mardi 18 août 2015

Jean Vautrin, codicille

Relu coup sur coup, vingt cinq ans après au moins, Billy ze Kick, Bloody Mary et Groom de Jean Vautrin,  récemment arrivé au Walhalla du roman noir. Ca a tout de même remarquablement tenu la route sur le fond comme sur la forme. En fait, c'est la vision prophétique du Ballard de IGH avec l'héritage stylistique de Queneau et de Céline.
Toute la France de 2015 est déjà là en germe en cette fin des seventies: sa faillite urbaine dans les banlieues, son racisme latent qui n'attend qu'une crise économique pour exploser (ça tombe bien, elle se pointe justement), la dinguerie généralisée, galopante et plus ou moins bien contrôlée de sa population soumise aux conditions aberrantes de la vie quotidienne dans une société spectaculaire marchande, une société qui sépare les uns des autres par, disait Debord, "la perte de tout langage adéquat aux faits."
C'est ce langage perdu que retrouve Vautrin, en fait, un langage somptueux, drôle, éblouissant, virtuose, un langage à la fois archaïque et contemporain, bref un langage, précisément, qui échappe au Spectacle. Et l'on peut se demander, de manière plus générale, si ce n'est pas justement le boulot de l'écrivain que d'éviter, quand il raconte, de le faire avec "les mots de la tribu"(là c'est Mallarmé).

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