mercredi 7 octobre 2015

Sabotons, sabotons, il en restera toujours quelque chose...

Donc, à peu près au même moment où se déclenchait l'hystérie politique et médiatique contre les manifestants d'Air France coupables d'avoir déchemisé et humilié publiquement des superlarbins de la compagnie venus leur expliquer qu'il allait falloir se résigner à 2900 licenciements, on apprenait que l'écrivain Erri de Luca risquait huit mois de prison pour avoir "incité au sabotage" des travaux de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin (TAV),  chantier emblématique de la lutte zadiste depuis des années, lors d'un entretien donné au Huffington Post italien en 2013.
Décidément, il ne fait pas bon résister par les temps qui courent à la logique mortifère du capitalisme qui voudrait domestiquer la population à coups de "plans sociaux" ou de chantiers aussi inutiles que ruineux, notamment sur le plan écologique.
Dans La Parole contraire (2015), Erri de Luca, ancien ouvrier de 64 ans, venu de l'autonomie ouvrière des années 70 et des grandes luttes dans l'industrie automobile, définit ainsi le sabotage: "Son emploi ne se réduit pas au sens de dégradation matérielle, comme le prétendent les procureurs de cette affaire.
Par exemple : une grève, en particulier de type sauvage, sans préavis, sabote la production d’un établissement ou d’un service. Un soldat qui exécute mal un ordre le sabote. Un obstructionnisme parlementaire contre un projet de loi le sabote.
Les négligences, volontaires ou non, sabotent. L’accusation portée contre moi sabote mon droit constitutionnel de parole contraire. Le verbe “saboter” a une très large application dans le sens figuré et coïncide avec le sens d’“entraver”. Les procureurs exigent que le verbe “saboter” ait un seul sens. Au nom de la langue italienne et de la raison, je refuse la limitation de sens. »
En cas de condamnation, Erri de Luca ne fera évidemment pas appel.
Il faut que la bête meure, à Air France comme dans le Val de Suse. 
Il faut aussi savoir qu'elle va mordre jusqu'au bout. 

6 commentaires:

  1. "On n'emprisonne pas Voltaire" (C. de Gaulle à propos de Sartre et de son opposition à la guerre d'Algérie). Pas très glorieux les temps qui courent!

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  2. Dès qu’on se lance dans un projet écologique, des Verts se mobilisent contre lui. Il y a toujours une grenouille à préserver, un panorama à défendre, une vasière à inscrire au patrimoine mondial… Et aux jeunes dingos qui se prennent pour Robin des bois s’ajoutent les vieillards qui, l’âge venu, veulent encore battre des ailes pour agiter leur retraite.
    C’est le cas d’Erri De Luca, un romancier napolitain qui, après mille combats communistes dans sa jeunesse, s’est trouvé à 65 ans une dernière cause à défendre : la préservation du val de Suse que va traverser le TGV Lyon-Turin. Après avoir rêvé de révolution comme la chaisière rêve d’épouser l’évêque, il se raccroche à cette petite lutte comme à l’ultime bouée de son engagement. A l’entendre, dès qu’on creuse un trou, de la poussière d’amiante s’envole. Sous les Alpes seraient tapis des gisements d’uranium affolants. Pour un peu, si les ouvriers tombent sur un lac, ce sera de la nitroglycérine. A croire qu’on perce la vallée de la Géhenne. Moyennant quoi, Erri De Luca a appelé les opposants à des actions de sabotage sur le chantier. Et là, stupeur : l’Etat italien, ce paquebot qui marche à la rame, s’est secoué et a porté plainte contre lui. Pourquoi ? Parce qu’autour de la langue il y a les dents. Luca parle mais ses lecteurs agissent.
    D’abord flatté, l’écrivain a pris cette inculpation pour un prix littéraire de plus. Ensuite, il a observé qu’avant ses interventions il y avait déjà des actes de rébellion. Mais à présent il peste. Pensant sans doute qu’il y a pour les plumes des zones de frais dans les marmites bouillantes, il s’indigne qu’on lui demande des comptes. Et s’étonne que le passe-partout Gallimard n’ouvre pas toutes les portes de cellule. Du coup, l’ours se fait peluche et se déclare irresponsable des actes qui auraient pu suivre ses paroles. C’est bien dommage. Dans ce monde de fauves, il n’y a pas de raison que les écrivains jouent les herbivores. La littérature, ce n’est pas l’eau qui ne mouille pas. Qu’Erri se dévoue donc pour passer quelques semaines à l’ombre. Et que l’éclat de cet obscurantisme rejaillisse sur tous ses collègues.
    « La parole contraire », d’Erri De Luca, éd. Gallimard, 48 pages, 8 euros.
    Gilles Martin-Chauffier

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    1. Que de mépris et d'aigreur! Gilles Martin- Chauffier devrait se limiter à critiquer les livres des écrivains mondains qu'il côtoie dans les pince-fesses parisiens où il traîne.
      "...les vieillards qui, l'âge venu, veulent encore battre des ailes", GMC lui, n'a jamais eu d'ailes, quant à sa retraite il la passe (confortablement) à ressasser ses vielles haines d'écrivain raté.
      Quand on connaît si peu les gens sur lesquels on se permet d'écrire on devrait tout simplement s'abstenir.

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  3. La suppression de 2900 postes n'a rien à voir avec 2900 licenciements et les syndicats le savent parfaitement bien. C'est sur la base de ce genre d'approximations qu'on dit et fait n'importe quoi.

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  4. C'est vrai ça, le système physique de 2900 suppressions de postes, en interaction avec l'environnement extérieur, par exemple sous forme de friction, perturbe l'état de superposition quantique initial (il y a 2900 solutions en même temps que les 2900 suppressions) et le fait peu à peu évoluer vers un état classique : un Big bang de milliers de vies tellement microscopique qu'il trouve sa solution dans la grande unification...

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  5. Bon j'étais un peu en colère quand j'ai écrit mon précédent commentaire, en colère de lire que des suppressions de postes n'avaient rien à voir avec des licenciements. Car à supposer même que ces suppressions se feraient toutes à la suite de départs à la retraite (cas le plus extrême), cela voudrait-il dire que ce n'est pas grave ? La disparition de 3000 postes à Air France, ce n'est pas grave ? (!)
    3000 jeunes gens et jeunes filles LICENCIES AVANT D’ÊTRE EMBAUCHES, puisque ces postes ne vont plus exister. Car on parle bien de postes budgétaires n'est-ce pas ?

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ouverture du feu en position défavorable