dimanche 5 juin 2016

Retour d'Aubusson


Avant de retourner dans le Gers, ce soir à Lille, se souvenir de la 10ème édition des Nuits Noires d'Aubusson, des rencontres sur cinq jours avec des centaines de collégiens et de lycéens venant d'un peu partout dans le Limousin pour lire, écrire, remettre des prix en compagnie d'une vingtaine d'écrivains qui sont réunis là par ce qu'on pourrait qualifier, dans d'autres aimables conjurations que l'on peut trouver non loin, du côté de T., de logique affinitaire.
Malgré une pluie souvent diluvienne sur la petite ville grise, ce fut joyeux, libre comme dans une utopie concrète, une zone d'autonomie temporaire qui pourrait servir de modèle à la société telle qu'on la voudrait puisqu'on y a créé, joué,  transmis de manière égalitaire et, me semble-t-il, assez émancipatrice. 
Pour le reste, on a beaucoup ri ce qui prouve bien que l'on était libres puisque la tristesse est le symptôme le plus évident de la tyrannie selon un opticien judéo-portugais réfugié aux Pays-Bas, et devenu célèbre pour avoir un peu touché à la philosophie. Et ce,  notamment dans la grande salle de la maison d'hôte, ancienne manufacture de tapisserie, où l'on se réunissait autour du bourgueil naturel alors que le reste du pays sombrait dans le chaos climatique et que le mouvement social se poursuivait courageusement. 
Remarquons d'ailleurs qu'une sorte de grâce suffisante doit infuser tous ces écrivains venus de partout (et qui font habituellement de très mauvais clients dans les micros-trottoirs de ce dysneyland préfasciste qui nous sert d'information car ils sont toujours du côté des grévistes): aucun d'entre eux malgré les inondations, les trains supprimés, changés, désorientés, les routes coupées, ne s'est égaré en route alors que ça venait de Toulouse, Marseille, Paris, Tarbes, l'Ardèche, enfin bref de tout le vieux pays et qu'Aubusson bien que ce soit le centre du monde,  est tout de même particulièrement enclavé, ce qui fait aussi son charme d'ailleurs.