mercredi 30 septembre 2015

Saint Jérôme

Saint Jérôme. Finalement, il me convient bien, comme saint: il se promenait partout avec un lion qu'il avait soigné en lui retirant une épine du pied. 
Ce qui est une excellente définition de la poésie.

mardi 29 septembre 2015

Point Presse: Jugan dans Le Courrier Picard et Le Progrès de Lyon

C'est ici pour Le Courrier Picard sous la plume de l'ami Philippe Lacoche
et là pour le coup de coeur du Progès

Ca va tout de suite mieux en le disant

"Le vin naturel est aujourd'hui la manifestation la plus visible (c'est à dire médiatisée) d'une agriculture artisanale, autonome et saine. C'est aussi un modèle économique alternatif, viable et durable. Enfin, par sa conception plus libre et l'interdépendance volontaire de ses acteurs, du vigneron au consommateur, en passant par le caviste ou le restaurateur, le vin naturel est au vin ce que l'utopie est à la société: il porte en lui les prémices d'un autre système, sinon idéal, du moins objectivement meilleur."

Antonin Iommi-Amunategui,  Manifeste pour le vin naturel (Les éditions de l'Epure)

lundi 28 septembre 2015

Marion Guillot


Changer d’air de Marion Guillot, Editions de Minuit



On peut avoir, parfois, envie que tout s’arrête. De disparaître, de se confondre avec la banalité des choses ou au contraire de fuir le plus loin possible. Ce thème très contemporain est presque devenu un genre littéraire en soi et compte quelques chefs d’œuvres récents si l’on songe, sur des modes différents, à L’Homme qui dort de Perec ou à Je m’en vais de Jean Echenoz. L’important, dans ces deux cas, n’est pas tellement de savoir pourquoi l’on fuit  mais la manière dont on le fait.
Pour son premier roman, Changer d’air, Marie Guillot a choisi de nous raconter l’histoire d’un professeur qui décide de ne pas faire sa rentrée scolaire dans un lycée de Lorient. La raison, ou plutôt le prétexte, c’est une femme qui tombe dans le bassin du port, de manière ridicule : « Tandis qu’à quelques mètres de là, trop loin pour que je puisse entendre les clapotis de ses semblants de brasse, trop près pour que j’oublie ce qu’elle avait de sordide à offrir, une femme luttait contre le poids de son sac et ses vêtements trempés pour regagner le quai, se relever, espérant si fort que personne ne l’aurait vue. »
A partir de ce moment, le narrateur qui s’appelle Paul Dubois comme tout le monde, passe la journée dehors, rentre le soir chez lui, retrouve Aude sa femme vaguement artiste et ses deux jeunes fils. Il ne raconte rien à Aude, il lui fait même l’amour comme d’habitude et puis il s’en va, emmenant avec lui dans sa voiture les Dialogues de Platon et des cartons contenant les innombrables clichés qu’il a pris de la mer, des vagues, de l’horizon. Il ne va pas bien loin, en fait jusqu’à Nantes, pour voir un ami. C’est fou ce que Nantes peut être dépaysant quand on décide surtout de s’intéresser aux mouvements de foule dans la gare pour faire la nomenclature des voyageurs dans des tableaux à deux entrées qui permettent toutes les combinaisons possibles et recréer ainsi d’autres personnages. Ou que l’on choisit un F2 au dernier étage d’une résidence moderne pour regarder par le Velux de la salle de  bain les clochers de la Cathédrale.
Marion Guillot excelle dans la manière froide et ironique pour décrire un homme dont on peut penser qu’il s’accroche désespérément à la banalité des choses afin ne pas sombrer dans un désespoir qui affleure sous le givre d’un style parfaitement maitrisé : « Je ne reprends pas toujours mon livre, trouve la force de m’observer nu, éventuellement de me détailler dans le silence que viennent rompre les gouttes qui s’échappent du robinet, à intervalles réguliers, toutes les six secondes, quand j’ai mal refermé. J’aime les choses régulières. »
Paul est tour à tour ridicule, inquiétant, émouvant. Il pourrait très bien devenir un saint ou un tueur en série, un stylite ou un psychopathe. Il sera juste Paul, un homme de notre temps, notre semblable, à qui une sorte de baisse de tension a donné l’envie de se perdre de vue. Les psychologues, les sociologues ont des noms pour ça qui rassurent car ils enferment un comportement dans un cadre connu : escapisme, anomie, dépression. Marion Guillot, elle, se garde bien de donner une clef, sans doute parce que pour Paul, il n’y a ni clef, ni serrure, ni porte. Comme pour nous tous.


