mercredi 3 février 2016

Plaisir d'Echenoz

On a beau me dire, Echenoz c'est toujours la même chose, outre que le dernier,  Envoyée spéciale est un excellent cru, à nouveau très manchettien, moi quand je lis un passage comme ça, ça me fait le même effet qu'un muscadet amphibolite de Jo Landron, le matin.  Je souris parce que c'est bien fait et que ça fait du bien.
"Ces derniers jours, du côté de Lou Tausk et de Nadine Alcover, rien n'est advenu de très neuf sauf que l'idée de partir au bout de monde s'est un peu estompée. C'est qu'à la réflexion, le monde avec ses guerres actives ou larvées, ces raideurs ethniques, politiques, religieuses, tribales, claniques, ses fractures nucléaires, sa mise en coupe réglée, son terrorisme et son tourisme et ses mêmes magasins partout, eh bien ce monde, on en reparlerait plus tard, on est très bien ensemble, et on n'est pas plus mal chez soi et allons donc baiser."
Jean Echenoz, Envoyée spéciale (Minuit) 
 

7 commentaires:

  1. Diable, notre "connivence" se poursuit donc. J'achève le dernier Echenoz de la bibliothèque du centre culturel.Je n'avais lu que Cherokee et le Méridien.
    Plaisir d'Echenoz dure le temps d'un chapitre, plaisir de Manchette dure toute une vie.
    ps: vous avez beaucoup de chance de pouvoir boire du Muscadet, ici, les pinards sont infects.
    J'ose vous demander de quel film est tirée la photo de votre page d'accueil?

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  2. Hé oui, c'est vrai que ça fait du bien !

    Et je ne suis pas peu fier d'avoir modestement contribué à ce titillement du risorius…

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. J'ai beaucoup aimé "14", et "L'occupation des sols". J'aime les textes courts d'Echenoz.
    Ce qu'il a écrit sur Jérôme Lindon aussi, et comment il n'a pas pu en sortir une quand il s'est trouvé devant Beckett...

    Son utilisation des temps est assez extraordinaire. Regardez dans l'extrait de quelques lignes, tous les changements : deux passés composés, un futur-dans-le-passé (on en reparlerait), sorte de reprise de vitesses pour passer dans le présent. Et il termine par un superbe impératif "et allons donc baiser", qui n'exclut pas le lecteur :)

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    1. Votre remarque est fort pertinente, chère Michèle.

      Saviez-vous qu'Echenoz a justement donné en 1995 une conférence intitulée "Des temps grammaticaux envisagés comme une boîte de vitesses" ?

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    2. Oui cher George, Michel Volkovitch a écrit de belles pages là-dessus dans Coups de langue, chez Maurice Nadeau.
      Mais quand je lis ses romans je ne pense pas à tout ça. Sur un extrait par contre c'est jouissif de regarder comment c'est fait.

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ouverture du feu en position défavorable