lundi 29 février 2016

Un quart d'heure d'intelligence pure.

1988. On l'avait vue en direct, à l'époque. Annie Le Brun comprend pleinement le désastre en cours, un désastre politique, esthétique, éthique. Ce que nous vivons chaque jour le confirme, et de plus en plus.
"Des gens aussi différents que Marguerite Duras, Tapie et Bonnefoy sont entrain de vous dire, chacun à leur manière, que le rêve est dépassé"
"Actuellement, on vit une époque où il y a une haine contre tout ce que représente la poésie"
"Où est la révolte devant l'immensité des désirs que chacun porte en lui et le peu qu'il y a vivre? La poésie c'est ce qui permet de conjurer ce malheur"
"On ne veut plus beaucoup du lyrisme, parce que le lyrisme c'est le corps."
"Il faut savoir qu'il existe des époques sans poésie."
Plus que jamais, le lien politique, symptomatique, qu'elle établit entre la disparition de la poésie et la disparition de l'utopie,  sa criminalisation, est comme on dit d'une singulière actualité.

8 commentaires:

  1. Merci pour ce beau quart d'heure. Malheureusement, trente ans après, la haine de la poésie se manifeste absolument partout, qu'il s'agisse d'un plan d'aménagement urbain, d'une nouvelle gare, d'une émission de télé, d'une loi sur le travail, que sais-je..

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  2. Je regardais hier Grand Budapest Hotel, toujours aussi touché par l'élégance de "Monsieur Gustave H.", amoureux des corps et de la poésie, ami d'un monde menacé par la violence et les frontières qui se ferment... J'ai appris que tous les poèmes qu'il cite sont en fait écrit par Wes Anderson lui même : amusant, façon de parler, de voir un américain raconter si bien le suicide de l'Europe.

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  3. On ne peut pas dire que ça se soit arrangé depuis...

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  4. A propos de poésie, Thomas Vinau recevra ces jours-ci le prix René Leynaud pour son recueil "Bleu de travail" (La Fosse aux Ours); deux poèmes (en prose) sont dédiés, l'un à JC Pirotte, l'autre à Pierre Autin-Grenier.
    J'invite aussi à lire René Leynaud, poète et résistant lyonnais, membre du mouvement Combat, ami de Camus et de Francis Ponge.

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  5. Fort bien venu en ces périodes de troubles dans les andains...

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  6. J'ai comme l'impression qu'elle avait fumé un pétard avant de venir (ou alors elle est toujours comme ça, et c'est encore mieux), ce qui n'ôte rien à la pertinence de son propos. La nostalgie (le sentiment que la vraie vie n'est pas là) au fond de toute poésie.

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  7. Cette grande dame que j'admire beaucoup, en particulier pour sa poésie, et Dieu sait qu'il est difficile d'écrire de la poésie en français de nos jours, n'était pas à son meilleur, ce jour-là, mais c'est peut-être du aussi à son interlocuteur, très dénominateur commun.

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  8. Je n'imaginais pas, à lire "Si rien avait une forme, ce serait cela", (Gallimard), acheté à sa sortie en juin 2010, qu'Annie Le Brun avait une voix si douce et sensuelle :)
    Elle est quand même en train de dire à Pivot que ce qu'elle a à dire, elle le dit dans ses livres. Et c'est très bien comme ça.

    Je ne suis pas sûre cinq ans après d'avoir tout assimilé de ce qu'elle dit dans l'essai que je cite et dont le titre est une phrase de Victor Hugo, qui rapporte ce que lui révélait le télescope d'Arago, un soir de l'été 1834.
    A propos de cette phrase lue, Annie Le Brun dit : "J'y reconnus tout de suite l'objet de mes préoccupation".

    Je citerai un passage :
    p.159. "La poésie doit être faite par tous et non par un", lequel d'entre nous n'aura été séduit par cette injonction d'Isidore Ducasse ? Mais, dès lors qu'il a été prouvé (note de bas de page) que la phrase de Pascal dont elle est le détournement renvoie à tous les sentiments et non pas à tous les hommes, son interprétation "révolutionnaire" devient des plus sujettes à caution. Ce qui ne change pourtant rien à la nécessité que plusieurs générations auront eue à s'en réclamer, dans l'espoir d'échapper au leurre de la littérature comme à la rationalité mutilante de trop nombreuses propositions révolutionnaires."

    On a compris que ce qu'elle vilipende dans la littérature c'est le roman réaliste. Elle dit bien qu'il y a plus de poésie dans un (bon) roman noir que dans certains poèmes...

    La poésie pour Annie Le Brun c'est ce "détour" dont nous disposerions pour nous réapproprier l'extrême lointain qui est en nous. Pour cerner ce que nous ne voulons pas voir et, du même coup, le saisir en lui donnant forme.
    "Il y va peut-être de la conquête de notre silhouette sur le vide et ce serait la grande affaire du monde qui vient".

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ouverture du feu en position défavorable