Changer d’air de Marion Guillot, Editions de Minuit

paru sur Causeur.fr

jeudi 24 septembre 2015

Syriza et nous



La Une du Monde de mardi dernier était décidément étonnante : « Les Grecs valident la politique de réformes et d’austérité de Tsipras. »
À sa lecture, on se souvient de la manière unilatérale extrêmement défavorable, et c’est un euphémisme, dont ont été présenté Tsipras et Syriza depuis le 25 janvier 2015, jour de la première victoire électorale d’un gouvernement de gauche radicale dans l’Union Européenne. Des aventuristes, des idéologues, des maîtres chanteurs, des fainéants, des incompétents, nous en passons et des pires. Alors qu’est-ce qui leur a valu ce changement de ton ?
Malgré un environnement extérieur (avec la pression incessante de la Troïka) et intérieur (avec une oligarchie vent debout, dont les journaux et les chaînes privées ont donné de faux sondages montrant Syriza au coude à coude avec Nouvelle Démocratie), Tsipras a gagné pour la troisième fois en neuf mois ? Hat trick, comme on dit au football… On signalera au passage que pour la dernière échéance, Tsipras avait même un front de plus à combattre, celui de l’opposition de gauche au cœur même de Syriza, regroupée en une Unité Populaire, qui n’a pourtant pas réussi à rentrer dans la nouvelle Vouli.
Non, c’est que les médias, comme d’habitude,  prennent leurs désirs pour des réalités. Imaginez le titre si la droite de Nouvelle Démocratie ou mieux encore le parti chouchou de Bruxelles créé par une ex-star de la télé, Potamia (classé au centre-gauche, ce qui dit assez où se place le centre de gravité gauche/droite dans les médias mainstream)  avaient gagné contre Syriza. On aurait eu droit, avec la même assurance, à « Les Grecs font le choix clair de l’austérité et des réformes en rejetant la gauche » ou « Tsipras désavoué par un électorat grec en quête de réalisme. » 
À moins qu’on veuille ici et là administrer à Tsipras un baiser de la mort: on veut, vite fait bien fait, le discréditer en l’enfermant dans le rôle du traitre jouant la pièce du reniement. Et pourquoi pas, dans la foulée, le discréditer aussi aux yeux des électeurs potentiels de la gauche radicale française ? Qu’on se rassure : la gauche radicale française n’a pas besoin du Monde pour se diviser sur la question Tsipras. Il est un véritable marqueur encore entre ceux qui croient en Syriza et ceux qui y voient l’éternelle trahison des espérances révolutionnaires dans la social-démocratie. Le Front de Gauche implose ainsi  doucement sur cette question comme sur d’autres: le PCF garde sa confiance à Syriza et le Parti de gauche de Mélenchon a soutenu les dissidents de l’Unité Populaire.
Mais personne ne s’interroge, pourtant, sur ce qui crève les yeux. 
Les Grecs ne votent pas comme on leur dit ou comme on aimerait qu’ils le fassent. Du coup, ils envoient un signal qui ne plaît ni aux marxistes orthodoxes, ni aux libéraux, ni aux souverainistes. Ils expriment tout simplement le désir, schizophrène qui sait, mais le désir tout de même d’une Europe qui est une trop belle idée pour être le cheval de Troie de la mondialisation libérale. Ils nous disent, et je trouve qu’ils ont raison, qu’il faut vouloir le beurre de l’égalité sociale, l’argent du beurre du continent le plus prospère du globe et, passez-moi l’expression, le cul de la crémière de l’émancipation.
Et c’est Syriza qui incarne ce désir parce que, de fait, Syriza n’a rien trahi du tout.
Y compris lorsque Tsipras a accepté, un pistolet sur la tempe, le mémorandum du 13 juillet. Il a été victime d’un coup d’état financier, d’une revanche idéologique de la Commission qui voulait faire un exemple. Seulement, il a été réélu et le seul parti officiellement  européiste, Potamia, a reculé. Cela veut dire que les Grecs comprennent que le match continue, que Tsipras peut les mener sur cette voie étroite d’une Europe réorientée vers plus de social et d’un euro qui soit un instrument de relance et non un carcan monétariste.
Encore une fois, comment peut-on donner un sens radicalement différent à la victoire d’un parti et d’un homme qui ont retrouvé leur score et leur électorat à la décimale près ? Et pour l’instant qui sommes nous, surtout à gauche en France, pour critiquer le seul leader de type communiste (eh oui…) en Europe, victime d’un putsch bancaire, qui explique sincèrement qu’il ne croit pas en la politique qu’on lui impose et qui garde malgré tout la confiance de son peuple?

