samedi 20 février 2016

Patrick Besson, as-tu du coeur?



 Paru sur Causeur.fr

Patrick Besson n’a pas de problème avec le roman. Il aime le genre et le genre le lui rend bien. Ce n’est pas chez lui que vous trouverez cette manière de tortiller du croupion en faisant un roman sur le roman, un roman dans le roman et pourquoi pas un roman sous le roman. Le résultat est qu’il écrit de bonnes histoires, parfois avec presque rien puisqu’il a compris que le matériau de base n’avait pas besoin d’être particulièrement riche, toutes les intrigues du monde tournant autour du sexe, de l’argent et de la mort. Ce qui compte, c’est le style et Besson en a puisqu’on a l’impression de le retrouver à chaque fois. La manière Besson? Glacée, souvent glaçante. Cruelle et drôle. Toxique et séduisante. Prenons son dernier,  Ne mets pas de glace sur un cœur vide paru chez Plon.  Voilà un bien joli titre. Il n’est pas de Besson mais de Tchékhov. Besson aime follement la littérature russe, il a même, à une époque, écrit un roman sur Pouchkine et Gogol, La statue du commandeur. En l’occurrence, il s’agirait des derniers mots de Tchékhov agonisant à sa femme.

Le dernier roman de Besson nous parle du cœur, effectivement. Au propre et au figuré. On est en 1989 à Malakoff. Le narrateur, un professeur célibataire, grand cycliste et spécialiste de Corneille, qui enseigne au Lycée Michelet a pour voisin un jeune rentier de son âge, insuffisant cardiaque. Le rentier attend une greffe entre sa vieille maman qui possède plein d’appartements et une infirmière qui est sa maîtresse. Le narrateur trouve son voisin veule, égoïste, grognon mais il accepte plus ou moins son amitié.  Le narrateur ne veut peut-être pas s’apercevoir qu’il lui ressemble. Au moins pour l’égoïsme. Comme la bicyclette et Le Cid, ça va un moment, le narrateur couche avec l’infirmière. Ce n’est que le début d’une longue série. Les enseignants sont des êtres d’habitude et le narrateur prend l’habitude de coucher avec les maitresses de son voisin. Après l’infirmière, une coiffeuse et après la coiffeuse une agente immobilière. Évidemment, il y aura un meurtre mais pas celui qu’on croit ni pour les motifs qu’on croit. Besson sait que la logique de l’existence est de ne pas en avoir. Dans son genre,  Ne mets pas de glace sur un coeur vide  est une assez belle histoire d’amour en même temps que le récit tout à fait crédible d’un crime parfait.

On aimera dans Ne mets pas de glace sur un coeur vide, qui est raconté plus de vingt cinq ans après les faits, la manière dont Besson nous fait sentir que Malakoff en 89, c’était l’Atlantide ou au moins aussi éloigné de nous que le Paris des Illusions Perdues. Il y avait encore le communisme, et à Malakoff et de l’autre côté du Mur. Mais il n’y avait pas de téléphone portable, ce qui influait notablement sur les intrigues. Besson n’est pas un nostalgique mais on ne parierait pas notre chemise qu’il soit persuadé qu’on ait gagné au change en un quart de siècle.

On aimera aussi ses personnages curieusement absents d’eux-mêmes, ce qui leur donne quelque chose toujours quelque chose d’un peu inhumain et on aimera sa façon de décrire la naissance d’un amour sur une piste cyclable: “Mon sentiment pour elle grandissait à chaque coup de pédale. Peut-être le paradis est-il une piste cyclable et que la vie éternelle consiste à rouler sans fin derrière la fille qu’on aime ? » 

On aimera enfin, surtout, ses intuitions de moraliste qui nous faisaient déjà, quand on le lisait à 18 ans, recopier dans un carnet au moins une phrase de chacun ses livres. Pour Ne mets pas de glace dans un coeur vide,  ce sera : «  La source de la bonne humeur, c’est l’absence d’espoir. »

8 commentaires:

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    1. Si vous voulez calomnier quelqu'un, ayez au moins le courage de sortir de l'anonymat. Besson n'est en théorie pas procédurier. Allez, un peu de courage, petit bonhomme.

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  2. Oh, comme tu l'as bien descendu celui-là (d'escadrin comme on dit dans "Du Rififi chez les hommes").
    Quelqu'un en veut à Besson ?… Pourquoi ?… Il n'emmerde personne, ce mec-là. Bon, il était pro-serbe, mais il y a prescription, il défendait Limonov, mais celui-ci est sorti de taule, il y a déjà douze ans… Oui il a un peu craché sur DD la Dénonce (procédurier lui…), mais DD le méritait, et puis c'est de l'histoire ancienne, tout ça…
    Je n'ai pas lu ses bouquins depuis fort longtemps, et j'avoue que le thème de celui-ci me dépasse, mais ses billets dans un hebdomadaire connu me font toujours rigoler.

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    1. Je suis assez peu censeur, tu me connais. Mais bon, réfléchis aux deux seules calomnies vraiment définitives aujourd'hui pour n'importe qui, les trucs qui te vouent aux j'aime Monique pour toujours. Le glandu que j'ai fait taire à en a utilisé une, et bien au chaud derrière l'anonymat. Il a même, cet enfifré, renvoyé un commentaire où il geignait que sa position était morale et que c'était mézigue le fâcheux alors qu'ici c'est quand même moi le proprio du bastringue. En plus ça sentait la rancoeur de scribouilleur raté refusé même par la Pensée Universelle. Alors, j'y ai claqué son drageoir à infamie, et on est plus tranquille, du coup.

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    2. En effet, des calomnies définitives, il y en a deux (comme mon oncle!…): négationniste ou pédophile, parfois simultanément, pour être sûr. Je ne vois pas tellement comment on pourrait accuser Besson ni de l'un, ni de l'autre, ce ne sont pas ses domaines de prédilection, mais tout est possible dans une époque comme la nôtre, ça s'est déjà vu souvent, ce genre de bassesse. Et, en effet, le philistin les emploie toujours au nom de la morale, lui qui n'en n'a pas.
      Tu censures rarement, c'est sûr. Le pignouf a dû passer les bornes.
      La Pensée Universelle ?… Tu dates. Ça s'appelle les éditions Baudelaire, maintenant…

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  3. Je crois n'avoir lu que Dara de Besson, et ses chroniques dans l'Huma à l'époque. Je vois que Francis Combes a réédité ses billets d'humeur et d'humour des années 80 à 2000.
    Je vais lire ce roman que vous chroniquez, vous donnez envie (il faut que je pense à aller régulièrement sur Causeur.fr).

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  4. Ah!Ah! Quand vous vous mélez de causer Audiard, ça déménage...

    Mais bon, tout àa pour dire que Besson, ici, on aime beauoup, voire bien pis.
    Mais ce n’est pas la première fois qu’on le dit, dans ces mêmes colonnes d’ailleurs.
    Besson et vous cher monsiuer Leroy êtes des auteurs de grand talent et vous, monsieur
    Leroy, en plus vous écrivez des poèmes étreignants!
    Bein amicalement
    Jean-michel

    (je rappelleerai un des livres les plus durs-pour moi- de Besoon : “Lui”)

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  5. "Besson n’est pas un nostalgique mais on ne parierait pas notre chemise qu’il soit persuadé qu’on ait gagné au change en un quart de siècle."
    Ou comme le chante tout simplement Gérard Manset:
    "D'une époque à vomir / L'histoire dira ce qu'il faut retenir"

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ouverture du feu en position défavorable