samedi 25 juin 2016

Brexit: il faut toujours écouter les chanteuses aux pieds nus




Quand le Monde daté de samedi 25 titre en gros caractères dramatiques "Le Royaume-Uni quitte l'Europe", c'est évidemment un titre idéologique. A moins de bouleverser la tectonique des plaques, on ne voit pas comment les îles britanniques  pourraient ne plus appartenir à l'Europe. A l'Union Européenne, c'est autre chose. Mais dans ce cas-là, quand on est honnête, quand on est un quotidien de référence, on écrit "Le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne". Car dieu merci, l'Europe, ce n'est pas l'Union Européenne, ce machin englué dans une technocratie mise au service exclusif d'un marché de plus en plus déréglementé et d'un abaissement sans précédent des protections sociales.
Chacun lira comme il voudra cette rupture. 
Les habituels thuriféraires de l'identité parleront de la peur de l'immigration et leur obsession de l'islamisme ne sera jamais bien loin. C’est le malheur des grilles de lecture unique. Faut-il leur rappeler que la xénophobie, pourtant, quand elle a été une des motivations des brexiters, s'est adressée beaucoup plus au plombier polonais qu'au Pakistanais du Commonwealth même avec mosquée qui a toujours fait partie de la famille même élargie. Pakistanais qui a d'ailleurs, comme tous les pauvres, majoritairement voté pour partir...
Les souverainistes insisteront, et ils auront déjà davantage raison, sur un réflexe assez simple, que l'on ne peut pas sans mauvaise fois béhachélienne qualifier de nationaliste, qui est le besoin  irrépressible et le droit des peuples à pouvoir disposer d'eux-mêmes. Peut-être assiste-t-on d'ailleurs avec le Brexit à une réplique de l'affaire grecque de l'année dernière? Peut-être que le sujet de sa Gracieuse Majesté, quand il a vu de quoi était capable un Juncker, un Schauble, un Martin Schulz pour mettre à genoux une nation indépendante et la faire rentrer dans les clous par un vrai putsch économique avant de se payer sur les dépouilles de la bête totalement privatisée, peut-être s'est-il dit que finalement, il valait mieux sortir de l'orbite de ce totalitarisme soft et discrètement asphyxiant?
Pour notre part, on pensera que les brexiters ont sans doute aussi voté pour des raisons toutes bêtes de ras-le-bol de l'austérité, de dégoût devant la perspective d'une vie misérable et sans plaisir, comme un peu partout en Europe où l'on se trompe de colère en croyant que l'extrême droite serait la solution.  La sauvagerie libérale a en effet été particulièrement poussée loin et depuis longtemps chez les Britanniques que Thatcher a transformés en rats de laboratoire de la révolution néoconservatrice dès la fin des années 70. Cela a donné naissance à  cette  merveilleuse société sans chômage que nous vantent sans rire les journalistes mais qui est surtout celle des working poors des films de Ken Loach ou des Dépossédés de Robert McLiam Wilson, working poors que deviendront aussi les Français au bout de trois ou quatre lois El Khomri ou en cas d’application effective du programmes des candidats LR.
Il y a des chances, hélas, que le prolo anglais, qui a préféré le grand large pour retrouver, même sans formuler clairement l’enjeu,  la voie du progrès social et du welfare state, ait quelques déconvenues avec des  hommes du calibre de Nigel Farage, ultralibéral bon teint derrière son patriotisme clinquant. Le pauvre vote pour retrouver la sécurité mais il part avec cette partie des élites pour qui l’UE représentait encore trop de normes, trop de garantie pour le monde du travail. C’est dire l’ampleur du malentendu.
Mais bon, néanmoins, le message est clair. 
Un peuple vient de dire à Bruxelles, malgré les hallucinantes pressions politico-médiatiques qu'il a subies, faisant alterner les visons d'apocalypse et les menaces explicites : "Je ne t'appartiens pas".
Oui, mais voilà, l'UE, les marchés, les médias ont oublié cette règle pourtant simple: il faut toujours écouter les chanteuses aux pieds nus.


Jérôme Leroy

6 commentaires:

  1. Et l'on s'étonnera aussi que les écossais et nord irlandais ont massivement voté pour le maintien dans l'union européenne quoique nationalistes.
    Ce brexit n'a l'air que d'un englxit.

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  2. "La sauvagerie libérale a en effet été particulièrement poussée loin et depuis longtemps chez les Britanniques que Thatcher a transformés en rats de laboratoire de la révolution néoconservatrice dès la fin des années 70."
    Certes, mais Thatcher a été réélu plusieurs fois sans débander par ce même peuple à qui elle supprimait le welfare state.
    De même Cameron a été confortablement réélu et aurait coulé des jours tranquilles s'il ne s'était pas lancé dans cette histoire de référendum...
    Cette politique dont ils sont victimes, les anglais l'ont voulue...

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  3. Dans l'Union européenne, les politiques économiques et sociales restent du ressort des États. Si, au Royaume-Uni, une distance croissante sépare des zones prospères et ouvertes au monde, pro-européennes d'un côté, notamment l'agglomération de Londres et l'Écosse, et, de l'autre, les régions moins favorisées, la responsabilité en incombe essentiellement aux gouvernements britanniques successifs. Depuis des années, le fossé entre la ville de Londres, ses prix immobiliers élevés, ses golden boys surpayés, et le reste du pays saute aux yeux. L'indifférence aux inégalités, l'aveuglement devant le désarroi des ouvriers des anciens bassins industriels et même d'une partie des classes moyennes, n'est pas imputable à l'Union européenne seulement. Au contraire, son maigre budget comporte des fonds de cohésion qui ont grandement bénéficié au Pays de Galles par exemple. Le Royaume-Uni n'étant même pas dans la zone euro, il serait hardi de faire porter le chapeau à Bruxelles et Francfort. Les politiques de restrictions budgétaires ont été décidées à Westminster et c'est Tony Blair qui a misé sur l'arrivée massive de migrants intra-européens pour baisser le coût de la main d'œuvre.
    Voilà la vérité. Le reste est propagande.
    Dans ce scrutin, une partie du peuple britannique a crié sa détresse. Malheureusement, la sortie de l'UE n'est pas une garantie de progrès, c'est un saut dans l'inconnu. À cet égard, la légèreté de ceux qui ont fait voter Leave pour récupérer le pouvoir est stupéfiante. La seule consolation des mécontents sera sans doute le départ de David Cameron, mais le prix à payer est sans aucun doute disproportionné. Un désaccord interne appelait une solution domestique et non la prise en otage des partenaires européens.

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    1. "Dans l'UE les politiques économiques et sociales restent du ressort des Etats"...oui, on a vu ça pour la Grèce!

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  4. L'UE adore les régionalismes, cela permet de détruite un peu plus vite les peuples en ayant un alibi tout trouvé

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  5. Le Brexit c'est du régionalisme? C'est dans l'intérêt de l'UE que les pays la quittent?

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ouverture du feu en position défavorable