lundi 14 mars 2016

Porteurs sains

"Au fond, ce qu'il aimerait vraiment, c'est une insurrection, une révolution sociale, une explosion collective qui monterait à l'assaut du monde d'en haut. Un truc tellement puissant qu'aucun média ne pourrait faire passer ça pour de l'agitation de casseurs. Un truc tellement puissant que le peuple renverserait aussi les médias, d'ailleurs, pour en faire enfin un outil d'information, et non de propagande. Une révolution, quoi."
Ce qui m'enchante, au fond, dans ce passage de Dans le désordre  de Marion Brunet, outre son aspect programmatique, c'est qu'il est lu, en ce moment même, par des adolescents dans des zones pavillonnaires, un dimanche soir. 
Marion Brunet, en se souvenant de sa propre jeunesse libertaire entre squats et contre-G8, manifs qui "dégénèrent" et gardes à vue,  avec sept mousquetaires qui veulent que vingt ans soit le plus bel âge de la vie, n'a pas seulement fait un très bon roman pour les jeunes, comme on dit, elle va aussi les transformer en porteurs sains du plus beau des virus qui soit: celui de l'émeute. Ou de la poésie, c'est la même chose.
Dans le désordre, donc. Surtout aujourd'hui, surtout en ce moment précis. 

(Editions Sarbacane)