paru sur Causeur.fr

mercredi 23 septembre 2015

Tu aurais voulu écrire ça, non?

 
"Il y a un endroit du cœur qui
ne sera jamais rempli

un espace

et même aux
meilleurs instants
et
aux plus fabuleux
moments

nous le saurons

nous le saurons plus que jamais

il y a un endroit du cœur qui
ne sera jamais rempli

et

nous attendrons
encore et
encore

dans cet
espace. "

Charles Bukowski

"there is a place in the heart that
will never be filled

a space

and even during the
best moments
and
the greatest times
times

we will know it

we will know it
more than
ever

there is a place in the heart that
will never be filled
and

we will wait
and
wait

in that space.”

 

mardi 22 septembre 2015

Point presse: Jugan dans l'Opinion Indépendante et dans la Quinzaine Littéraire.

On remercie vivement le toujours fidèle Christian Authier et la charmante Marie Céhere dont la valeur n'a pas attendu le nombre des années.

Sauf dans les chansons sur France Culture

Grâce à la magie de la bilocation induite par les conditions matérielles de production de Spectacle, nous étions samedi dernier 19 septembre, entre vingt trois heures et minuit dans un bistrot de Besançon à discuter de Pascal avec Tim Willocks, ("Puissance des mouches, etc..) et dans l'excellente et nouvelle émission de Minou Farine, sur France Culture, Poésie et ainsi de suite, en compagnie de Claro et du libraire d'ancien Alexis Chevalier.
Il y avait longtemps que l'on n'avait pas pris un tel plaisir dans une émission. Espérons que l'auditeur éventuel le partagera. 


 

Bon anniversaire, Anna K.

On parle peut-être moins de toi, dans les parages de Feu sur le Quartier General, que de Monica Vitti ou la toute divine Catherine Spaak. Il n'empêche que tu es une des divinités tutélaires de ce blogue. On ne dit pas l'âge des dames, mais tu es née un 22 septembre du siècle dernier dans une petite monarchie du Nord. Bon anniversaire, et rassure toi, nous non plus, ces temps-ci, on ne sait plus trop quoi faire ni même ce qu'on peut faire.


jeudi 17 septembre 2015

Retour à Besançon.


On commence à bien connaître la ville.
Pour cette quinzième édition des Mots Doubs, on signera Jugan mais on aura aussi des rencontres avec les scolaires pour le collectif Hammett Détective.

mercredi 16 septembre 2015

Jugan sélectionné pour le prix Décembre

Bon, on ne va pas plaindre.
Une deuxième sélection pour un prix d'automne...On verra bien...
Pour les détails, c'est ici.

On remerciera également Le salon littéraire pour ce bel article

mardi 15 septembre 2015

Propos comme ça, 29: le café de mes soucis.


Boire un verre de trop? C'est le café de mes soucis.

Je m'aperçois qu'en 25 ans, je crois bien n'avoir jamais regardé un seul journal de Claire Chazal et que les rares fois où je l'ai (entre)vue, c'était pendant des zapping de soirées électorales. Et ça va prendre le même chemin avec la successeuse, qui m'a l'air du même genre blonde en brushing. En fait, je regarderais le JT de TF1 le jour où il sera présenté par une Monica Vitti communiste ou assimilée. Bref, j'ai le temps.


Vingt ou trente piges de moins et je préférerais être sale dans une ZAD que propre dans vos villes.


