jeudi 1 octobre 2015

Mais jamais il ne revoyait ce temps...

"Ces nouvelles façons indifférentes, distraites, irritables, qui étaient maintenant celles d’Odette avec lui, certes Swann en souffrait ; mais il ne connaissait pas sa souffrance ; comme c’était progressivement, jour par jour, qu’Odette s’était refroidie à son égard, ce n’est qu’en mettant en regard de ce qu’elle était aujourd’hui ce qu’elle avait été au début, qu’il aurait pu sonder la profondeur du changement qui s’était accompli. Or ce changement c’était sa profonde, sa secrète blessure qui lui faisait mal jour et nuit, et dès qu’il sentait que ses pensées allaient un peu trop près d’elle, vivement il les dirigeait d’un autre côté de peur de trop souffrir. Il se disait bien d’une façon abstraite : « Il fut un temps où Odette m’aimait davantage », mais jamais il ne revoyait ce temps."