dimanche 17 janvier 2016

The Leftovers

Il y a les séries que vous aimez, les séries qui vous passionnent et puis les séries qui vous hantent, pour toujours. Parce qu'elles touchent, de manière surprenante, involontaire parfois, à ce qui joue sur le plus intime et le plus universel à la fois.
C'est à ce titre qu'il s'agit, sans doute, d'un art majeur de ce début de siècle.
Donc, The Leftovers
La dernière expérience de ce genre, je l'avais connue avec Life on Mars. Ces séries correspondent pour moi à ce que Barthes disait du palmier comme image de l'écriture. Je cite de mémoire: "Il en possède l'effet majeur, la retombée."
Voilà, ce qui fait la force de The Leftovers, c'est la "retombée."

*** 

Ceux qui ont disparu dans The Leftovers laissent ceux qui restent dans une "regio dissimilitudinis" (saint Augustin), un pays où rien ne nous ressemble plus, une contrée qui est ici et nulle part, un "lieu commun"devenu  soudain étranger. 
Un lieu où rien, en fait, ne nous a jamais ressemblé. 
Il fallait les autres, leur présence,  pour se mentir à soi-même et croire que ce monde était nôtre. Si les autres disparaissent, arbitrairement de surcroît, dans un arbitraire au carré en quelque sorte, qui est pire que l'arbitraire de la mort ou qui est la figure même de la mort qu'on n'a jamais voulu voir en tant que telle, alors nous comprenons que nous nous ne sommes plus chez nous. 
Que nous n'avons jamais été chez nous.
The Leftovers ne raconte rien d'autre et c'est pour cela que nous en avons le coeur brisé.