On reconnaît le droitard pseudo-catho ces temps-ci à sa soudaine compassion pour les SDF  bien de chez nous dont on ne s'occuperait pas alors qu'on ferait tout pour les réfugiés allogènes plus ou moins bougnoules. C est le même qui ignore que 300 sans abris meurent en moyenne chaque année au pied de chez lui à cause de sa logique libérale conservatrice et qui croit que le 115 est une boîte de nuit à la mode. 
Il est donc autorisé de lui cracher à la gueule, voire plus si affinités.


Test:
Tu te réveilles dans un monde de droite.
Tu regardes l'état de la gauche de gauche qui continue à discuter du sexe des anges alors que deux régions dont la mienne sont susceptibles de passer au FN.
Tu as envie
1°de te recoucher
2°de filer dans une communauté affinitaire du Plateau de Millevaches
3°de construire une machine à remonter le temps.


Revirement de l'Allemagne: finalement, "bon sang ne saurait mentir". On se disait aussi.


Brautigan, encore, qui s'est donc fait sauter le caisson le 14 septembre 1984. Le suicide, chez les écrivains, c'est un accident du travail comme disait Stig Dagerman:

Perfect days

We stopped at perfect days
and got out of the car.
The wind glanced at her hair.
It was as simple as that.
I turned to say something.








 






lundi 14 septembre 2015

Une journée normale


J’avais fermé toute la journée
mon téléphone portable
Il y avait le chat
le silence
-mais ce sont des synonymes-
l’automne un peu trop pressé
une légère fièvre
de bons romans de bons poèmes
un peu d’écriture
pas de réseaux sociaux pas d’internet
Soudain il a été sept heures
et je me suis rendu compte
que c’était ça une journée normale.


©jérôme leroy 9/2015

Brautigan, 14 septembre 1984.

Richard Brautigan est mort le 14 septembre 1984, suicidé d'une balle dans la tête.

3 novembre
Me voilà assis dans un café
en train de boire un Coca.
Une mouche s'est endormie
sur la serviette en papier.
Il faut que je la réveille
pour essuyer mes lunettes.
Il y a une jolie fille
que j'ai envie de regarder.


Richard Brautigan, Il pleut en amour

Point Presse: Jugan par Duteurtre dans Le Figaro Littéraire

Mais aussi à la Bibliothèque Médicis de Jean-Pierre Elkabbach où l'on a retrouvé les plaisirs de l'anticommunisme vintage

Géa s'en va

Le dernier roman de Philippe Lacoche, Vingt-quatre heures pour convaincre une femme, raconte la fin d'un amour. Paru sur Causeur.fr.

