionnante de l'ensemble de la société ou presque.
Et l'instrumentalisation étroite et intéressée de la laïcité qui voit aujourd'hui une Marion Marechal Le Pen ou un Robert Ménard pour ne citer que les cas les plus extrêmes s'en faire sans vergogne les défenseurs le matin alors que le soir, ils n'ont que les racines chrétiennes de la France à la bouche, cette instrumentalisation, donc, pourrait bien achever de la discréditer définitivement, en donnant le sentiment que la laïcité serait dans une géométrie variable qui pour le coup n'aurait plus rien de républicain.

8 commentaires:

  1. Mais bien sûr, pas un mot sur le burkini, les piscines privatisées et toutes les tentatives d'entorses commises jour après jour, pas il y a 32 ans, mais en ce moment.
    Votre géométrie est donc aussi variable que celle de ceux que vous avez raison de dénoncer, comme les fachos de l'extrême-droite, et ça décrédibilise tout votre discours, comme le leur.
    Mettre sur le même plan, les cathos et les islamistes, c'est juste de la mauvaise foi et dire que quand on combat l'islamisme on est contre tout l'islam, à la limite de l'insulte à ses victimes.

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  2. En même temps la laïcité ne saurait se ramener à une stricte question scolaire comme cela a été trop longtemps le cas.
    La laïcité est inscrite dans notre Constitution. C'est la République qui est une, indivisible et laïque.

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  3. Cher Jérôme, étant moi même de culture très antilaïcarde, j'ai bien du mal à comprendre votre billet. En particulier, je ne vois pas en quoi l'existence d'écoles privés sous contrat (écoles majoritairement catholiques mais aussi juives, musulmanes ou athées) contreviendrait à la loi de 1905 qui dit simplement que "La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". Pour moi, la laïcité se résume à cela et doit en outre garantir la liberté de conscience et la liberté de culte.
    Amitiés biarottes.

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    1. Cher Matthieu,
      Cela nécessiterait un long débat in vivo. J'ai juste voulu inverser la perspective dans les quelques remarques ci-dessus et me souvenir de l'époque, qui s'est terminée en 1984, où la laïcité n'était pas seulement une organisation des rapports entre l'état et la religion à travers des espaces neutres, mais un vrai projet de société, émancipateur. On en n'a pas voulu, c'est une chose. Mais j'ai un peu de mal à la voir aujourd'hui instrumentalisée par ceux qui ont repoussé ce projet de 1984 uniquement pour leur croisade antiarabe personnelles.
      Amitiés hellènes et à bientôt pour en parler. hélas, pas à la Braderie de Lille.

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  4. écoles privées, pas privés...même pas capable d'écrire correctement après 20 ans chez les curés !

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  5. Un long débat in vivo et in vino !
    Portez vous bien.
    M.

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  6. En tout cas la photo qui accompagne l'article sur Causeur est très... causante :)

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ouverture du feu en position défavorable