jeudi 25 février 2016

Un départ à la hâte


Ecoeuré par la droitisation
du pays
il rassembla ses disques de doo wop
ses Pléiades
ses Poètes d'aujourd'hui
ses chemises Brooks
ses Weston
ses espadrilles
ses anciennes cartes du Parti
une photo de Clara un mouchoir d'Elsa
une boucle d'oreille oubliée
il y a si longtemps par Agnès
Puis il se dirigea vers l'aéroport
avant que ces débiles ne ferment les frontières
Il aurait bien déchiré ses papiers d'identité
de toute manière avec ce que c'était devenu
l'identité
Mais bon il faudrait les montrer une dernière fois
avant d'embarquer pour Orsenna
ou Ardis ou l'Arcadie
-et ego in Arcadia oui on sait on sait
à ta place je ne me vanterais pas-
Là il trouverait bien un bungalow sur la plage
À l'ombre des tamaris
Il n'aurait plus qu'à lire dans un transat
en regardant de temps en temps
les filles qui dansent
sur le sable
les chevilles dans l’écume
et un peu de sueur sur les ailes du nez
Et quand une d'elle lui demanderait si par hasard
il ne serait pas français
il refermerait le tome II des Nouvelles de Morand
et il répondrait
oui par hasard vraiment par hasard
mais ne vous inquiétez pas
ça va passer je crois.

© jeromeleroy 2/16