Vingt-quatre heures pour convaincre une femme, le dernier roman de Philippe Lacoche, est un thriller sentimental. Autant dire que l’auteur a inventé un genre littéraire. Son titre à la Stéphane Zweig cache en effet un compte à rebours à la fois terrible et banal : une femme va quitter un homme et l’homme va tenter en une journée d’éviter la rupture un peu comme Jack Bauer tente d’empêcher l’assassinat du président des Etats Unis. Le roman est découpé heure par heure avant une fin qu’on ne vous révèlera évidemment pas. Cela  donne une forme de tension, d’urgence inédite à une situation banale que connaissent quotidiennement des milliers de personnes, surtout à une époque où le couple n’est plus cette délicate construction chardonnienne qui acceptait que la passion des commencements se métamorphosât en une tendre habitude, une complicité délicate.
Non, aujourd’hui, il suffit de lire les magazines féminins ou ceux consacrés au « bien-être » et à la psychologie pour les nuls, sans compter les livres sur le « développement personnel » qui s’empilent sur les tables des librairies, pour se rendre compte que le bovarysme avec orgasme obligatoire trois fois par semaine a exercé des ravages tels que nous vivons dans une société de divorcés ou de célibataires.
L’homme s’appelle ici Pierre Chaunier. Il est journaliste dans un grand quotidien régional et surtout, il est écrivain. Les écrivains ont une aptitude particulière à la souffrance quand il s’agit de l’amour. On le sait chez nous depuis Madame de La Fayette, Proust et Chardonne, justement. Les écrivains quittés par des femmes déploient des trésors de vaine psychologie, ils se livrent à de savantes constructions pour se convaincre qu’ils comprennent ce qui se passe alors que leur point de départ est faux. C’est d’ailleurs la définition de la folie selon Chesterton pour qui le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison.
Pierre Chaunier est-il fou ? Sans doute un peu. Quinqua cabossé qui a arrêté de boire (quelle erreur !) et prend du Tranxène à l’occasion est un nostalgique. La nostalgie devrait, dans notre monde voué au présent perpétuel, être traitée comme une maladie mentale dument inscrite au DSM-5. Car enfin, est-ce bien sérieux, par exemple, d’acheter une maison uniquement parce qu’elle porte une plaque commémorant la mort d’un résistant : « Pierre Derobertmazure, mort pour la France, victime du bombardement de la prison d’Amiens, le 18 février 1944 » ? Est-bien sérieux de trainer son blues sur les routes de Picardie ou dans le quartier Saint-Leu d’Amiens avec ses pubs ouverts très tard, tout ça pour boire de la bière sans alcool ? Est-ce bien sérieux encore de traquer le brochet sur les étangs brumeux en ressassant la jeunesse perdue ?
C’est peut-être bien ce qui a fatigué Géraldine Avranche, dite Géa, beaucoup plus jeune que Pierre. C’est une ancienne prof devenue chanteuse de rock, qui s’habille court et ressemble à Jane Birkin. Elle est plutôt douée, elle a croisé Brigitte Fontaine, même si ses talents s’exercent dans ces cabarets de campagne où l’on mange de la pintade en regardant les numéros de music-hall pour tromper l’ennui des dimanche.
Pierre l’a rencontrée en 2005, elle lui annonce qu’elle va le quitter le mardi 20 décembre 2011 à 17 heures. Pierre s’en souvient précisément parce que comme d’habitude ou presque, il ne faisait rien sinon tisonner le feu dans la cheminée. Il aurait dû faire attention. Géa s’était donnée les fameux sept ans de réflexion. Pierre l’avait séduite en lui proposant d’écrire les paroles de ses chansons. Il avait oublié que ce qui compte aussi, dans une chanson, c’est la mélodie. Et la mélodie du couple qu’il formait avec Géa a dû sembler répétitive à cette dernière. Il faut dire que Pierre, parfois, donne l’impression de se presser de vivre car son seul plaisir c’est de se souvenir.


