dimanche 15 mai 2016

Verdun: la vie est compliquée. La mort, moins.


La vie est compliquée. L'odieux rappeur, forcément odieux, Black M a symbolisé bien autre chose, sauf chez mon ami Régis de Castelnau sincère comme toujours, qu'une sainte indignation pour offense à la mémoire de la Phrance mais un banal racisme soft pour un nègre (qui par ailleurs me gonfle).
Il se trouve qu'un de ses ancêtres, à monsieur M, a fait partie de ces tirailleurs sénégalais, troupes de choc héroïques, présentes à Verdun comme sur tous les fronts de la boucherie mais sans la citoyenneté française ni avant ni pendant ni après. Pas de pot, hein, les fachos?
Je la trouve quand même bien sourcilleuse, l'extrême droite avec la sainte mémoire des Poilus. Parce que la guerre d'après, la majorité de cette famille indignée préférait Hitler au Front Populaire. Alors l'amour de la patrie, chez eux, faudrait voir à pas me jouer du pipeau non plus.
Le respect des morts aurait voulu qu'on évite la maladresse qui consiste à inviter monsieur M. Mais elle aurait aussi voulu que la récup cryptopétainiste soit renvoyée à ce quelle est: des salopards qui font feu de tout bois pour attiser les haines communautaires mais qui n'aiment pas la patrie puisque la patrie, têtes de morts, c'est une invention de la Révolution Française.
Et pour ceux qui auraient envie de me chercher des poux, j'ai fait mon service militaire, j'ai fait une PMS mais le jour où comme Aragon (belle guerre de 14, Aragon...), j'ai envie de dire que "je conchie l'armée française dans sa totalité", je le dis. Et les pieds plats réformés de Saint-Nicolas du Chardonnet, c'est quand ils veulent
Il n'y a pas d'amour de la patrie, il n'y a que des preuves d'amour. Donc ce poème de mézigue paru dans Un dernier verre en Atlantide (Table Ronde, 2010)
11 novembre
Il faut aller à Ypres
Il faut essayer de nommer les morts tous les morts
Il faut réchauffer les morts de dix-huit ans
Il faut réchauffer mon arrière-grand-père qui n'a jamais eu mon age
Il faut lire les plaques les croix et nommer encore nommer
Il faut croiser les centenaires avec l'accent écossais et le coquelicot en papier à la boutonnière
Il faut se promener à Vimy  sur la crête au dessus du bassin minier dans la brume bleue et dorée
Un arbre pour un mort une forêt un mémorial immense et les noms les noms gravés encore les noms les noms des morts
Il faut que les larmes montent aux yeux pour la dernière relève
Nommer pour réchauffer nommer dans le bleu et l'or du ciel d'Artois du ciel des Flandres
Nommer les morts tous les morts.