jeudi 5 mai 2016

La stratégie de la tension.

Fonctionnaires de police défendant les acquis sociaux
On pourra lire ici cet entretien donné à l' Huma  par Alexandre Langlois, gardien de la paix au renseignement territorial, secrétaire général de la CGT police, qui dénonce une volonté délibérée de « dégoûter les manifestants » et qui affirme "que tout est mis en place pour que ça dégénère."
Et ce n'est pas une feuille gauchiste, quoi qu'on pense de l'Huma, qui le dit ni un manifestant, ni un casseur, ni un "sociologue qui explique donc excuse". 
C'est un flic. 
Mais vous verrez que ça ne suffira pas. Le story telling mis en place par le pouvoir et la quasi totalité des médias, c'est celui de la minorité ultra violente contre un gentil maintien de l'ordre. 
Sauf que. 
Sauf que la police est ce qu'en fait l'Etat. Et l'Etat a décidé tout simplement de mater le mouvement social par la force comme il mate les banlieues avec les unités de la BAC qui comme par hasard apparaissent désormais en marge des cortèges avec des méthodes que connaissent trop bien les jeunes suburbains à peau bronzée ou noire.
Sauf que le degré de violence d'une manifestation est aussi, surtout,  fixé par la police sur le terrain, qui obéit à une hiérarchie, qui elle-même obéit à un pouvoir politique. 
On intervient ou on laisse faire en encadrant de loin et en procédant à des contrôles en amont, bien en amont?  
On coupe en deux un cortège ou pas? Et à quel endroit de l'itinéraire? 
On monte une souricière, comme je l'ai vu sur l'Ile de Nantes ou pas? 
On utilise des lacrymos et des tonfas ou on passe directement aux flashballs et aux grenades de désencerclement? 
On gaze par hélico ou pas? Etc... 
On remarquera aussi que s'il est facile de voir dans les médias mainstream des images des policiers blessés et des interviews de leurs représentants "excédés", il est plus compliqué de trouver par exemple des photos du jeune rennais énucléé la semaine dernière ou des témoignages de parents de victimes, par exemple.
Dans un tel contexte, où le pouvoir joue la stratégie de la tension, un pouvoir déjà responsable de la mort de Rémi Fraisse en 2014 , il est évident qu'on pourra se brosser pour que Feu sur le quartier général "condamne" autre chose que celui qui a le monopole de la violence légale: le pouvoir et son "anarchisme" que Pasolini dénonçait déjà dans les 120 journées



11 commentaires:

  1. Les pages de l'Huma sont édifiantes, avec de multiples témoignages de manifestants.
    L'usage du Flash-Ball (relativement limité à Paris) est "un véritable festival" à Rennes, Bordeaux, Lyon ou Nantes. Après avoir été lui-même blessé, le militant nantais Pierre Douillard s'est penché sur la question. L'engin arracheur d’œil a été mis entre les mains des policiers par Sarkozy en 2002 mais ce sont les socialistes qui ont fait monter en gamme les agents, en généralisant l'usage du LBD 40. Cette version "fusil" du Flash-Ball, plus puissante et plus précise, fournit actuellement aux hôpitaux le gros des blessés graves.
    "Cette arme a réhabitué les policiers à tirer sur la foule et cela n'a rien d'anodin. C'est une rupture avec l'ancienne doctrine du maintien de l'ordre qui consistait à faire barrage et à repousser les manifestants. Aujourd'hui les policiers nous rentrent dedans et font une utilisation industrielle de leur matériel contre toutes les composantes du mouvement social."

    Mathieu Rigouste, militant toulousain, auteur de "La domination policière, une violence industrielle", véritable archéologie des pratiques répressives françaises, (voir avec le lien, son interview sur l'Huma en 2013 lors de la sortie du livre) pointe une nouvelle fois la très ancienne expertise de la police française, en matière de répressions de mouvements populaires.
    Dans les rues de Paris, des policiers de commissariat sont équipés de tenues anti-émeute et frappent à tout-va.

    Face à la répression, les manifestants apprennent, parfois dans la douleur, à réagir. Lors du 1er Mai, lorsque la police a voulu "nasser" la foule, les manifestants ne se sont pas laissé faire et ont refusé d'être séparés du cortège de tête.

    Alexandre Langlois (dans l'interview mentionné dans le billet) explique que les policiers sont épuisés, qu'ils souffrent d'une perte de sens de leur métier et qu'on compte un suicide en moyenne par semaine dans leur profession.

    http://www.humanite.fr/societe/mathieu-rigouste-la-domination-des-surexploites-es-512870

    RépondreSupprimer
  2. En fait chacun se renvoie la balle de l'escalade.
    Cela n'explique ni ne justifie pourquoi une (petite certes) partie des manifestants fait le choix délibéré de la violence contreproductive. "Manifestants" étant de fait un mot impropre, ils ne manifestent rien, ils sont là pour casser, point barre. Les flics, même brutaux, ne pourraient rien contre un défilé déterminé mais pacifique.
    Difficile de forcer des gens calmes à balancer des poubelles ou des extincteurs, à caillasser des abribus, à défoncer des vitrines.

    RépondreSupprimer
  3. Bien sûr que la police réplique, parfois méchamment. On peut dénoncer les interventions disproportionnées, les interpellations musclées.
    Mais d'où tombent les pavés, cocktails Molotov, grenades bricolées, mortiers à feu d'artifice, bombes artisanales (boite d'allumettes pleines de pétards, de clous et de vis)? Du ciel ?
    Quand on va à une manif avec une barre de fer, une cagoule et un casque, qu'espère t-on ?
    Les lycéens, les étudiants, sont pris en otage par des extrémistes d'ultra-gauche qui veulent en découdre avec la police à tout prix.
    Comme vous occultez volontairement ce fait, cela présente de la situation une image biaisée, exactement ce que font les syndicats de policiers en miroir.

    RépondreSupprimer
  4. RT ? Les RG de d'antan ?
    Autant dire des gars qui bossent en amont et n'ont jamais mis un pied dans une manif !!

    RépondreSupprimer
  5. "on constate depuis une dizaine d’années une double évolution, avec des manifestants beaucoup plus pacifiques qu’avant, mais des casseurs toujours plus violents, organisés de manière quasi paramilitaire." du même Langlois qui connaît quand même son affaire.
    Voilà ce qu'on aimerait lire de votre part, pour prendre au sérieux ce que vous nous dites par ailleurs.
    Que le pouvoir instrumentalise les casseurs qui sont des idiots utiles, c'est évident.

    RépondreSupprimer
  6. Vous avez raison, M. Leroy. Triste période.
    Heureusement qu'il reste Tsipras pour nous faire un peu rêver.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si c'est une blague, elle risque d'être peu appréciée en ces lieux.

      Supprimer
  7. http://lesmaterialistes.com/nuit-debout-alcool-casse-viols-convergence-sous-forme-existentialisme-petit-bourgeois-nihilisme

    Je conseille de lire cet article à tout vrai communiste !

    Ramon Mercader

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ramon Mercader, vous êtes communiste comme je suis le pape.
      Mais il n'empêche, l'article est très bon !

      Supprimer
  8. Le Singe Vert9 mai 2016 à 14:46

    Sortir de la dialectique fa / anti-fa.
    Hollande est un président comme l'Afrique nous en fournit parfois ... Drôle de loin mais loin d'être drôle.

    RépondreSupprimer
  9. Et en plus Bob Siné est mort...

    RépondreSupprimer

ouverture du feu en position défavorable