Vingt quatre heures pour convaincre une femme de Philippe Lacoche

Jax Miller, Circé du roman noir


 Paru sur Causeur.fr

Le roman noir, américain en particulier, dont nous persistons à dire qu’il ne faut pas le confondre avec le roman policier ou le thriller, est le dernier genre littéraire qui a à voir avec la tragédie antique, voire la mythologie. Simplement,  nous ne sommes plus à Thèbes ou à Colone: elles sont remplacées  par de grandes métropoles inhumaines ou de petite villes rurales où macèrent les haines familiales, le désir de vengeance, la volonté de puissance, les meurtres cachés, les deuils irréparables, le tout poussé à une telle incandescence que cela plonge les personnages dans un état de psychose permanente ne pouvant déboucher que sur une explosion de violence. Bien entendu, comme l’art consiste à jouer avec des variations sur le même thème car on n’invente jamais rien, un bon écrivain de noir est quelqu’un qui parvient malgré tout à surprendre sur ce canevas connu: par son style, sa construction de l’intrigue, son traitement de la violence, l’épaisseur de ses personnages.
À ce titre, Les infâmes de l’américaine Jax Miller, une jeune auteur américaine qui vit à Dublin, est une réussite. Il est d’abord le portrait d’une femme, Freedom Oliver. Il faut imaginer une rousse, plutôt pulpeuse et costaude, totalement folle. Elle a de sérieuses circonstances atténuantes. Alors qu’elle est serveuse dans un bar de l’Oregon où se croisent prostituées en bout de course et bikers racistes défoncés à la méthédrine, Freedom Oliver boit trop, ne se souvient pas des hommes qu’elle trouve dans son lit au matin et entend des voix dans sa tête. C’est pourtant elle, et elle seule avec ses fêlures effrayantes, qui sera l’héroïne des Infâmes. Le lecteur est ainsi d’emblée plongé dans une insécurité complète: si le Bien est représenté par une femme comme Freedom Oliver, on peut se dire qu’il a assez peu de chances de triompher du Mal. Et pourtant, on ne pourra compter que sur elle dans toute cette horreur.
Dix huit ans plus tôt, Freedom Oliver s’appelait Nessa Delaney. Elle vivait à Mastic Bay, une station balnéaire des environs de New-York devenue avec le temps et l’afflux d’héroïne une ville en perdition. Alors qu’elle était partie pour de brillantes études, elle a d’abord connu un viol puis a épousé Mark Delaney qui l’a mise enceinte précocement. Le clan Delaney, c’est les Atrides version white trash. Sous la coupe d’une mère obèse et saturnienne, les fils ne vivent que de vols et de deal.  Mark Delaney devient flic au NYPD, comme ça les choses seront plus simples pour s’approvisionner en came. Le lecteur découvrira progressivement pour quoi Nessa Delaney a tué son mari et pourquoi elle est devenue, grâce au programme de protection des témoins du FBI, Freedom Oliver. Pour compléter le tout, à cette époque, on lui a retiré ses enfants. L’ainé est devenu avocat sur la côte Ouest après avoir quitté une communauté religieuse intégriste du Kentucky dirigée par ses parents adoptifs dans le plus pur style Jesus Camp.  La cadette, elle, est restée chez les fous de Dieu jusqu’au jour où elle s’enfuit.
Freedom Oliver suit de loin, sur les réseaux sociaux, leur vie sans qu’ils le sachent et quand elle commence à comprendre que sa fille a disparu, elle décide de partir à sa recherche en moto alors qu’un des frères Delaney, qui est allé en prison à la place de Freedom pour le meurtre de Mark, vient de ressortir et est chargé aussitôt par la mère de retrouver son ex-belle fille pour la faire mourir de la manière la plus cruelle possible.

Jax Miller, dans Les infâmes, est impressionnante de virtuosité narrative et de précision presque clinique dans le réalisme. Elle joue avec les points de vue et les époques dans une construction millimétrée. Mais comme elle sait donner à ses personnages une réelle consistance, on ne s’en aperçoit pas, ce qui est du grand art. On suit juste l’âme égarée, suicidaire et désespérée de Freedom Oliver, son bagout extraordinaire où se mêlent humour noir et invention langagière, ce qui fait d’elle un des personnages féminins du noir les plus attachants depuis longtemps. Mère courage défoncée, anti-Médée qui sait se débarrasser d’un importun en lui frottant les yeux avec du Tabasco, parmi d’autres gracieusetés, elle est aussi le témoin dans son errance de l’envers des USA aujourd’hui : ceux de la folie religieuse et des « abrutis consanguins », de la crise économique qui laisse mourir de vieilles dames séniles dans des appartements pourris et d’une culture fondée sur une violence généralisée dès que l’on sort des zones protégées où vivent ceux qui sont du bon côté de la barrière.
Bref, comme dit Freedom, « Le rêve américain dans toute sa putain de splendeur. » Allez savoir pourquoi, mais quelque chose nous dit que Jax Miller, malgré le succès de son roman déjà traduit un peu partout, n’est pas le genre d’écrivain invité sur Fox News. 


Les Infâmes, Jax Miller (Ombres Noires)

jeudi 10 septembre 2015

Rouge Baiser: Jugan à la Fête de l'Huma

Le samedi 12 et le dimanche 13 septembre au Village du Livre.

Prix Renaudot: modeste proposition à Arnaud Le Guern
























Pour ne pas gâcher ma belle amitié avec Arnaud, je lui fais la proposition suivante: fusionnons nos deux romans pour avoir une chance de passer la prochaine sélection du Renaudot. 
Je suggère, au choix, Adieu à Jugan ou Jugan en espadrilles.

mardi 8 septembre 2015

Jugan dans la première sélection du prix Renaudot.

On va dire que c'est juste pour faire un tour de piste.
On va dire que ça nous fait plaisir tout de même.

lundi 7 septembre 2015

Propos comme ça, 28: le Grand Remplacement, vite!

Sincèrement, celui qui a un peu fréquenté les bistrots, les halls de gare, les trains, les forums internet et s'informe auprès de la presse mainstream du niveau de connerie des Français, en vérité, je vous le dis celui-là ne sera pas plus effrayé que ça par un éventuel Grand Remplacement. Ca aurait même quelque chose de reposant, au fond, tous ces abrutis noyés dans une masse jeune, multicolore et pleine de jolies filles.

Christine Angot au Figaro, à propos de la photo de l'enfant migrant mort sur la plage: "J'ai du mal à la regarder". Ca doit être à force d'avoir les yeux fixés sur son nombril.

Sept français sur dix prêts à renoncer au 35 heures (L'Expansion): La question des sondeurs était: "Préférez-vous renoncer aux 35 heures ou, par exemple, être sodomisé quotidiennement par un âne?"

J'espère sincèrement pour l'Europe en général et la France en particulier que Dieu n'existe pas, parce que si c'est le cas, sur le coup des migrants, on va quand même prendre très très cher...

Ca pleurnichaille pour 24 000 migrants à accueillir, "Mon identitay! mon identitay!" et ça a pas été capable de bouger son cul pour sauver l'Etat Providence face à une poignée de patrons et quelques valets médiatiques. 
En vrai? Qu'ils crèvent! 

Vingt cinq ou trente ans de lepénisme plus ou moins rampant, complaisamment relayé par des médias libéraux et des starlettes du racisme soft qui ont besoin de ces paniques identitaires pour occulter la lutte des classes et tu te retrouves avec des Français qui ne veulent pas des migrants et des réfugiés à 55% alors que partout en Europe, les opinions sont favorables à l'accueil.
La France a toujours mieux valu que les Français, on le sait depuis De Gaulle, mais quand même, voir ce cher et vieux pays aux yeux de tourterelle transformé en disneyland préfasciste par des Mickey souchiens et autres Oncle Picsou du droit du sang, ça me fout en rogne. 
Et même un peu plus que ça.
On en fermerait bien la boutique.

 

vendredi 4 septembre 2015

Détruisons le Tunnel sous la Manche!

paru sur Causeur.fr

Bernard Cazeneuve est un des rares ministres du gouvernement à avoir une tête de ministre, contrairement aux autres qui jouent à l’être comme le garçon de café de Sartre joue à être garçon de café. Il affiche des objectifs ambitieux comme, naguère, rester de marbre devant la mort d’un jeune zadiste sur le barrage du Testet ou, ces derniers jours, déclarer martialement qu’il visait le zéro de passage de migrants dans le Tunnel sous la Manche. Il précise même que les intrusions ont considérablement diminué. Les voyageurs de l’Eurostar qui n’ont pu quitter la Gare du Nord lundi soir ou ceux qui se sont retrouvés coincés en rase campagne mardi à Calais Fréthun apprécieront.
Ils étaient certes moins nombreux que les migrants qui tentent leur chance mais ils étaient quelques centaines tout de même. Bon, ce n’est pas très amusant de passer la nuit Gare du Nord ou exposé aux vents pluvieux du Pas-de-Calais mais c’est tout de même moins dur que de vivre dans la Jungle de Calais, ce bidonville géant, digne d’une favela brésilienne, qui se trouve pourtant à la frontière de deux des nations les plus riches et les plus puissantes du monde. Du coup, peut-être que certains de ces voyageurs appartenant aux élites mondialisées, comme disait l’autre, comprendront que la mondialisation, justement, à son revers.
Il n’empêche, foin de considérations morales. Il faut être concret sur cette question de l’abcès de fixation qui obstrue le Tunnel sous la Manche et empêche la libre circulation des biens et des personnes – enfin des personnes qui ont le droit de circuler librement, ce qui n’est apparemment pas le cas des migrants qui eux savent que les frontières, les murs, les chicanes, les barbelés et le protectionnisme, ça existe toujours.
En l’occurrence, je ne vois qu’une solution, c’est de supprimer le Tunnel sous la Manche. Le faire sauter, l’inonder, que sais-je, mais rendre le Royaume-Uni à son insularité. De toute manière, tunnel ou pas, ils n’en ont pas grand chose à faire de nous, les Anglais. Entre le grand large et l’Europe, ils ont toujours choisi le grand large (façon poétique de décrire leur inféodation pure et simple aux USA.)
Ce tunnel, de toute façon, était une mauvaise idée dès le départ. Il a coûté monstrueusement cher et ruiné plein de petits actionnaires qui avaient cru faire un placement de père de famille, tout ça parce que Margaret Thatcher avait exigé un financement exclusivement privé, en bonne néolibérale fanatique. Il a fait disparaître le charme des voyages en ferry à l’adolescence quand aller voir les petites Anglaises ressemblait vraiment à un voyage puisque sur le bateau on avait le temps de boire excessivement, de jouer aux machines à sous, de vomir à cause du mal de mer ou de connaître la douceur des premiers baisers (pas nécessairement dans cet ordre-là.) Il a fait augmenter l’immobilier sur les plages du Pas-de-Calais et dans les collines de l’Artois car si ces régions peuvent sembler fort peu riantes pour un Toulousain, il faut savoir que pour un Anglais, Oye-Plage, Boulogne, Montreuil-sur-Mer ou Saint-Pol-sur-Ternoise, c’est déjà le Sud.
Et last but not least, il est finalement devenu le passage obligé des migrants. Nicolas Sarkozy ayant intelligemment démantelé Sangatte selon l’idée que casser le thermomètre fait baisser la fièvre, il semblerait que Manuel Valls soit décidé à la reconstruire sans le dire car la zone est devenue doublement honteuse pour nous, Français. D’abord parce que les rues de Calais offrent, miserabile visu, un avant goût du Grand Remplacement avec des barbares qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes tout en se faisant nourrir par des salauds de bénévoles dont on peut se demander s’ils sont masochistes ou collabos, sans doute les deux. En tout cas gauchistes, c'est sûr.
Mais aussi surtout parce que cette obstination des migrants à vouloir passer au Royaume-Uni s devient très vexante à la longue. Qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous, les Brits? Une économie florissante? Ou simplement une façon plus cool d’accueillir les étrangers qui peuvent d’emblée louer un appartement, ouvrir un compte en banque et trouver un boulot sous-payé et non, comme chez nous, trainer des mois dans des CADA (Centres d’accueil des demandeurs d’asiles) en attendant de passer devant l’OFPRA qui accorde avec une parcimonie extrême qui confine à la ladrerie le statut de réfugié.
Bref, Bernard Cazeneuve doit aller plus loin et demander  la fin du Tunnel. Ni plus, ni moins. On compensera aisément le manque à gagner des commerçants français dans la région en organisant un tourisme de la désolation . C’est très à la mode, les gens qui aiment faire un voyage organisé à Tchernobyl ou sur des lieux dévastés par des tsunamis comme au Sri Lanka ou des massacres comme au Rwanda. Les autocars climatisés qui se promèneront dans la Jungle calaisienne pourront permettre des haltes pour se réchauffer autour d’un feu de pneus avec des Irakiens,  de manger des fricadelles à l’afghane grillées au-dessus d’un bidon coupé en deux ou même avec un peu de chance, d’assister à un affrontement ethnique dans les dunes entre Soudanais et Érythréens.
Et puis après, si vraiment ils nous encombrent, il suffira de les jeter à la mer. Elle n’est pas loin et ils ont l’habitude. Elle sera juste un peu plus froide que la Méditerranée, comme ça ils souffriront moins et mourront plus vite. 
On est quand même une vieille nation humaniste, faudrait voir à pas l’oublier.

Ce soir, Jugan à la manoeuvre


jeudi 3 septembre 2015

mercredi 2 septembre 2015

On ne peut pas avoir que de bonnes critiques...

On ne peut pas avoir que de bonnes critiques, donc.
On n'a pas le talent de Christine Angot, après tout qui mérite si visiblement toutes les unes. Mais on remercie le Canard quand même car l'important, c'est que ça fasse causer.

mardi 1 septembre 2015

Jugan, point presse.

On remercie Alexandre Fillon pour sa "précritique" bienveillante dans Livres Hebdo ainsi que l'ami Thomas Morales dans Service littéraire. On peut la lire ici.
Une recension à signaler également sur le site Parutions.com